La main hésite au moment de taper l’apostrophe. Retenez ceci : on écrit davantage, en un seul mot, quand on veut dire « plus » ; on écrit d’avantage, en deux mots, quand il est question d’un bénéfice. Les deux orthographes sont correctes. Elles ne désignent simplement pas la même chose. Et si la confusion résiste à ce point, c’est qu’elle a cinq siècles derrière elle.
La réponse en un coup d’oeil
- davantage : adverbe invariable, synonyme de plus, encore plus. Ni apostrophe ni « s ».
- d’avantage : la préposition de élidée devant le nom avantage, autrement dit un bénéfice, un profit, un privilège.
- d’avantages : le même groupe au pluriel, et c’est la forme qu’on rencontre le plus souvent selon la Banque de dépannage linguistique.
- davantages : forme inexistante. Un adverbe ne s’accorde pas.
Le test des deux substitutions
Une seule vérification suffit rarement. Faites-en deux, en sens inverse.
Remplacez le mot par « plus (de) ». La phrase tient debout ? Écrivez davantage. Elle s’effondre ? Essayez alors « de bénéfice(s) » : si celle-là passe, c’est d’avantage qu’il faut, en deux mots. Le procédé vient du Projet Voltaire. Son intérêt, c’est qu’il ferme les deux portes au lieu d’une.
Le test en pratique
Le service réclame davantage de moyens. = réclame plus de moyens.
Nous ne voyons pas d’avantage à repousser le vote. = pas de bénéfice à le repousser.
Inutile d’insister, vous n’en tirerez pas davantage. (« de bénéfice » ne passe pas : un seul mot)
« Davantage », l’adverbe invariable
Le Larousse le définit comme indiquant « une plus grande quantité, un plus haut degré, un temps plus long ». Il modifie d’ordinaire un verbe, et rien ne le fait bouger.
- Il faudra patienter davantage.
- Elle en sait davantage que nous sur ce dossier.
Deux locutions en dérivent, aussi banales que l’adverbe seul : davantage de (« le poste exige davantage de disponibilité ») et davantage que, pour la comparaison.
Reste le cas qui fait trébucher même les bons rédacteurs : l’adjectif. La règle classique réserve davantage au verbe et demande plus devant un adjectif ou un adverbe. On écrit donc ils sont plus efficaces, et non ils sont davantage efficaces. L’usage moderne tolère la seconde tournure ; dans un écrit soigné, préférez plus. Avec une exception qui mérite d’être connue : quand l’adjectif est repris par le pronom le, davantage retrouve toute sa place.
L’exception du pronom
Le premier chapitre était dense, le second l’est davantage.
Ce logiciel était déjà lent ; depuis la mise à jour, il l’est davantage.
« D’avantage », le nom précédé de « de »
Ici, plus d’adverbe. Un nom, avantage, qui signifie bénéfice ou profit, et qu’on oppose à inconvénient. L’apostrophe marque l’élision du « e » de de.
La Banque de dépannage linguistique ajoute une précision qu’on lit rarement ailleurs : le groupe apparaît surtout dans une phrase négative, où l’on peut le remplacer par « aucun avantage ».
- Ce contrat ne présente pas d’avantage réel. (aucun avantage)
- La nouvelle formule offre plus d’avantages que l’ancienne.
Le pluriel ne pose aucun problème, et c’est lui qu’on croise le plus : dès qu’on dénombre plusieurs bénéfices, d’avantages s’impose. Exactement l’inverse du « s » de davantage, qui n’existe dans aucun contexte.
Pourquoi cette faute est si tenace
Parce qu’elle a été la bonne orthographe. En 1360, on écrivait bel et bien d’avantage. L’adverbe d’aujourd’hui est la soudure de de et du nom avantage, agglutinés au fil des siècles jusqu’à n’en former qu’un seul mot. Celui-ci s’impose à partir de la fin du XV siècle. Bruno Dewaele précise que la forme en deux mots a survécu un temps avec un autre sens, « par un avantage », à propos d’une faveur jugée imméritée. La frontière entre un mot et deux se déplace ainsi régulièrement, et elle explique une autre hésitation célèbre : celle qui oppose « autant » à au temps pour moi.
Écrire « il en veut d’avantage » n’est donc pas une simple étourderie. C’est une orthographe morte depuis cinq cents ans. Le mot appartient à la famille des homophones lexicaux, ces mots que l’oreille confond et que seule l’écriture sépare.
Le « s » fautif relève d’un autre réflexe : celui qui pousse à accorder ce qui ne s’accorde pas, comme la préposition « parmi » à qui on ajoute un « s » qu’elle n’a jamais eu. Il existe pourtant des locutions où ce « s » est bien grammatical et obligatoire, à commencer par entre autres.
Boby Lapointe avait résumé l’affaire dans Avanie et Framboise : « Davantage d’avantages avantagent davantage. » Les deux orthographes y sont.
FAQ
« Davantage » peut-il prendre un « s » ?
Non, dans aucun emploi. C’est un adverbe, et les adverbes sont invariables en français : ni le genre ni le nombre de ce qui les entoure ne les modifie. Seul le nom avantage, dans le groupe d’avantages, se met au pluriel.
Quelle est la différence entre « davantage » et « plus » ?
Le sens est le même, l’emploi diffère un peu. Davantage modifie surtout un verbe et s’emploie volontiers en fin de phrase (« je n’en dirai pas davantage »). Devant un adjectif ou un adverbe, l’usage soigné préfère plus, sauf quand l’adjectif est repris par le pronom le.
Écrit-on « d’avantage » ou « d’avantages » ?
Les deux, selon le nombre de bénéfices dont on parle. Le singulier convient en phrase négative (« il n’y a pas d’avantage à insister »), le pluriel dès qu’on en compte plusieurs (« ce poste offre plus d’avantages »). C’est le pluriel qu’on rencontre le plus souvent.
Un correcteur d’orthographe repère-t-il l’erreur ?
Souvent, pas toujours : les deux graphies étant correctes, la machine doit trancher sur le sens de la phrase, et elle s’y trompe encore. Le test des deux substitutions reste plus sûr que la correction automatique.
