Vous rédigez le courriel d’accueil d’un nouveau collègue et la main hésite : « Bienvenue Marc » ou « Bienvenu Marc » ? Le mot change d’orthographe selon sa fonction dans la phrase. Or il en a trois. Adjectif, nom, formule figée, et chacune se comporte à sa manière.
Employée seule pour accueillir quelqu’un, la formule « bienvenue » est invariable et prend toujours un -e, quel que soit le genre ou le nombre des personnes accueillies. Le mot bienvenu, lui, est un adjectif ou un nom qui s’accorde en genre et en nombre : un conseil bienvenu, une remarque bienvenue, vous êtes les bienvenus.
| Emploi | Exemple | Accord |
|---|---|---|
| Interjection (formule d’accueil) | Bienvenue à tous ! | Invariable, toujours -e |
| Adjectif | Une pause bienvenue | S’accorde avec le nom |
| Nom | Vous êtes les bienvenus | S’accorde avec la personne |
« Bienvenue » seul : une interjection invariable
Écrivez « Bienvenue » en tête d’un message d’accueil et la question de l’accord ne se pose plus. Employé ainsi, le mot est une interjection, au même titre que bonjour ou merci : une formule de politesse qui salue l’arrivée de quelqu’un. Elle reste au féminin singulier même adressée à un homme, même adressée à cinquante personnes.
La raison est plus intéressante qu’une simple exception à retenir, et elle explique tout le reste. « Bienvenue à bord ! » n’est que la version raccourcie de « Nous vous souhaitons la bienvenue à bord ». L’article a disparu, c’est ce que les grammairiens appellent une ellipse, mais le nom féminin, lui, est resté. Ce -e n’est donc pas le résultat d’un accord avec qui que ce soit : c’est celui du nom la bienvenue, resté seul en scène.
Exemples
Bienvenue à tous, la visite commence dans dix minutes.
Bienvenue dans votre nouveau bureau, Marc.
Bienvenue mesdames, messieurs.
On souhaite la bienvenue en français à peu près tous les jours, et c’est ce même raccourci d’usage qui a figé le mot. Le procédé se retrouve dans d’autres formules écrites où la marque du nom fait douter, comme dans mille mercis ou mille merci.
Un cas amusant confirme la règle. Vous arrivez de province chez un ami parisien, on vous bouscule dans le métro, votre ami vous glisse en souriant : « Bienvenue à Paris ! ». La formule est ironique, vous êtes un homme, elle garde pourtant son -e. Il n’y a aucun accord à faire, il n’y en a jamais eu.
« Bienvenu » adjectif : l’accord en genre et en nombre
Changement de nature, changement de comportement. Comme adjectif, bienvenu qualifie ce qui tombe à propos, ce que l’on reçoit avec satisfaction. Là, plus rien de figé : il s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte, exactement comme n’importe quel adjectif qualificatif.
Quatre formes, donc, et pas une de plus.
| Singulier | Pluriel | |
|---|---|---|
| Masculin | bienvenu | bienvenus |
| Féminin | bienvenue | bienvenues |
Un conseil bienvenu. Une pause bienvenue. Vos retours sont bienvenus. Des remarques bienvenues. Le nom qualifié commande, rien d’autre.
Exemples
Ce cadeau tombe au bon moment, il est vraiment bienvenu.
Vos relectures sont toujours bienvenues, n’hésitez pas.
Toute idée est la bienvenue dans notre équipe.
C’est la mécanique ordinaire de l’accord au féminin, celle qui fait aussi hésiter entre public ou publique : un adjectif prend la marque du féminin singulier ou du féminin pluriel selon ce qu’il qualifie, et l’oreille n’entend pas toujours la différence.
Un test de substitution règle presque tous les cas. Remplacez le mot par un de ses synonymes : « opportun », « à propos », « à point nommé ». La phrase tient debout ? Vous avez un adjectif entre les mains, accordez-le. Un peu de repos serait bienvenu devient un peu de repos serait opportun. Le remplacement échoue et le mot ouvre simplement la phrase pour accueillir quelqu’un ? C’est l’interjection, invariable.
« Bienvenu » nom : être le bienvenu, la bienvenue, les bienvenus
Troisième emploi, le plus piégeux : bienvenu est aussi un nom, qui désigne une personne ou une chose accueillie avec plaisir. Il prend alors la marque du féminin et du pluriel, en s’accordant en genre et en nombre avec le sujet dont il est l’attribut.
- Vous êtes le bienvenu : on s’adresse à un homme seul.
- Vous êtes la bienvenue : on s’adresse à une femme seule.
- Vous êtes les bienvenus : plusieurs hommes, ou un groupe mixte.
- Vous êtes les bienvenues : uniquement des femmes.
La différence avec l’interjection se joue sur un seul détail visible : la présence de l’article. « Soyez les bienvenus ! » contient un déterminant, donc un nom, donc un accord. « Bienvenue à vous ! » n’en a pas. L’article s’est évaporé dans l’ellipse et rien ne s’accorde.
Le piège du groupe mixte
Devant un public mêlant femmes et hommes, le masculin pluriel l’emporte : « Chers adhérents, vous êtes les bienvenus ». Auditoire exclusivement féminin, et le nom passe au féminin pluriel : « Mesdames, vous êtes les bienvenues ». Rien de propre à ce mot, c’est la règle d’accord ordinaire.
« Bien venu » en deux mots : quand la graphie séparée est correcte
Deux mots, deux sens. Écrite séparément, la suite bien venu n’est plus le mot d’accueil : c’est l’adverbe bien suivi du participe passé de venir, au sens de « né, produit, apparu dans de bonnes conditions », ou « qui se présente bien, qui est réussi ». L’usage relève aujourd’hui de la langue littéraire.
Exemples
Le blé est bien venu cette année.
Si les pages de ce livre se permettent quelque vers bien venu, que le lecteur me pardonne. (Borges, L’Or des tigres)
La nuance de sens est réelle : une idée bienvenue arrive à propos, une idée bien venue est bien construite, élégante. Sur ce point les sources divergent, le Larousse jugeant la tournure séparée ancienne et rare, d’autres la donnant pour vivante. Les deux ont raison sur des plans différents, et la position à tenir est simple. La graphie en deux mots n’est pas fautive au sens de « venu dans de bonnes conditions », les dictionnaires l’enregistrent ; mais pour accueillir quelqu’un, elle l’est. On écrit toujours bienvenu en un seul mot quand il s’agit d’accueil, et dans un écrit courant, c’est la seule graphie qu’on attend de vous.
Ce dédoublement adverbe-plus-participe ressemble à celui qui sépare bel et bien de belle et bien, où bien est également un adverbe soudé dans une locution.
Attention
Ne confondez pas « bienvenu » avec le participe passé de venir précédé de l’adverbe : Est-elle bien venue hier soir ? signifie qu’elle est effectivement venue. Rien à voir avec l’accueil.
L’astuce pour ne plus hésiter
Trois questions dans l’ordre, et le doute est levé.
- Le mot ouvre-t-il la phrase pour accueillir, sans article devant lui ? C’est l’interjection : bienvenue, avec un -e, invariable.
- Peut-on le remplacer par « opportun » ou par « accueilli avec plaisir » ? C’est l’adjectif, il s’accorde avec le nom qu’il qualifie.
- Est-il précédé d’un article et désigne-t-il quelqu’un ? C’est le nom, il s’accorde avec la personne.
Le réflexe à garder
Remettez mentalement la phrase complète sur pied : « je vous souhaite la bienvenue ». Elle fonctionne ? Le -e s’impose, et rien ne s’accorde.
D’où vient le mot
La langue française a longtemps possédé un verbe bienvenir, attesté à la fin du XIIe siècle, dont bienvenu est le participe passé. Le verbe a presque disparu, il n’en subsiste que la construction figée « être bienvenu de quelqu’un », que Mérimée emploie encore dans Mosaïque : « En Espagne tout passant est bienvenu à partager un repas de fête ». Balzac écrit de son côté à une correspondante : « jamais vous n’y serez que bienvenue ».
Les relevés d’occurrences dans les livres et la presse numérisés montrent deux tendances nettes. La forme féminine bienvenue domine largement le masculin. Et la graphie soudée a écrasé la graphie séparée au fil du XXe siècle. L’usage avait tranché avant les grammairiens.
Une curiosité pour finir. La station de métro parisienne Montparnasse-Bienvenüe, avec son tréma, ne doit rien à l’hospitalité : elle porte le nom de Fulgence Bienvenüe, l’ingénieur à qui l’on doit une bonne part du réseau.
Les cas particuliers qui font douter
Au Québec, « Bienvenue ! » répond couramment à un « Merci ». Calque de l’anglais you’re welcome, l’usage est parfaitement installé là-bas. On ne l’emploie pas en France, où la formule de politesse attendue reste « de rien » ou « je vous en prie ».
Le discours de bienvenue, le pot de bienvenue, le cadeau de bienvenue : dans ces groupes, bienvenue est le nom féminin, complément du nom qui précède. Il garde son -e et ne varie pas.
Les titres d’œuvres ne dérogent jamais à la règle. Bienvenue chez les Ch’tis, le film de Dany Boon, emploie l’interjection, d’où le -e. La chanson de Florent Pagny Bienvenue chez moi fait mieux : son titre porte la formule, et les paroles l’adjectif au masculin, « Sois le bienvenu chez moi ».
Questions fréquentes
Faut-il écrire « bienvenu » en un mot ou « bien venu » en deux mots ?
En un seul mot dès qu’il s’agit d’accueil, sans exception. La graphie en deux mots existe, mais elle signifie « venu dans de bonnes conditions, réussi » et relève de la langue littéraire : un vers bien venu, le blé est bien venu. Dans un courriel ou un discours, écrivez toujours bienvenu soudé.
Doit-on écrire « un peu de repos serait le bienvenu » ou « la bienvenue » ?
Cela dépend du nom auquel le mot se rapporte. Repos étant masculin, on écrit « un peu de repos serait le bienvenu ». Avec un nom féminin, l’accord suit : « un peu de motivation serait la bienvenue ».
Écrit-on « bienvenue » ou « bienvenu » à un homme ?
« Bienvenue », si le mot est employé seul comme formule d’accueil : la formule est invariable et ne tient aucun compte du destinataire. En revanche, avec un article, l’accord reprend ses droits : « Monsieur, vous êtes le bienvenu ».
Quand écrire « bienvenus » au pluriel ?
Quand le mot est adjectif ou nom et se rapporte à un masculin pluriel ou à un groupe mixte : « Vos retours sont bienvenus », « Mes amis, vous êtes les bienvenus ». La formule d’accueil, elle, ne prend jamais de -s : « Bienvenue les enfants ! ».
