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Orthographe

Faut-il écrire « soi » ou « soit » ?

« Soi » sans -t est un pronom réfléchi, « soit » avec un -t est le verbe être au subjonctif ou une conjonction. La règle, les tests, et soie, sois, soient.

Mis à jour le 1 août 2026

Vous écrivez « chacun pour so… » et la main s’arrête. Un -t ou pas ? À l’oral, rien ne les sépare : c’est le même son [swa]. À l’écrit, tout les oppose, parce qu’il ne s’agit même pas de la même classe grammaticale.

« Soi » sans -t est un pronom personnel réfléchi : il se remplace par « lui ». « Soit » avec un -t est le verbe être conjugué au subjonctif présent, ou une conjonction qui introduit une alternative.

Le mot… Orthographe correcte Test qui tranche
se remplace par « lui » ou « lui-même » soi Rester chez soi → chez lui
suit une préposition (en, chez, sur, pour) soi Avoir confiance en soi
se remplace par « ou bien » soit Soit le train, soit le bus
se remplace par « c’est-à-dire » soit Un kilomètre, soit mille mètres
se met entre « ne… pas » soit Qu’il ne soit pas là

« Soi » : le pronom réfléchi, jamais de -t

La plupart des explications se contentent de lister les graphies. Voici plutôt la clé. Le mot « soi » n’est rien d’autre que la forme tonique de « se » : le même pronom personnel réfléchi, sous sa version accentuée. Soi est à se ce que moi est à me, et toi à te. Dès que ce pronom se détache du verbe, derrière une préposition, il prend cette forme.

D’où la règle du -t, qui devient déductible. Se n’a jamais porté de désinence verbale, donc soi non plus. Un pronom ne se conjugue pas.

Nous avons donc affaire à un pronom personnel réfléchi de la 3e personne du singulier, invariable : ni genre ni nombre. Deux emplois, essentiellement.

Le premier, et de très loin le plus fréquent : derrière une préposition.

Exemples

Elle a repris confiance en soi après six mois d’arrêt.

Rien ne vaut une soirée chez soi.

Il a fallu prendre sur soi pendant toute la réunion.

Le second couvre les cas où le sujet reste indéterminé ou n’est pas exprimé. « Soi » accompagne alors on, chacun, personne, nul, ou un infinitif sans sujet.

Exemples

Chacun pour soi.

Savoir prendre soin de soi n’a rien d’égoïste.

On juge souvent les autres à partir de soi.

Le pronom porte aussi quelques expressions figées, omniprésentes à l’écrit professionnel :

  • Cela va de soi : c’est évident, cela n’a pas besoin d’être dit.
  • En soi : intrinsèquement, considéré isolément. L’idée est bonne en soi.
  • De soi-même : spontanément, sans qu’on l’ait demandé.
  • Chez soi, qui donne aussi le nom composé un chez-soi.

Un dernier emploi, plus savant : précédé d’un article, « soi » devient un nom commun. Le soi désigne l’être intérieur, ce qu’une personne perçoit d’elle-même, et la psychologie l’oppose au moi. Les dictionnaires l’attestent.

Ce jeu entre le pronom réfléchi atone et sa forme tonique se retrouve ailleurs, notamment dans la confusion entre « pour ce faire » et « pour se faire », où c’est encore ce petit se qui décide de tout.

« Soit » : trois mots pour une seule graphie

Le -t final ne recouvre pas un mot, mais trois. Trois natures grammaticales différentes sous une seule graphie : voilà pourquoi « soit » semble surgir partout.

Le verbe être au subjonctif présent

Prenez le verbe être, mettez-le au subjonctif présent, à la troisième personne : vous obtenez « soit ». Cette forme conjuguée du verbe est la première des trois, et la plus courante. La précision a son importance, car on lit parfois le contraire : rien d’indicatif là-dedans. L’indicatif présent donne il est. Rencontrer cette forme du verbe signale donc un subjonctif.

Être au subjonctif présent

que je sois
que tu sois
qu'il/elle/on soit
que nous soyons
que vous soyez
qu'ils/elles soient

La conjugaison complète se lit : que je sois, que tu sois, qu’il soit, que nous soyons, que vous soyez, qu’ils soient. Ce -t de la 3e personne du singulier est une désinence, au même titre que le -s de la 2e personne du singulier, que tu sois.

Reste à comprendre pourquoi cette forme du subjonctif revient si souvent sous la plume. Elle est obligatoire après un bon nombre de conjonctions de subordination : bien que, pour que, avant que, à moins que, jusqu’à ce que. Une de ces conjonctions apparaît, le verbe qui suit bascule au subjonctif.

Exemples

Bien qu’il soit fatigué, il a terminé le dossier.

Il faut que le contrat soit signé avant vendredi.

À moins que la livraison soit retardée, nous ouvrirons lundi.

Le même raisonnement vaut pour les autres formes conjuguées du verbe être, et pour toutes ces finales muettes qui s’entendent pareil. Les hésitations entre « je serai » et « je serais » relèvent du même mécanisme : une désinence invisible à l’oreille.

La conjonction d’alternative ou de précision

Deuxième emploi, celui du mot de liaison. Répété, « soit » marque l’alternative et équivaut à ou bien. Employé seul, il introduit une précision, au sens de c’est-à-dire.

Exemples

Nous partirons soit lundi, soit mardi.

Le trajet fait quatre-vingt-dix minutes, soit une heure et demie.

Vous pouvez choisir soit l’option A, soit l’option B.

Dans une alternative, les deux « soit » s’écrivent de la même façon. Écrire « soi… soit… » est une faute pure et simple.

L’adverbe d’affirmation

Troisième emploi, plus rare à l’écrit courant mais fréquent en littérature. En tête de phrase, « soit » marque l’affirmation ou l’acceptation, souvent avec une nuance de concession. Il se prononce alors [swat], avec le -t sonore, ce qui lève le doute à l’oral.

Exemples

Soit ! Faites comme bon vous semble.

Il accepte, soit. Reste à savoir à quelles conditions.

Un usage voisin ouvre les énoncés mathématiques, au sens de « considérons » : Soit n un entier naturel. L’usage courant n’y fait pas sonner le -t final.

Les tests qui tranchent

Trois manipulations suffisent. La première règle à elle seule la quasi-totalité des cas.

Le test « lui »

Remplacez le mot par « lui ». La phrase tient ? C’est le pronom « soi ».

Rentrer chez soi → rentrer chez lui : fonctionne, donc soi.

Il faut qu’il soit à l’heure → il faut qu’il lui à l’heure : ne fonctionne pas, donc soit.

Ce test l’emporte sur le célèbre test « -même » pour une raison : il écarte aussi les emplois verbaux. Le test « -même » garde son utilité en confirmation, puisque « soi-même » a du sens là où « soit-même » n’existe pas.

Encadrez le verbe par ne… pas, enfin. J’aimerais qu’il soit plus calme devient j’aimerais qu’il ne soit pas plus calme : seul un verbe accepte ce traitement. Un doute sur la personne ? Changez-la. Il faut que vous soyez là confirme qu’on avait bien affaire au verbe être conjugué.

Sois, soient, soie : les autres graphies du même son

Le son [swa] compte cinq graphies, toutes correctes dans leur contexte.

Forme Nature Emploi Exemple
soi pronom personnel réfléchi après préposition, sujet indéterminé Croire en soi.
soie nom féminin fibre textile, poils d’une brosse Un foulard en soie.
sois verbe être, 1re et 2e personne du singulier subjonctif présent et impératif Sois patient.
soit verbe être, 3e personne du singulier subjonctif présent, conjonction, adverbe Qu’il soit prêt.
soient verbe être, 3e personne du pluriel subjonctif présent Pourvu qu’elles soient à l’heure.

Deux remarques. « Sois » cumule deux modes, le subjonctif (que tu sois) et l’impératif présent (sois prudent), d’où sa fréquence. Quant à la soie, le nom déborde largement le textile : on appelle aussi soies les poils d’un pinceau, d’une brosse à dents ou d’un sanglier.

Ces homophones qui ne se distinguent que par une lettre finale muette forment une famille nombreuse en français, à laquelle appartiennent aussi « près » et « prêt ».

« Soi-disant » : le piège dérivé

La locution s’écrit soi-disant, avec le pronom, donc sans -t. Elle signifie « se disant tel » : c’est bien le pronom réfléchi qui est à l’œuvre. « Soit-disant » n’existe pas.

Second piège, l’accord. Disant est un participe présent, donc invariable. On écrit de soi-disant experts et une soi-disant voyante, sans accorder ni l’un ni l’autre élément.

Un emploi à surveiller

Dans la langue soignée, « soi-disant » ne qualifie que des personnes qui se donnent elles-mêmes ce titre. L’usage classique demande prétendu pour une chose, une idée, ou une personne qualifiée par autrui : un prétendu trésor, une prétendue amélioration. L’extension de « soi-disant » à tous les emplois est courante à l’oral, mais elle reste critiquée à l’écrit.

Questions fréquentes

Écrit-on « quoi qu’il en soi » ou « quoi qu’il en soit » ?

Avec un -t. La locution contient le verbe être au subjonctif, dont le sujet est « il » : quoi qu’il en soit. Le test de l’encadrement le confirme, puisque quoi qu’il n’en soit pas reste grammaticalement construit. La même logique vaut pour ainsi soit-il et qu’il en soit ainsi.

« Soit dit en passant » prend-il un -t ?

Oui. Cette locution adverbiale, qui sert à glisser une remarque secondaire, s’écrit toujours soit dit en passant. Il s’agit d’une tournure figée bâtie sur le verbe être au subjonctif, et non sur le pronom.

Pourquoi « cela va de soi » et non « cela va de soit » ?

Parce que le sens est « cela va de soi-même », avec le pronom réfléchi. C’est ici le test « -même » qui tranche le mieux : cela va de soi-même se comprend parfaitement, alors que soit-même n’existe pas. Aucun verbe n’intervient dans cette locution, donc pas de -t.

« Soi » s’accorde-t-il au pluriel ?

Jamais. Le pronom est invariable, comme moi et toi. Un sujet pluriel appelle d’ailleurs une autre forme : on écrit ils ne pensent qu’à eux, et non qu’à soi. Le pronom « soi » suppose un référent indéterminé ou générique.

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