Vous tapez « je suis pr… » dans un mail et la main hésite. Accent circonflexe ou pas ? Ces deux homophones se prononcent exactement pareil, mais tout les sépare : le sens, et la nature grammaticale. D’où la faute, très fréquente à l’écrit.
Mettez le mot au féminin. « Prête » fonctionne ? Écrivez « prêt ». Sinon, c’est « près ». Il est prêt à partir devient elle est prête à partir : c’est bien l’adjectif. Il habite près de la gare ne donne rien au féminin, donc l’adverbe s’impose.
| Le mot… | Orthographe correcte | Exemple |
|---|---|---|
| se met au féminin (prête) | prêt | Le dossier est prêt. |
| est suivi de la préposition « à » | prêt | Elle est prête à signer. |
| est suivi de la préposition « de » | près | Il est près de céder. |
| signifie « à côté » ou « loin » | près | L’atelier est tout près. |
« Prêt » : l’adjectif qui s’accorde
L’adjectif prêt signifie « préparé », « en état de », « disposé à ». C’est un adjectif qualificatif : il s’accorde en genre et en nombre avec le nom qualifié. Quatre graphies, pas une de plus. Prêt, prête, prêts, prêtes.
Exemples
Les caisses sont prêtes depuis hier soir.
Nos équipes se tiennent prêtes à intervenir.
Renoncer à son poste, il n’y est pas prêt.
L’adjectif prêt se construit aujourd’hui avec « à » devant une action, et avec « pour » devant un nom : je suis prêt à suivre la formation, mais je suis prêt pour la formation.
Ces quatre graphies sont la norme de l’adjectif qualificatif. On les retrouve chez public et publique, à ceci près que le féminin y transforme le -c final en -que.
Un piège d’accord traîne dans les correspondances professionnelles. « Si vous êtes prêt, nous pouvons commencer » garde le singulier quand ce « vous » ne désigne qu’une personne, par politesse. Devant un groupe, l’accord reprend ses droits et vous écrirez « prêts ».
Pourquoi le mot « prêt » se termine par un t
L’explication est étymologique, et elle fait un excellent moyen mnémotechnique. Prêt est le déverbal de prêter : le nom que ce verbe a produit. Le t vient de là. Vous l’entendez d’ailleurs dès que le mot passe au féminin.
Ce même mot sert aussi de nom masculin, au sens d’une somme ou d’un objet mis à disposition : un prêt étudiant, le prêt d’un manuscrit entre bibliothèques. Même orthographe, nature différente.
On le retrouve enfin dans des noms composés entrés dans l’usage, le prêt-à-porter et le prêt-à-manger, dont la formation obéit aux règles du pluriel des noms composés.
« Près » : l’adverbe invariable
Près est le contraire de loin, et il ne s’accorde jamais. La proximité qu’il exprime est spatiale ou temporelle. Comme nulle part, il reste identique quel que soit son entourage.
La construction courante est « près de », qui recouvre trois valeurs :
- Sens spatial : « à côté de ». Le nouveau bureau se trouve près du canal.
- Sens temporel : « sur le point de ». La négociation est près d’aboutir.
- Devant un nombre : « environ ». Le manuscrit compte près de quatre cents pages.
Ce deuxième sens explique presque toutes les confusions. Comparez : elle est prête à démissionner dit qu’elle y est disposée ; elle est près de démissionner annonce un départ imminent. Deux phrases correctes, deux situations sans rapport.
Ce -t final muet fait des ravages ailleurs dans la langue. Le couple « soi » et « soit » repose exactement sur le même piège, à ceci près que la lettre y sépare un pronom d’une forme du verbe être.
Les locutions prépositives et adverbiales
Ce qui déroute tient à un détail de position : le sens bascule selon l’endroit où se trouve la préposition.
- Préposition après près : l’idée de proximité se maintient. Près de chez moi, près de minuit, tout près du but.
- Préposition avant près : on bascule du côté de l’écart. À peu près, à un jour près, ne plus être à ça près.
- De près, enfin, garde le sens de « à faible distance » ou « attentivement » : se raser de près, suivre un dossier de près.
« À peu près » ou « à-peu-près » ?
Sans traits d’union, la locution adverbiale signifie « environ ». Avec traits d’union, c’est un nom commun invariable désignant une approximation : son exposé n’était qu’une suite d’à-peu-près.
« Pas près de » ou « pas prêt de » ?
C’est la tournure sur laquelle achoppent même de bons rédacteurs. On écrit « il n’est pas près de recommencer » au sens de « il n’est pas sur le point de recommencer ». La graphie « pas prêt de » est fautive.
Un mot d’histoire, parce qu’il éclaire l’erreur. Aux siècles classiques, l’adjectif prêt se construisait couramment avec « de ». On lit ainsi chez Racine, dans Athalie (IV, 2), un « je me sens prêt, s’il veut, de lui donner ma vie » qu’aucun correcteur ne laisserait passer aujourd’hui. Hugo, lui, décrit une Cosette « prête à défaillir » là où la grammaire appelait plutôt « près de défaillir » : un relâchement que Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe, relève avec indulgence.
L’usage moderne a tranché. « Prêt à » d’un côté, « près de » de l’autre.
Comment ne plus hésiter
Deux réflexes suffisent, et le second rattrape le premier.
- Le test du féminin. Votre colis est prêt pour l’envoi : remplacez colis par lettre, vous obtenez votre lettre est prête, donc il s’agit de l’adjectif. Avec les cancres s’installent près du radiateur, « prête du radiateur » ne veut rien dire : c’est l’adverbe.
- Le test de substitution. Le mot se remplace par « disposé à » ou « paré à » ? Écrivez prêt. Si « à côté de » ou « sur le point de » conviennent mieux, écrivez près.
Cette règle d’orthographe départage aussi d’autres homonymes qu’une simple préposition sépare, comme pour ce faire et pour se faire.
Questions fréquentes
Comment accorder « prêt » au pluriel ?
L’adjectif suit le nom qu’il qualifie : prêt au masculin singulier, prêts au masculin pluriel, prête et prêtes au féminin. Employé comme nom commun au sens d’emprunt, il prend simplement un -s : des prêts immobiliers. Près, lui, ne varie jamais.
Écrit-on « je ne suis plus à ça près » ou « à ça prêt » ?
La forme correcte est « à ça près ». La préposition « à » précède le mot, ce qui signale une notion d’écart et non de préparation : la locution annonce une différence dont on ne se soucie plus. Même logique pour « à un jour près » et « à la minute près ».
Dit-on « fin prêt » ou « fin près » ?
« Fin prêt », au sens de « tout à fait préparé ». Fin joue ici le rôle d’un adverbe, équivalent de « complètement », et reste donc invariable ; l’adjectif s’accorde normalement avec le sujet. D’où « ils sont fin prêts » et « elles sont fin prêtes ».
Faut-il écrire « prêt à porter » ou « prêt-à-porter » ?
Avec traits d’union pour le nom désignant le secteur ou les vêtements : une boutique de prêt-à-porter. Sans traits d’union, l’expression redevient un adjectif suivi de son infinitif, et l’accord s’applique : ces plats sont prêts à emporter.
