Vous êtes au milieu d’une phrase et le doute vous arrête : tout ou tous ? Le choix ne dépend pas du sens que vous cherchez, mais de la fonction du mot. Tous porte le pluriel masculin (tous les jours, ils sont tous là) ; tout couvre le reste, singulier ou adverbe invariable (tout le monde, tout content). Trois tests suffisent à trancher, et une seule exception mérite qu’on s’y arrête.
La réponse en trois tests
Ce petit mot occupe quatre fonctions grammaticales et se décline en quatre formes : tout, toute, tous, toutes. Posez-vous ces questions dans l’ordre.
- Peut-on remplacer par « entièrement » ou « tout à fait » ? Vous avez affaire à l’adverbe, qui ne prend aucune marque : tout. (Elle est tout étonnée.)
- Peut-on remplacer par « ils », « elles » ou « la totalité » ? C’est le pronom : tous au masculin, toutes au féminin. (Tous sont venus.)
- Le mot accompagne-t-il un nom ? Vous tenez le déterminant, qui suit le genre et le nombre du nom. (tous les jours, toute la nuit.)
Cette manipulation syntaxique vaut mieux qu’un réflexe. Elle tranche aussi les phrases où l’oreille, elle, ne tranche pas.
« Tous » : le pluriel qui s’entend
Tous n’existe qu’au masculin pluriel, dans deux emplois. Devant un nom, c’est un déterminant : tous les matins, tous mes livres. Seul, sans nom derrière lui, c’est un pronom qui reprend un groupe déjà nommé : Les élèves étaient prêts. Tous avaient révisé.
La différence s’entend, et c’est le test le plus rapide.
Le test de l’oreille
Le s du pronom se prononce : Ils sont tous [tousse] venus.
Le s du déterminant reste muet : tous les jours se dit [tou] les jours.
Au féminin, la forme est toutes dans les deux cas : toutes ces années, Toutes ont répondu. Le pronom varie en genre selon son antécédent.
« Tout » devant un nom : l’accord avec le nom
Quand tout accompagne un nom, il en prend le genre et le nombre. Il se place le plus souvent devant un autre déterminant, et les deux forment un bloc qui reçoit ensemble les marques du nom : tout mon travail, toute cette poussière, tous ces autobus. Le possessif leur ou leurs obéit à la même logique en plus étroit, puisqu’il suit le nombre du nom sans jamais varier en genre.
D’où une difficulté que personne n’annonce : la vraie question est souvent le genre du nom. Autobus est masculin, autoroute est féminin, et les noms qui s’ouvrent sur une voyelle (ascenseur, habitude) sèment le doute. Un dictionnaire tranche en trois secondes. Même vigilance que pour l’accord d’un indéfini avec le genre du nom qui le suit, celui qui impose nulle part au féminin.
Placé seul devant un nom, sans article, tout signifie « n’importe quel » et l’ensemble se met au singulier : Tout enfant sera accompagné d’un adulte. Registre soutenu, rare à l’oral. Quelques expressions figées gardent au contraire le pluriel : à tous égards, de toutes pièces, en toutes lettres, toutes proportions gardées.
« Tout » adverbe : invariable, sauf devant un adjectif féminin
Devant un adjectif qualificatif, un autre adverbe ou une locution adverbiale, tout signifie « entièrement ». Il est alors invariable, quel que soit le sujet : Il est tout content, Les pommes sont tout écrasées, Elle parle tout doucement.
Vient l’exception, la seule vraiment gênante. Un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré force l’adverbe à prendre les marques du féminin.
Exemples
Elle était toute surprise. (consonne)
Elles sont parties toutes honteuses. (h aspiré)
Elle est tout heureuse. (h muet : pas d’accord)
Elles sont tout étonnées. (voyelle : pas d’accord)
Attention à la formulation, car plusieurs sites se trompent ici, parfois dans leur propre résumé : c’est le h aspiré qui déclenche l’accord, jamais le h muet. L’oreille sert de contrôle, puisque la liaison est impossible dans un cas (toute honteuse) et naturelle dans l’autre (tout heureuse). La même frontière commande le choix entre bel et bien et belle et bien.
Le piège de « tout autre »
Deux tours identiques à l’œil, deux orthographes. Le critère reste le remplacement.
| Vous pouvez remplacer par | Classe | Accord | Exemple |
|---|---|---|---|
| entièrement autre | adverbe | invariable | C’est une tout autre affaire. |
| n’importe quel autre | déterminant | variable | Toute autre personne aurait refusé. |
Dans le premier cas, tout modifie l’adjectif autre ; dans le second, il se rapporte au nom. Le sens bascule avec l’orthographe, ce qui rend la faute coûteuse.
Les locutions, et le nom « un tout »
Figées, ces expressions s’écrivent telles quelles : après tout, tout à coup, tout de suite, du tout au tout, une fois pour toutes. Certaines admettent les deux nombres sans que l’un soit fautif : en tout cas et en tous cas, à tout coup et à tous coups. Les grammaires ne s’accordent pas non plus sur des tours comme en toute intimité, et la Banque de dépannage linguistique fait référence sur ces cas isolés.
Reste un emploi discret. Précédé d’un déterminant, tout devient un nom commun qui signifie « l’ensemble » : Ces pièces forment un tout. Il prend un s au pluriel, comme n’importe quel nom : des touts. C’est rare, et à ne pas confondre avec l’homophone une toux. Ce pluriel-là n’a rien de particulier, contrairement à ceux du pluriel des noms composés.
L’astuce pour ne plus hésiter
Essayez « complètement » à la place. La phrase tient debout ? Écrivez tout, sans s et sans accord, sauf devant le féminin dont il vient d’être question. Sinon, cherchez le nom : tout s’accorde avec lui.
Gardez surtout en tête la paire qui résume la question, celle où une seule lettre déplace le sens :
- Les ordinateurs sont tous neufs. = ils sont neufs, tous autant qu’ils sont (pronom)
- Les ordinateurs sont tout neufs. = ils sortent de l’emballage (adverbe)
Une lettre, deux phrases différentes. Peu de mots de quantité offrent ce luxe : mille ne bouge jamais, comme le rappelle le cas de mille mercis. Tout, lui, se paie quatre formes et une exception.
FAQ
Quand faut-il écrire « tous » plutôt que « tout » ?
On écrit tous dans deux cas seulement, toujours au masculin pluriel : devant un nom pluriel, comme déterminant (tous les jours), ou seul, comme pronom reprenant un groupe (ils sont tous partis). Partout ailleurs, au singulier comme dans l’emploi adverbial, on écrit tout.
Pourquoi écrit-on « toute contente » mais « tout étonnée » ?
L’adverbe tout ne varie qu’en un seul cas : devant un adjectif féminin ouvert par une consonne ou un h aspiré. Contente commence par une consonne, d’où toute contente. Étonnée commence par une voyelle, l’accord ne se fait pas. Le test de la liaison confirme le choix.
Écrit-on « tout autre » ou « toute autre » ?
Les deux existent et ne veulent pas dire la même chose. Remplacez par « entièrement autre » : tout est adverbe et ne varie pas, comme dans une tout autre affaire. Remplacez plutôt par « n’importe quel autre » et vous tenez le déterminant, qui s’accorde : toute autre solution.
« En tout cas » ou « en tous cas » ?
Les deux graphies se rencontrent et aucune n’est fautive. Le singulier, en tout cas, domine largement et c’est la forme que retiennent les dictionnaires ; le pluriel reste admis. Même hésitation pour à tout coup et à tous coups.
