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Grammaire

Écrit-on « leur » ou « leurs » ?

Leur ou leurs ? Devant un verbe, leur reste invariable. Devant un nom, il s’accorde avec ce nom et jamais avec le nombre de personnes. Règle et astuces.

Mis à jour le 2 août 2026

Vous hésitez au moment d’écrire, et l’instinct vous souffle un « s » : vous parlez bien de plusieurs personnes. C’est précisément le réflexe qui fait la faute. Devant un verbe, « leur » est un pronom personnel invariable, sans « s ». Devant un nom, c’est un possessif qui s’accorde en nombre avec le nom qui suit, et avec lui seul. Le nombre de possesseurs n’entre pas dans le calcul.

La réponse simple

Regardez le mot placé juste après « leur ». Cette seule question suffit dans la quasi-totalité des cas.

Ce qui suit « leur » Nature grammaticale Forme Exemple
Un verbe Pronom personnel leur Je leur parle.
Un nom singulier Adjectif possessif singulier leur Ils ont acheté leur maison.
Un nom pluriel Adjectif possessif pluriel leurs Ils ont vendu leurs terres.
Rien (après la, les) Pronom possessif la leur, les leurs Cette voiture appartient aux voisins : c’est la leur.

Trois emplois, donc, pour un mot de quatre lettres. La tradition scolaire parle d’adjectif possessif là où les grammaires récentes disent déterminant possessif : même mot, même accord, seule l’étiquette a changé. Nous gardons ici la formulation traditionnelle.

Ce petit mot figure d’ailleurs au catalogue des homonymes grammaticaux, ces formes qui se prononcent de la même manière et ne se distinguent qu’à l’écrit, au même titre que son et sont. L’oreille ne vous sera d’aucun secours : le « s » de « leurs » reste muet.

« Leur » devant un verbe : le pronom qui ne bouge pas

Quand « leur » précède immédiatement un verbe, il s’agit du pronom personnel. Il remplace « à eux », « à elles », et occupe la fonction de complément d’objet indirect. Cette forme reste invariable.

Exemples

Il leur a transmis les documents. (= à eux)

Nous leur avons demandé de patienter.

Le silence leur pesait.

Le pronom se place avant le verbe, sauf à l’impératif affirmatif. Il passe alors derrière et s’y rattache par un trait d’union. Donne-leur ton adresse. Expliquez-leur la situation. La position bouge, l’orthographe non.

C’est ici que se concentre l’essentiel des fautes, en dictée comme dans un e-mail professionnel rédigé trop vite. « Signifiez-leurs qu’ils sont renvoyés » est fautif. Il faut écrire « signifiez-leur ».

« Leur » ou « leurs » devant un nom : l’accord avec le nom

Placé devant un nom, « leur » devient adjectif possessif et prend la marque du pluriel si, et seulement si, ce nom est au pluriel. L’accord ne regarde pas les personnes dont vous parlez. Il regarde la chose possédée.

Comparez : Ils ont posé leur veste et Ils ont posé leurs vestes. Les possesseurs sont plusieurs dans les deux phrases. Seul change le nombre de vestes.

D’où un test rapide : examinez le groupe nominal entier. Un groupe au pluriel appelle « leurs », un groupe au singulier appelle « leur ». Les élèves avaient bouclé leurs révisions ; leur professeur n’a rien eu à ajouter.

Le piège

On croit accorder avec le nombre de possesseurs. L’accord se fait avec le nom, et lui seul. Dans Les élèves ont levé leur main, ils sont trente. « Main » reste au singulier.

Une nuance mérite d’être signalée, parce qu’elle surprend même les bons rédacteurs. Ce possessif s’accorde en nombre, jamais en genre. « Leure » et « leures » n’existent pas. On écrit leur mère comme leur père, leurs filles comme leurs fils. La langue nous a habitués à des mots qui varient sur les deux tableaux ; celui-ci n’en fait qu’un.

Un objet chacun : le seul cas vraiment ambigu

Reste la zone grise, celle que les explications mécaniques passent sous silence. Plusieurs personnes possèdent chacune un exemplaire : faut-il le singulier ou le pluriel ? On lit souvent une règle expéditive, un objet par personne donc singulier. C’est trop rigide.

Les deux accords se défendent, et l’usage les admet. Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe et auteur pour le Projet Voltaire, prend l’exemple d’un vestiaire : on écrira aussi bien ils ont accroché leur chapeau au portemanteau, puisque chacun n’en porte qu’un, que ils ont accroché leurs chapeaux, puisque le portemanteau en reçoit finalement plusieurs. Le singulier regarde l’exemplaire individuel, le pluriel embrasse la collection. Adoptez le point de vue qui sert votre phrase, et gardez-le jusqu’au bout.

Quand le singulier s’impose vraiment

L’ambiguïté disparaît dès que le possédé est unique par nature, ou qu’il désigne une notion abstraite. Le singulier est alors de rigueur, quel que soit le nombre de personnes concernées.

Exemples

Ils avaient du mal à cacher leur joie.

Les naufragés ne devaient leur survie qu’à ce radeau.

Elle a rencontré leur mère.

Les articles sont prêts : je m’occupe de leur mise en ligne demain.

Un test de bon sens règle ces cas : demandez-vous si le pluriel produirait quelque chose de réel. « Leurs joies » et « leurs survies » ne veulent rien dire, donc singulier. En revanche, dès que chacun en détient plusieurs, le pluriel ne se discute plus : Elles ont coupé leurs cheveux, les éleveurs ont vendu leurs bêtes, les arbres ont retrouvé toutes leurs feuilles. C’est la même logique de sens qui gouverne le choix entre mille mercis ou mille merci : la mécanique seule ne décide pas, l’intention compte.

« La leur », « les leurs » : le pronom possessif

Après un article défini, « leur » ne détermine plus un nom. Il le remplace. C’est le pronom possessif, qui s’accorde avec l’article qui le précède : le leur, la leur, les leurs.

Nos horaires ressemblent aux leurs. Mes conclusions diffèrent des leurs. Leur tondeuse est en panne, alors ils empruntent la nôtre.

Employé seul au pluriel, « les leurs » prend un sens complémentaire et désigne les proches, la famille, le camp. Ces exilés ne reverront jamais les leurs. La locution être des leurs signifie appartenir au groupe : Serez-vous des leurs samedi ?

Un tour voisin embrouille souvent, celui du décompte. Quand plusieurs personnes agissent ensemble, on n’écrit pas « leurs deux » mais « à eux deux ». L’Académie française classe ce gallicisme parmi les tournures exprimant un sujet global, à côté de à eux seuls et à eux tous : À eux deux, ils viendront à bout de ce travail.

Les trois tests pour ne plus se poser la question

Aucun moyen n’est infaillible, mais la substitution s’en approche. Quand le doute persiste, essayez de remplacer.

Les trois substitutions

Par « lui » : si la phrase tient, c’est le pronom personnel, sans « s ». (Il leur écrit devient Il lui écrit.)

Par « son », « sa », « ses » : c’est l’adjectif possessif. Le nombre suit alors celui de « ses » ou de « sa ». (leurs projets devient ses projets.)

Par « le sien », « la sienne », « les siens » : c’est le pronom possessif. (Notre jardin est plus petit que le leur devient que le sien.)

Raisonner par la nature du mot vaut pour bien d’autres pièges de la langue. Le mot tout change lui aussi de forme selon qu’il est déterminant, pronom ou adverbe, et son accord suit sa fonction.

Exemples d’utilisation dans une phrase

Voici les trois emplois côte à côte, dans le désordre où la vie les présente.

Adjectif possessif

Les randonneurs ont bouclé leur sac avant l’aube.

Leur patience nous a épargné bien des ennuis.

Les candidats déposeront leurs copies sur le bureau du surveillant.

Leurs collègues leur ont signalé une anomalie dans leur relevé.

Pronom personnel

Personne ne leur avait annoncé la nouvelle.

Le notaire leur lira le testament jeudi.

Écris-leur avant la fin de la semaine.

Pronom possessif

Notre potager rend moins que le leur.

Ces places sont les nôtres, celles du fond sont les leurs.

Prenez la quatrième phrase du premier bloc. « Leurs collègues » désigne plusieurs personnes ; « leur ont signalé » précède un verbe, donc pas de « s » ; « leur relevé » vise un document unique par personne. Trois emplois en une ligne. Savoir justifier les trois, c’est tenir la règle.

Les fautes les plus fréquentes

  • « leurs » devant un verbe : ils leurs ont dit. Le pronom personnel ne varie pas, écrivez ils leur ont dit. Le remplacement par « lui » lève le doute en une seconde.
  • Un accord calqué sur les personnes : leurs fille est née. Le nom commande l’accord, donc leur fille, même si les parents sont deux.
  • Une marque du féminin : leure décision. Cette forme n’appartient à aucun état de la langue, ancien ou moderne.
  • « la leurs » : le pronom possessif s’accorde avec son article. On écrit la leur au singulier, les leurs au pluriel.
  • Le trait d’union oublié à l’impératif : donne leur. La forme correcte est donne-leur, sur le modèle de dis-lui.

Ces cinq fautes se ramènent à deux réflexes : regarder ce qui suit le mot, et tenter la substitution par « lui ». Le reste suit.

Questions fréquentes

Faut-il réserver « leur » sans « s » au seul cas où les possesseurs partagent un objet commun ?

Non, et l’idée reçue est tenace. Le singulier s’impose quand l’objet est unique ou abstrait, comme dans leur mère ou leur joie. Mais quand chacun possède son exemplaire, les deux accords sont admis : ils ont ôté leur chapeau et ils ont ôté leurs chapeaux se défendent également, selon que vous regardez l’individu ou l’ensemble. Le Projet Voltaire, comme l’Académie française, reconnaît cette latitude.

« Leur » s’accorde-t-il en genre ?

Jamais. L’adjectif possessif de la troisième personne du pluriel varie en nombre seulement : leur frère, leur sœur, leurs frères, leurs sœurs. Les formes « leure » et « leures » sont des inventions. C’est une bizarrerie de notre langue, puisqu’un mot s’accorde d’ordinaire soit sur les deux plans, soit sur aucun.

« Donne leur » ou « donne-leur » : où passe le trait d’union ?

Avec un trait d’union et sans « s » : donne-leur. À l’impératif affirmatif, le pronom personnel se place après le verbe et s’y rattache, comme dans dis-lui, parle-nous ou rends-le. À la forme négative, il repasse devant et le trait d’union disparaît : ne leur dis rien.

Comment reconnaître le pronom possessif « les leurs » ?

Un article défini le précède toujours, et aucun nom ne le suit, puisqu’il en tient lieu. Si vous pouvez le remplacer par « les siens » ou « les siennes », vous tenez un pronom possessif : Mes idées valent les leurs. Le même mot placé devant un nom serait, lui, un adjectif possessif.

Comment progresser durablement sur ce point ?

La règle s’acquiert par l’usage plus que par la mémorisation. Relisez vos textes en traquant chaque « leur » et justifiez-le à voix haute : verbe derrière, ou nom derrière ? Deux semaines de cette vigilance suffisent en général à installer le réflexe, et votre expression écrite y gagne au-delà de ce seul mot.

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