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La Mort et le Mourant, Jean de la Fontaine

Poésie de la semaine n° 43

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Hors ligne Ziame # Posté le 11/03/2014 à 12 h 42
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Bonjour,

Cette semaine, c’est une fable de Jean de la Fontaine que nous avons le plaisir de vous proposer. Il s’agit de La Mort et le Mourant publiée en 1678 dans le recueil Fables, deuxième partie, livre VIII, 1.

Jean de la Fontaine



Portrait de Jean de la Fontaine par Hyacinthe Rigaud
Portrait de Jean de la Fontaine
par Hyacinthe Rigaud, 1690
Des éléments ayant trait à la biographie de Jean de la Fontaine ont été publiés à l’occasion de la 20e poésie de la semaine : Le Renard et la Cigogne.

La Mort et le Mourant



Si les fables de Jean de la Fontaine faisant intervenir des animaux personnifiés, dont les travers de caractère sont des critiques de la société de l’époque, sont les plus connues, il importe de garder à l’esprit que celles-ci ne sont pas les seules. En effet, ce poète a aussi rédigé des fables mettant en scène des êtres humains afin de pointer du doigts certaines faiblesses de l’esprit humain. C’est notamment le cas de La Mort et le Mourant.

La structure de cette fable est assez originale. Elle débute par la morale (quatre premiers vers) et se termine également par la morale (dernier vers, « Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret. »). Entre ces deux énoncés réside l’histoire, un dialogue entre un vieillard centenaire et la Mort. Le premier demande à celle-ci davantage de temps, n’ayant pas pu clore ses affaires et n’étant pas prêt, ni prévenu. La Mort, se posant comme un arbitre impartial frappant tout le monde avec équité (le jeune aussi bien que le vieillard) lui explique tous les signes qu’elle lui a donnés par l’image de ses amis « Ou morts, ou mourants, ou malades. », par la perte de ses goûts, de son ouïe le coupant d’ores et déjà de fait du monde des vivants.

Le sujet de ce iniquité entre le jeune prêt à donner sa vie et le vieillard prêt à tout pour la conserver émeut fortement La Fontaine. C’est ainsi qu’on le voit apparaître derrière la Fable où, vers la fin, il va jusqu’à intervenir personnellement pour supporter l’argumentation donnée par la Mort : « La mort avait raison. Je voudrais qu’à cet âge / On sortît de la vie ainsi que d’un banquet, / Remerciant son hôte, et qu’on fit son paquet ; / Car de combien peut-on retarder le voyage ? »

Il en résulte une fable pleine de sagesse, invitant à relativiser concernant la mort et à voir non pas ce qu’il reste à faire mais ce que l’on a eu la chance d’accomplir, alors même que tant d’autres n’en ont et n’en auront jamais le loisir.

Citation : La Mort et le Mourant, Jean de la Fontaine
La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,
S’étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage.
Ce temps, hélas ! embrasse tous les temps :
Qu’on le partage en jours, en heures, en moments,
Il n’en est point qu’il ne comprenne
Dans le fatal tribut ; tous sont de son domaine ;
Et le premier instant où les enfants des rois
Ouvrent les yeux à la lumière,
Est celui qui vient quelquefois
Fermer pour toujours leur paupière.
Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse,
La mort ravit tout sans pudeur
Un jour le monde entier accroîtra sa richesse.
Il n’est rien de moins ignoré,
Et puisqu’il faut que je le die,
Rien où l’on soit moins préparé.
Un mourant qui comptait plus de cent ans de vie,
Se plaignait à la Mort que précipitamment
Elle le contraignait de partir tout à l’heure,
Sans qu’il eût fait son testament,
Sans l’avertir au moins. Est-il juste qu’on meure
Au pied levé ? dit-il : attendez quelque peu.
Ma femme ne veut pas que je parte sans elle ;
Il me reste à pourvoir un arrière-neveu ;
Souffrez qu’à mon logis j’ajoute encore une aile.
Que vous êtes pressante, ô Déesse cruelle !
— Vieillard, lui dit la mort, je ne t’ai point surpris ;
Tu te plains sans raison de mon impatience.
Eh n’as-tu pas cent ans ? trouve-moi dans Paris
Deux mortels aussi vieux, trouve-m’en dix en France.
Je devais, ce dis-tu, te donner quelque avis
Qui te disposât à la chose :
J’aurais trouvé ton testament tout fait,
Ton petit-fils pourvu, ton bâtiment parfait ;
Ne te donna-t-on pas des avis quand la cause
Du marcher et du mouvement,
Quand les esprits, le sentiment,
Quand tout faillit en toi ? Plus de goût, plus d’ouïe :
Toute chose pour toi semble être évanouie :
Pour toi l’astre du jour prend des soins superflus :
Tu regrettes des biens qui ne te touchent plus
Je t’ai fait voir tes camarades,
Ou morts, ou mourants, ou malades.
Qu’est-ce que tout cela, qu’un avertissement ?
Allons, vieillard, et sans réplique.
Il n’importe à la république
Que tu fasses ton testament.
La mort avait raison. Je voudrais qu’à cet âge
On sortît de la vie ainsi que d’un banquet,
Remerciant son hôte, et qu’on fit son paquet ;
Car de combien peut-on retarder le voyage ?
Tu murmures, vieillard ; vois ces jeunes mourir,
Vois-les marcher, vois-les courir
À des morts, il est vrai, glorieuses et belles,
Mais sûres cependant, et quelquefois cruelles.
J’ai beau te le crier ; mon zèle est indiscret :
Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret.


À la semaine prochaine pour une nouvelle poésie !

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