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Pour être heureux, faut-il cesser de penser ?

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Hors ligne MrKooky # Posté le 10/10/2010 à 19 h 39
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Bonsoir.

J'ai enfin eu ma première dissert' à faire en philo ! :) Le sujet est le suivant:Pour être heureux, faut-il cesser de penser ?.

J'avais d'onc l'idée de faire un plan en deux parties: une qui affirme cette idée, l'autre qui la nie. J'ai déjà mené une rapide réflexion sur le sujet, mais je voulais avoir votre avis.


Bonne soirée ! :)
 
Hors ligne Vynile # Posté le 10/10/2010 à 20 h 24
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C'est un point bien intéressant que tu soulèves là, MrKooky ! Je dois dire que dans l'absolu, lorsqu'on arrête de penser, on n'a plus conscience de rien. On ne sait pas alors ce qu'être heureux veut dire, ni ce qu'être malheureux veut dire. On est dans un état neutre et végétatif. Cependant, j'ai en tête une citation de Jésus (s'il a existé, mais ce n'est pas le sujet) :

Citation : Jésus
Heureux sont les faibles d'esprit.


En général, je dois dire que, à partir du moment qu'un être est conscient de lui-même, il peut être heureux ou malheureux. Mais après, cela dépend du niveau d'intelligence. Ceux que Jésus qualifie de « faibles d'esprit » peuvent penser et sont conscients d'eux mêmes. Mais pas plus. Au contraire, les « forts d'esprit » peuvent, eux, en outre d'avoir conscience d'eux mêmes, se poser les grandes questions existentielles (« Quel est le sens de la vie ? », « Comment la vie a-t-elle commencé ? » etc.), ce qui peut à terme les plonger dans une dépression, dans une instabilité mentale ou pire, au suicide.

Je me suis moi-même posé ces questions plusieurs fois, et, à défaut d'y trouver réponse concrète, j'ai trouvé plusieurs citations, comme une de Gandhi :

Citation : Gandhi
Tout ce que vous ferez dans votre vie sera insignifiant, mais il est important que vous le fassiez quand même.


On peut donc en effet croire qu'un être humain est heureux lorsqu'il est « faible d'esprit », car il n'est pas proprement apte à se remettre profondément en cause, ce qui se rapporte à jouer avec le feu : les effets d'une remise en cause de soi-même peut ouvrir des portes qui mènent à des issues inespérées, mais peut aussi faire s'auto-détruire la personne en question.


Tout ceci pour dire que ma réponse à cette question est oui, dans la mesure où l'être est conscient de lui-même :) .
Modifié le 12/10/2010 à 16 h 29 par Vynile

« Le don de soi est le plus grand don qu'on puisse faire. » Image utilisateur
 
Hors ligne Fihld # Posté le 10/10/2010 à 20 h 42
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Bonsoir,

On peut commencer par se demander si le bonheur dépend de nous ou non (après avoir défini le bonheur évidemment, chose somme toute pas facile). On peut aussi et surtout — et c’est là où ça colle le plus au sujet — se prononcer sur le fait de savoir si l’on peut être heureux en le sachant, c’est-à-dire si l’on peut avoir conscience que l’on est heureux et dès lors continuer à l’être. Il serait pertinent de s’intéresser à la philosophie d’Épicure (même si toute la philosophie se demande si l’on peut être heureux alors qu’on est mortels et qu’on le sait) ; j’ai un podcast d’une émission de Raphaël Enthoven diffusée sur France Culture, Les Nouveaux Chemins de la connaissance, qui pourrait t’intéresser (dis-le-moi, je te l’envoie par mail).

Citation : Raphaël Enthoven
Pourquoi le bonheur est-il si triste ? D’où vient l’amertume qui le suit comme son ombre ? Est-ce de n’être qu’une parenthèse, un point de suspension ? « Au cœur de la source des plaisirs, écrit Lucrèce, jaillit quelque chose d’amer qui, au sein même des délices, vous reste dans la gorge. » L’expérience du bonheur étant inséparable de la crainte, en elle-même fatale, qu’il s’achève, tout homme heureux, en un sens, est un homme averti dont le bonheur succombe dès qu’il en prend conscience. Le bonheur — comme l’amour — est-il lucide, ou il n’est pas : savoir qu’on est heureux, c’est d’emblée savoir que le bonheur ne dure pas, et donc vouloir qu’il dure ; or vouloir être encore heureux, c’est déjà ne plus l’être. En matière de bonheur, la fin du début, c’est le début de la fin. On l’envie, il nous ennuie puis il s’enfuit.

C’est une émission passionnante qui colle au sujet, sujet qui est également très intéressant.

« Le vice est aussi nécessaire dans un État florissant que la faim est nécessaire pour nous obliger à manger. Il est impossible que la vertu seule rende jamais une Nation célèbre et glorieuse. » — Bernard Mandeville.
 
Hors ligne Karl Yeurl # Posté le 10/10/2010 à 20 h 44
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Salut !
Pour ma part, j’ai toujours (plutôt bien) réussi mes dissertations en engageant un pseudo-dialogue avec moi-même, en prenant deux partis (d’accord et pas d’accord). Ce qui rejoint ton idée d’opposer deux argumentaires, je te conseille juste d’alterner ceux-ci.

Sinon, pour être heureux, faut-il arrêter de penser ?
Je ne pense pas. Mais je serai tout de même heureux si vous mettez une bonne note à ce devoir pour cette réponse.

( :p )

Plus sérieusement, je crois que c’est une question de la définition du bonheur. En effet, l’on dit « heureux les simples d’esprit […] » (c’est issu de la Bible). C’est vrai que l’on peut se sentir bien lorsqu’on ne réfléchit pas. Mais certaines choses requièrent une certaine intelligence (et par là, je ne parle pas d’un intellect particulièrement développé, mais simplement d’un intellect humain) pour être ressenties : la satisfaction, la fierté, par exemple ; émotions qui peuvent conduire au bonheur. Et ces sentiments de bien-être sont, à mon sens, bien dissociés du « bonheur » ressenti par les animaux (qui, a priori, ne réfléchissent pas des masses). Je mets « bonheur » entre guillemets, parce que pour ma part, je fais la distinction entre la joie (qui pour moi est un sentiment éphémère) et le bonheur (que j’associe à un état plus permanent), et qu’il me fallait avant de retirer ces guillemets développer un peu ce point. A priori, on pourrait penser que cela m’amène à pencher en faveur de cette affirmation, mais ce n’est pas le cas : je crois que notre intellect nous permet d’accéder à des niveaux émotionnels intéressants qui peuvent conduire à ce bonheur recherché. L’amour, s’il est aveugle, n’est pas idiot, et je crois (j’espère !) que cet état est durable : je l’associerais donc bien au bonheur. Et donc, je crois que cette phrase n’est pas correcte : l’on peut être heureux en étant idiot, mais l’intelligence n’est pas une barrière si infranchissable à l’accession du bonheur. En définitive, j’aime pas les affirmations pédantes et aussi catégoriques que celles-là, donc bien entendu, je l’aurais démontée (indice : la touche finale devrait prononcer ton avis sur la chose, mais le développement montre que tu es intelligent et as considéré les deux partis).

Note : je n’ai pas (encore) lu le pavé de Fihld. Je poste, et pis voilà.

Edit. — Je clarifie et édite tout cela, je me rends compte que c’est légèrement confus. :)
Edit. 2 — Voilà, c’est fait. :p
Modifié le 10/10/2010 à 20 h 56 par Karl Yeurl

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,
Brusquement reparu, fier comme Viala,
Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.
V. HUGO

You should totally read my blog. Mon Twitter
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 10/10/2010 à 21 h 01
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Pas très inspiré par le sujet, mais Tchouang-tseu (taoïste) disait que la raison est nécessaire au bonheur puisqu'elle permet de disperser les émotions. Une multitude de malheurs comme la maladie ou la vieillesse peuvent nous infliger une souffrance physique ou mentale mais la raison permet de relativiser tout ça. Pour Tchouang-tseu, celui qui a une parfaite connaissance des phénomènes de la nature n'est plus affecté par les changements du monde (il les comprend) ; ne dépendant plus des choses extérieures, son bonheur n'est pas limité par elles.

Sinon pour les Evangiles, la citation complète est « heureux les simples d'esprit car le Royaume des Cieux est à eux », ce qui change son sens (ce n'est pas vraiment d'un bonheur terrestre dont il s'agit, même si le fait de nous savoir destiné au paradis peut nous procurer de la joie). C'est un extrait des Béatitudes (le Sermon sur la Montagne) parmi un ensemble de propositions plus larges.

EDIT : au sujet de la citation de l'Evangile, une traduction plus exacte serait « heureux ceux qui ont une âme de pauvre [et non une âme pauvre] car le Royaume des Cieux est à eux » ce qui me paraît bien plus probable. Je ne vois pas Jésus faire l'apologie de l'ignorance ! (Vynile a raison)
Modifié le 11/10/2010 à 10 h 05 par Belisarius
 
Hors ligne MrKooky # Posté le 10/10/2010 à 21 h 02
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Merci pour vos réponses ! :)

> Vynile : C'est en effet mon point de vue personnel, quoique pas entièrement. Je pense plutôt que le fait de penser, peux nous amener le bonheur à travers nos actions, mais aussi nous l'enlever.

> Fihld : Je veux bien, oui. :)
Je pense donc que je vais commencer par définir les termes penser et bonheur.

> Karl Yeurl : Tu proposerais donc pas un plan fixe, mais plutôt une discussion en alternant les arguments pour/contre ?

> Belisarius : Je n'avais pas pensé à ce point de vue, merci à toi !
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 10/10/2010 à 21 h 30
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Je viens de penser qu'il faudrait chercher aussi des arguments dans le stoïcisme. Les stoïciens distinguent ce qui dépend de nous (notre état mental : opinions, désirs, représentations,...) et ce qui ne dépend pas de nous (le Destin et la Providence). Le fait de mourir ne dépend pas de nous mais notre attitude devant la mort dépend de nous. Le bonheur n'est possible qu'en maîtrisant notre état mental, en effectuant un effort sur soi par la pensée. Si l'on ne pense pas, alors les événements extérieurs peuvent nous plonger dans le malheur.
 
Hors ligne Vynile # Posté le 11/10/2010 à 05 h 37
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Citation : Belisarius
EDIT : au sujet de la citation de l'Evangile, une traduction plus exacte serait « heureux ceux qui ont une âme de pauvre [et non une âme pauvre] car le Royaume des Cieux est à eux » ce qui me paraît bien plus probable. Je ne vois pas Jésus faire l'apologie de l'ignorance !


Non non. C'est bien « Heureux sont les faibles d'esprit. » (enfin, je ne suis pas sûr que c'est bien une parole de Jésus, mais c'est bien cette citation qui correspond bien à mes dires). Je connaissais aussi ta citation, mais elle n'a pas grand-chose à voir avec le sujet...

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Hors ligne MrKooky # Posté le 12/10/2010 à 13 h 18
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Merci à tous pour vos réponses ! :)

Ne sachant pas comment modifier le sujet en problématique, je l'ai modifiée et trouvé celle-ci: «Peut-on être conscient de son bonheur ? Ou bien faut-il cesser de penser pour être heureux ?».
J'ai alors bâti le plan suivant:
</liste>
  • Penser nous rend conscients du bonheur, et donc heureux
    • Certaines choses requièrent une certaine intelligence
    • La maitrise de notre état mental peut nous rendre heureux
  • Cesser de penser peut nous rendre heureux, même si on ne s'en rend pas compte
    • Lorsqu'on cesse de penser, on n'a plus conscience de rien
    • On ne se remet pas en cause
  • Synthèse: Solutions relatives du point de vue, ...
    • On peut se créer un "pseudo-bonheur" à base d'illusions
</citation>

Voilà ! :p
Je pense qu'il est fait un peu à l'arrache, donc si vous avez des remarques n'hésitez pas à commenter mon plan ! ;)

Secret (cliquez pour afficher)
Bonne journée de grève :)
 
Hors ligne MrKooky # Posté le 13/10/2010 à 19 h 37
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Je fais un petit up ... Personne ? :euh:
 
Hors ligne Nox # Posté le 13/10/2010 à 20 h 46
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Bien le bonsoir :D

Je propose deux approches.

Première approche : le point de vue du simpliste (pour vulgariser un peu le sujet).
Est-ce la pensée qui nous rend heureux ? La pensée est une activité psychique consciente (wikipedia). Cesser de penser reviendrait donc à cesser d'avoir conscience de son être, donc de son bonheur s'il existe. Il est par conséquent impossible d'être heureux si l'on cesse de penser étant donné que la pensée est l'essence même de l'activité humaine et de tout sentiment.

Deuxième approche : le point de vue du philosophe (pour développer un peu le sujet).

Toute dissertation est construite suivant le même schéma :
I - Thèse (Oui / Non, ...)
II - Antithèse (Mais ...)
III - Synthèse (fusion des deux)
Il est possible de ne faire que les deux premières parties (en tout cas c'était accepté quand j'étais au lycée).

Je vais te donner quelques idées pour traiter ton sujet.
Tout d'abord il faut une problématique. Il n'existe pas de problématique ultime, chacun peut avoir une problématique différente et valable. Il est même conseillé de poser plusieurs interrogations au lieu d'une (on peut en dériver certaines de la question de base afin de pousser le raisonnement un peu plus loin).
Pour ce sujet, je propose quelque chose du genre : L'homme doit il s'abstenir de penser pour aspirer au bonheur ?

Pour la première partie, je propose « Penser peut nuire au bonheur ».
La pensée peut en effet être un obstacle au bonheur car elle est présente en toute circonstance et ne cesse de projeter l'homme dans le passé et le futur, en quête de souvenirs et de perspectives. Le bonheur est une notion très relative qui dépend de ce que l'on prétend être le malheur. Quoi qu'il en soit, les deux coexistent et sont perpétuellement remis en question par l'action continue de la pensée.
L'homme qui pense ne peut donc pas se distraire l'esprit ni cacher la réalité.

Pour la deuxième partie, pourquoi pas « Cesser de penser ne permet pas d'entrevoir le bonheur » ?
Il semble difficile et même impossible de vivre sans penser, car cela conduit à renoncer en quelque sorte à notre humanité. L'activité de penser est propre à l'homme et le différencie de l'animal qui ne vit que par l'instinct. S'empêcher de penser aurait donc pour conséquence l'inconscience et la déshumanisation qui nous feraient vivre dans un bonheur - s'il est présent - artificiel.

Bien sûr, ce ne sont que des axes de réflexion. N'oublie pas d'introduire et de conclure. Il est également vivement recommandé de faire un lien entre chaque partie (par exemple une petite phrase en fin de partie I, qui peut être sous forme de question, qui introduit la partie II).
Une vieille astuce de mon prof de Français pour trouver des titres pertinents pour chaque partie : toujours vérifier qu'on peut les faire précéder par « Je veux montrer que... ».
Attention toutefois à bien rester dans les limites du sujet, car l'inverse est à mon souvenir très pénalisant.
Bonne chance !
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 13/10/2010 à 21 h 05
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Moi au lycée, je reprenais la question posée par le prof pour la problématique. Ca ne m'a pas empêché à chaque fois d'avoir de très bonnes notes (la problématique ce n'est pas que poser une question mais amener et montrer l'intérêt de la question).

Sinon je ne me souviens pas avoir fait un plan thèse/antithèse/synthèse. En fait, c'est assez mal adapté à la philo où les avis sont généralement plus tranchés qu'en français (difficulté de la synthèse). Notre prof nous proposait à la place thèse/antithèse/réfutation de l'antithèse mais je ne l'ai jamais adopté non plus. De toute façon, l'important est que l'ensemble soit logique et suive une progression.

Personnellement j'aurais fait :
I. En quoi cesser de penser pourrait-il nous rendre heureux ?
A/ Oubli des regrets, des remords, de l'angoisse face à l'avenir
B/ Un bonheur peut-il être ressenti de façon consciente (Schopenhauer) ?

II. En quoi la pensée est-elle nécessaire au bonheur ?
A/ L'absence d'activité réfléchie ne peut pas constituer un idéal de vie
B/ L'émotion peut être dispersée par la raison (Tchouang-tseu)
C/ Le bonheur dépend de nos représentations (stoïcisme)

Ce n'est pas un plan parfait, c'est juste un exemple.
Modifié le 13/10/2010 à 21 h 40 par Belisarius
 
Hors ligne MrKooky # Posté le 14/10/2010 à 20 h 27
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Merci tous deux pour vos réponses, je vais voir ca de plus près ! :p

:euh: Par contre, qui était Schopenhauer ? Je ne l'ai pas encore étudié ...

Merci de tes réponses ! :)
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 14/10/2010 à 20 h 52
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Il disait grosso modo que le bonheur est inconscient et que l'on se rend compte que l'on a été heureux après coup. Cela vient du fait qu'il donne une définition négative au bonheur : le bonheur est l'absence de malheur. Les plaisirs sont fugaces et laissent rapidement place à l'ennui (ne durant pas, ils ne peuvent pas fonder un état de bonheur). La vie est comparée à un pendule qui oscille entre souffrances et ennui.
 
Hors ligne souls killer # Posté le 20/10/2010 à 23 h 51
J'en parlerai à mon lama
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Je vais proposer une autre approche, un peu plus originale et probablement beaucoup plus scolaire (donc a priori moins intéressante mais possibilité d'avoir une meilleure note, si ma thèse est cohérente…). Je vais me borner à l'analyse de la question, qui soulève déjà de nombreux points. La question est donc : Pour être heureux, faut-il cesser de penser ? Avant de nous jeter corps et âme dans les recoins les plus compliqués de cette question, réfléchissons aux termes les plus évidents.

Le premier piège à éviter est le « faut-il », à différencier absolument du « peut-on ». En effet, l'usage du verbe falloir implique une obligation et une nécessité. Ainsi, la question devient : Pour être heureux, est-il nécessaire de cesser de penser ? La question de la nécessité étant implicite dans l'énoncé du problème, il est obligatoire de la faire apparaître clairement, et c'est maintenant chose faite.

Venons-en maintenant au verbe « cesser ». Ce verbe a un sens philosophique très précis, car il signifie en fait s'interrompre, s'arrêter. Ne tombons donc pas dans le deuxième piège : on sous-entend ici que pour être heureux, il faudrait être dans la capacité de s'arrêter de penser. Ainsi, un être non-pensant à l'origine ne peut pas cesser de penser. Est-il pour autant dépourvu de la notion de bonheur ? Un être pensant peut-il cesser de penser ? Rien n'est moins sûr, à en croire la philosophie des Lumières. Rien que si l'on pense à arrêter de penser… eh bien, précisément, il s'agit d'une pensée. Cet aspect du problème ne peut pas être résolu indépendamment de la problématique générale, et c'est à mon avis le point le plus difficile du devoir (dans l'approche que je propose). En effet, être capable de cesser de penser est une condition nécessaire à être heureux pour peu qu'il soit indispensable de cesser de penser pour être heureux. Inversement, s'il n'est pas nécessaire de cesser de penser pour être heureux, alors en avoir la capacité n'est pas une condition nécessaire. Néanmoins, et on rejoint la remarque précédente, être incapable de cesser de penser, est-ce lié ou non à la capacité même de penser ?

Cela nous conduit donc à mener deux combats de front. D'une part, qu'est-ce que le bonheur ? D'autre part, la pensée peut-elle s'inhiber elle-même ? Vraisemblablement, le problème de la conscience est posé ici. Penser, pour Descartes, c'est avoir la capacité de savoir que l'on pense. En d'autres termes, c'est pouvoir penser que l'on pense, pouvoir se faire intrinsèquement la réflexion : « Je suis en train de penser. » ; est-ce compatible avec une éventuelle interruption de la pensée ? Si non, alors la question posée n'a pas de sens, car il est impossible de s'arrêter de penser. Dans le cas contraire, nous nous heurtons à un paradoxe. En effet, seul un être pensant peut s'arrêter de penser, un être dépourvu de la capacité de penser en est incapable. Or, un être dépourvu de la capacité de penser est également un être inconscient (au sens de Descartes). Un être inconscient peut-il saisir la notion de bonheur ?

À la question « la pensée peut-elle s'inhiber elle-même ? », deux réponses sont possibles, la difficulté réside dans le fait qu'elles semblent toutes les deux en contradiction avec la question posée. Il faut pourtant choisir une thèse et la défendre. Étant profondément cartésien, je reste convaincu que l'on ne peut pas se rendre volontairement inconscient. Cela ne retire pas son sens à la question « Pour être heureux, faut-il cesser de penser ? », mais cela lui donne une dimension beaucoup plus lugubre. De fait, si cesser de penser est une condition nécessaire pour être heureux, et qu'interrompre la pensée est impossible, alors le bonheur est inaccessible ! Autre thèse intéressante à étudier : le bonheur n'est pas lié du tout à la pensée, il s'agit de quelque chose d'autre, non lié à la capacité de raisonner et de penser. Auquel cas, la question est absurde, mais elle n'en reste pas moins paradoxale. Arrivé à ce stade de la démonstration, il est temps d'étudier ce qu'est le bonheur. Attention à ne pas se contredire avec nos propos précédents : si on considère que le bonheur n'est pas lié à la pensée, alors il faut le définir autrement (s'agirait-il uniquement d'une dimension de notre volonté ? cf. thèse de Voltaire) ; si on considère qu'il y est lié, alors il est inaccessible. Nous devons alors nous demander ce qu'il a de différent de nos autres pensées, qui le rend si inaccessible, si tant est que le bonheur soit l'attrait d'une pensée.

_______

C'est un œil un peu différent de ceux qui ont été proposés ici que j'apporte. Il vaut peut-être quelque chose, à toi de voir. Bien sûr, c'est très court et il ne s'agit pas d'une réelle démonstration : il faudrait aller beaucoup plus loin dans les arguments et les exemples. On retrouve néanmoins un plan, qui a la particularité de ne pas être du type thèse anti-thèse synthèse, qui sont souvent un peu trop artificiels. Ici, mon plan est représentatif du cheminement réel de ma pensée, et c'est ce qui constitue son épine dorsale et qui lui assure une certaine cohérence (car mes arguments découlent les uns des autres, chaque élément de réponse suscite une ou plusieurs sous-questions, etc.).

La ligne droite est le plus long chemin d'un point à un autre. — Théorème mathématique shadok.
 
Hors ligne MrKooky # Posté le 02/11/2010 à 09 h 40
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Merci pour ton message, Souls Killer. Malheureusement, j'ai déjà rendu ma copie, sans quoi j'aurai intégré ce que tu dis.
Je prends cependant note de tout pour une prochaine rédaction. ;)
 

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