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Mes coups de cœur !
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mdr1
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# Posté le 08/10/2010 à 17 h 32 |
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Messages : 2 Membres |
Reprise du dernier message de la page précédente : Eh ben ! ça grouille de beautés littéraires ici ! Merci pour tous ces beaux poèmes .
Citation : Baudelaire dans la préface des contemplations. Ah, insensé qui crois que je ne suis pas toi ! |
Karl Yeurl
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# Posté le 31/10/2010 à 09 h 53 |
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Messages : 2635 ![]() |
Hop, un petit déterrage en règle, pour vous présenter un texte de Nazim Hikmet, poète turc (né en Russie, puis exilé en Pologne, enfin toute une histoire).
J’aime beaucoup la manière dont il aborde les choses : les dire sans les dire. Voici « la plus étrange des créatures ». Nazim Hikmet — La plus étrange des créatures Secret (cliquez pour afficher) Comme le scorpion, mon frère, tu es comme le scorpion dans une nuit d’épouvante. Comme le moineau, mon frère, tu es comme le moineau dans ses menues inquiétudes. Comme la moule, mon frère, tu es comme la moule enfermée et tranquille, tu es terrible, mon frère, comme la bouche d’un volcan éteint. Et tu n’es pas un, hélas, tu n’es pas cinq, tu es des millions. Tu es comme le mouton, mon frère, quand le bourreau habillé de ta peau quand le bourreau lève son bâton tu te hâtes de rentrer dans le troupeau et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier. Tu es la plus étrange des créatures, en somme, plus étrange que le poisson qui vit la mer sans savoir la mer. Et s’il y a tant de misères sur Terre c’est grâce à toi, mon frère, si nous sommes affamés, épuisés, si nous sommes écorchés jusqu’au sang, pressés comme la grappe pour donner notre vin, irai-je jusqu’à dire que c’est ta faute, non, mais tu y es pour beaucoup, mon frère. Mon passage préféré est celui du poisson, qui « vit la mer sans savoir la mer ». ![]() Je suis actuellement en train de lire les Contes Cruels d’Octave Mirbeau, attendez-vous à ce que j’en poste l’un ou l’autre (enfin, si je les trouve sur le Net, parce que chacun de ces contes s’étale sur plusieurs pages). |
Karl Yeurl
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# Posté le 17/11/2010 à 22 h 24 |
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Messages : 2635 ![]() |
Ce n’est pas véritablement ce qu’on peut appeler un poème, mais souffrez que je vous soumette ce conte cruel d’Octave Mirbeau : Un fou.
Secret (cliquez pour afficher) Dans une cour quelques fous se promènent sous les arbres, tristes ou hagards ; quelques fous sont assis sur des bancs, immobiles et têtus. Contre les murs, dans les angles, quelques fous sont prostrés. Il y en a qui gémissent ; il y en a qui sont plus silencieux, plus insensibles, plus morts que des cadavres. La cour est fermée, quadrangulairement, par de hauts bâtiments noirs, percés de fenêtres qui semblent, elles aussi, vous regarder avec des regards fous. Aucune échappée sur de la liberté et de la joie; toujours le même carré de ciel vide. Et l’on entend un sourd lamento de cris étouffés, de hurlements bâillonnés venant on ne sait de quelles chambres de torture, on ne sait de quelles invisibles tombes et de quelles limbes lointaines… Un vieillard saute, à cloche-pied, sur ses jambes débiles et tremblantes, le corps ramassé, les coudes plaqués aux hanches. Il y en a qui marchent très vite, emportés vers quels buts ignorés ? D’autres se livrent avec eux-mêmes à des conversations querelleuses. Dès qu’ils nous aperçoivent, les fous s’agitent, se groupent, chuchotent, délibèrent, discutent, dirigeant obliquement vers nous des regards sournois et méfiants. On voit aussitôt se lever, et remuer dans l’air, des gestes grimaçants, des mains très pâles qui ressemblent à des vols d’oiseaux effrayés. Les surveillants passent parmi les groupes, et, bourrus, les exhortent au calme. Des colloques s’engagent. – Est-ce le préfet ? – Vas-y, toi… – Non, toi… – Il ne me comprend pas quand je lui parle. – Il ne m’écoute jamais. – Il faut pourtant demander qu’on ne nous serve plus des crapauds dans notre soupe. – Il faut pourtant obtenir qu’on nous mène un peu dans la campagne. – Vas-y, toi… Et parle-lui carrément, comme à un homme. – Non, toi… – J’y vais… Quelques fous se détachent des groupes, s’avancent vers Triceps, exposent des réclamations judicieuses ou obscures sur la nourriture, la conduite des gardiens, l’injustice du sort. Les visages s’allument, les cous se tendent. Dans toutes ces pauvres prunelles effarées d’enfant, passent des lueurs d’espoir vague, tandis que le vieillard, indifférent à l’événement, continue de sauter à cloche-pied, sur ses jambes débiles, et qu’un jeune homme, les yeux pleins d’extase, bondit, les bras en avant, ouvrant et refermant de longues mains osseuses qui, sans cesse, étreignent le vide. Triceps, à toutes les réclamations, répond : « C’est entendu… c’est entendu ». Il me dit : – Ce sont de très bons diables… un peu toqués… N’aie pas peur. Je réponds : – Mais ils n’ont pas l’air plus fous que les autres… Je me faisais d’eux une autre idée. Je trouve que ça ressemble à la Chambre des députés, avec plus de pittoresque. – Et plus de gaieté… Et puis, mon ami, tu vas voir, c’est très amusant… On ne sait pas où ces pauvres bougres ont l’esprit, quelquefois… Il arrête un fou qui passe, et l’interroge : – Pourquoi ne demandes-tu rien aujourd’hui, toi ? Pâle, maigre, très triste, le fou esquisse un geste. – À quoi bon ? fait-il. – Tu es fâché ?… Tu fais ta tête ? – Je ne suis pas fâché… Je suis triste. – Il ne faut pas être triste… C’est très mauvais dans ton état… Dis-nous comment tu t’appelles ? – Plaît-il ? – Ton nom ? Dis-nous ton nom ? Avec un air de douceur, le fou, doucement, reproche : – Ce n’est pas bien de railler un pauvre homme. Vous savez mieux que personne que je n’ai plus de nom… Puis-je en faire juge monsieur ?… Monsieur est sans doute le préfet ? Et sur un geste affirmatif de Triceps : – Eh bien, je suis très content de cette circonstance… Voici, monsieur le préfet… J’avais un nom, comme tout le monde… C’était mon droit, n’est-ce pas ? Il me semble que ce n’était pas excessif, qu’en pensez-vous ?… En entrant ici, monsieur m’a pris mon nom… – Tu ne sais pas ce que tu dis. – Pardon, pardon, je sais ce que je dis… Et s’adressant à moi : – Où monsieur a-t-il mis mon nom ?… Je l’ignore… L’a-t-il perdu ?… C’est possible… Je le lui ai réclamé plus de mille fois… Car, enfin, j’ai besoin de mon nom… Jamais il n’a voulu me le rendre… C’est très triste… Et je ne sais pas jusqu’à quel point monsieur avait le droit de me prendre mon nom ?… Il me semble que c’est un véritable abus de pouvoir… Vous devez comprendre, monsieur le préfet, combien cela est gênant pour moi… Je ne sais plus qui je suis… Je suis non seulement pour les autres, mais pour moi-même… un étranger… De fait, je n’existe plus… Figurez-vous que tous les journaux veulent écrire, depuis longtemps, ma biographie … Mais comment faire ?… La biographie de qui ?… de qui ?… Je n’ai plus de nom… Je suis célèbre, très célèbre, tout le monde me connaît en Europe… Mais à quoi me sert cette célébrité, puisqu’elle est, aujourd’hui, anonyme ?… Enfin, il doit y avoir un moyen de me faire rendre mon nom?… Je le rassure : – Certainement… certainement… J’y penserai… – Merci ! Et puisque vous êtes assez bon pour vous intéresser à moi, monsieur le préfet, puis-je vous demander un autre service ?… Car enfin, je suis la victime de choses extraordinaires, auxquelles je ne croirais pas moi-même, si elles étaient arrivées à d’autres que moi… – Parlez, mon ami. Alors, d’une voix confidentielle : – J’étais poète, monsieur le préfet, et j’avais un tailleur à qui je devais de l’argent… Il me fallait de beaux habits, fréquentant chez la marquise d’Espard, chez Mme de Beauséant, et devant épouser Mlle Clotilde de Grandlieu … L’histoire est, tout au long, dans Balzac… Vous voyez que je ne mens pas… Ce méchant tailleur venait me relancer très souvent… Il réclamait son argent avec violence… Je n’en avais pas… Un jour qu’il se montrait plus menaçant que jamais, je lui offris, pour se payer, de prendre chez moi ce qu’il voudrait… une pendule – j’avais une très belle pendule –, des souvenirs de famille… enfin, ce qu’il voudrait… Or, savez-vous ce qu’il prit?… C’est inconcevable… Il prit ma pensée… Oui, monsieur le préfet, ma pensée… comme, plus tard, monsieur devait me prendre mon nom… Vraiment, ai-je de la chance ?… Et que pouvait-il en faire, lui, un tailleur ? – Mais comment vous êtes-vous aperçu que ce tailleur vous avait pris votre pensée ?… questionné-je. – Comment? Mais je l’ai vue, dans ses mains, monsieur le préfet… Il la tenait dans ses mains, monsieur le préfet… Il la tenait dans ses mains au moment où il me la prit. – Comment était-elle ? Le fou prend un air où se mêle une double expression d’admiration et de pitié tendre : – Elle était, monsieur le préfet, comme un petit papillon jaune, très joli, très délicat, et qui bat de l’aile ; un petit papillon, comme il y en a sur les roses, dans les jardins, les jours de soleil… Je priai le méchant tailleur de me rendre ma pensée… Il avait de gros doigts, courts et malhabiles, des doigts brutaux, et j’avais peur qu’il ne la blessât, elle, si légère, si fragile… Il la mit dans sa poche et s’enfuit en ricanant… – C’est, en effet, une aventure extraordinaire. – N’est-ce pas ?… D’abord, j’écrivis au tailleur pour lui réclamer ma pensée, morte ou vive… Il ne me répondit pas… J’allai trouver le commissaire de police, qui me mit brutalement à la porte de chez lui et me traita de fou… Enfin, un soir, des gens de mauvaise mine pénètrent chez moi et me conduisirent ici… Voilà six mois que je suis ici… et que j’y vis, monsieur le préfet, parmi des êtres grossiers et malades, qui font des choses déraisonnables et effrayantes… Comment voulez-vous que je sois heureux ? Il tire de la poche de sa vareuse un petit cahier soigneusement enveloppé de papier, et, me le tendant : – Prenez ceci… supplie-t-il… J’ai consigné, dans ceci, tous mes malheurs … Quand vous aurez lu, vous déciderez telles mesures de justice qu’il vous plaira. – C’est entendu… – Mais je n’espère rien, je dois vous le dire… Il y a des fatalités tellement étranges, tellement supérieures aux volontés humaines, qu’on ne peut rien contre elles. – Oui… oui… je vous promets. Après un court silence : – Voulez-vous que je vous dise quelque chose, à vous seulement ? – Dites ! – C’est très curieux. Et tout bas : – Il vient ici, quelquefois, un petit papillon… je ne sais trop pourquoi, car il n’y a pas de fleurs ici, et cela m’a longtemps inquiété… Il vient ici, quelquefois un petit papillon jaune… Il est pareil à celui que je vis, cet affreux jour, dans les grosses et malpropres mains du tailleur… Comme lui, il est délicat, frêle et joli… Et il vole gracieusement… C’est délicieux de le voir voler… Mais il n’est pas toujours jaune… Il est quelquefois bleu, quelquefois blanc, quelquefois mauve, quelquefois rouge… cela dépend des jours… Ainsi, il n’est rouge que quand je pleure… Cela ne me semble pas naturel… Et je crois bien… oui, je suis intimement convaincu que ce petit papillon… Il se penche vers moi, et mystérieusement, ses lèvres presque collées à mon oreille : – C’est ma pensée… Chut ! … – Vous croyez ? – Chut ! … Elle me cherche… elle me cherche depuis six mois. Ne le dites pas… ne le dites à personne… Ah ! quel chemin, la malheureuse ! … Elle a peut-être traversé des mers, des montagnes, des déserts, des plaines de glace, avant de venir ici… cela me brise le cœur d’émotion… mais comment voulez-vous qu’elle me trouve, puisque je n’ai plus de nom ? Elle ne me reconnaît plus… J’ai beau l’appeler, elle me fuit… C’est évident… Et que feriez-vous à sa place ? Alors, elle s’en va… Voilà pourquoi monsieur a très mal agi. Il se retourne brusquement. – Et tenez, la voyez-vous… là-bas… au-dessus des arbres ? – Je ne vois rien. – Vous ne voyez rien ?… Tenez… là-bas… elle descend. Le pauvre fou désigne dans l’espace un point imaginaire et vide : – Elle est mauve aujourd’hui, toute mauve… Je reconnais son vol léger et fidèle… Elle me cherche… et nous ne nous joindrons plus jamais… Vous permettez ? Il salue, s’éloigne, se dirige vers le point imaginaire. Durant quelques minutes il donne la chasse à un papillon invisible, court, tourne, pointe en avant et revient, fauchant l’air de ses bras. Puis il tombe haletant, épuisé, en sueur, au pied d’un arbre. Triceps sourit et hausse les épaules : – Bast ! … Il n’est peut-être pas plus fou – il l’est peut-être moins, qui sait ? – que les autres poètes, les poètes en liberté qui prétendent avoir des jardins dans leur âme, des avenues dans leur intellect, qui comparent les chevelures de leurs chimériques maîtresses à des mâtures de navires … et qu’on décore, et auxquels on élève des statues… Enfin !… Il y a un je-ne-sais-quoi de léger dans ce conte, une poésie et une magie dont Mirbeau fait rarement preuve (j’aime énormément le reste de ses écrits, mais c’est… disons… un autre registre). |
Léa
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# Posté le 17/11/2010 à 23 h 24 |
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Du rêve à la réalité... Messages : 836 ![]() |
Bonsoir,
Je ne connais pas cet auteur, mis à part Le Journal d’une femme de chambre dont a été fait un film avec Jeanne Moreau (et que je n'ai pas vu), mais je suis très émue par la lecture de ce texte. Il est très poétique, sous ses aspects plus terre à terre, voire dur, et on imagine très bien la scène, l'ambiance qui règne en ce lieu, le décor... les personnages et surtout la sensibilité du protagoniste (je verrais bien Gérard Depardieu, dans le rôle, je ne sais pas trop pourquoi...). Merci pour cette lecture .
Modifié le 18/11/2010 à 00 h 53 par
Léa
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Karl Yeurl
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# Posté le 20/12/2010 à 20 h 22 |
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Messages : 2635 ![]() |
Il est temps de sortir ce sujet des profondeurs abyssales du forum pour vous présenter mes récentes (re)découvertes.
La première est « Préface », de Léo Ferré. Comment, c’est de la prose et t’es dans le forum « poésie » ? Mais à bas la poésie, alors (vous comprendrez cela en lisant le texte) ! Secret (cliquez pour afficher) La poésie contemporaine ne chante plus. Elle rampe. Elle a cependant le privilège de la distinction, elle ne fréquente pas les mots mal famés, elle les ignore. Cela arrange bien des esthètes que François Villon ait été un voyou. On ne prend les mots qu'avec des gants: à "menstruel" on préfère "périodique", et l'on va répétant qu'il est des termes médicaux qui ne doivent pas sortir des laboratoires ou du codex. Le snobisme scolaire qui consiste à n'employer en poésie que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu'ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baise-main. Ce n'est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baise-main qui fait la tendresse. Ce n'est pas le mot qui fait la poésie, c'est la poésie qui illustre le mot. L'alexandrin est un moule à pieds. On n'admet pas qu'il soit mal chaussé, traînant dans la rue des semelles ajourées de musique. La poésie contemporaine qui fait de la prose en le sachant, brandit le spectre de l'alexandrin comme une forme pressurée et intouchable. Les écrivains qui ont recours à leurs doigts pour savoir s'ils ont leur compte de pieds ne sont pas des poètes: ce sont des dactylographes. Le vers est musique; le vers sans musique est littérature. Le poème en prose c'est de la prose poétique. Le vers libre n'est plus le vers puisque le propre du vers est de n'être point libre. La syntaxe du vers est une syntaxe harmonique - toutes licences comprises. Il n'y a point de fautes d'harmonie en art; il n'y a que des fautes de goût. L'harmonie peut s'apprendre à l'école. Le goût est le sourire de l'âme; il y a des âmes qui ont un vilain rictus, c'est ce qui fait le mauvais goût. Le Concerto de Bela Bartok vaut celui de Beethoven. Qu'importe si l'alexandrin de Bartok a les pieds mal chaussés, puisqu'il nous traîne dans les étoiles! La Lumière d'où qu'elle vienne EST la Lumière... En France, la poésie est concentrationnaire. Elle n'a d'yeux que pour les fleurs; le contexte d'humus et de fermentation qui fait la vie n'est pas dans le texte. On a rogné les ailes à l'albatros en lui laissant juste ce qu'il faut de moignons pour s'ébattre dans la basse-cour littéraire. Le poète est devenu son propre réducteur d'ailes, il s'habille en confection avec du kapok dans le style et de la fibranne dans l'idée, il habite le palier au-dessus du reportage hebdomadaire. Il n'y a plus rien à attendre du poète muselé, accroupi et content dans notre monde, il n'y a plus rien à espérer de l'homme parqué, fiché et souriant à l'aventure du vedettariat. Le poète d'aujourd'hui doit être d'une caste, d'un parti ou du Tout-Paris. Le poète qui ne se soumet pas est un homme mutilé. Enfin, pour être poète, je veux dire reconnu, il faut "aller à la ligne". Le poète n'a plus rien à dire, il s'est lui-même sabordé depuis qu'il a soumis le vers français aux diktats de l'hermétisme et de l'écriture dite "automatique". L'écriture automatique ne donne pas le talent. Le poète automatique est devenu un cruciverbiste dont le chemin de croix est un damier avec des chicanes et des clôtures: le five o'clock de l'abstraction collective. La poésie est une clameur, elle doit être entendue comme la musique. Toute poésie destinée à n'être que lue et enfermée dans sa typographie n'est pas finie; elle ne prend son sexe qu'avec la corde vocale tout comme le violon prend le sien avec l'archet qui le touche. Il faut que l'oeil écoute le chant de l'imprimerie, il faut qu'il en soit de la poésie lue comme de la lecture des sous-titres sur une bande filmée: le vers écrit ne doit être que la version originale d'une photographie, d'un tableau, d'une sculpture. Dès que le vers est libre, l'oeil est égaré, il ne lit plus qu'à plat; le relief est absent comme est absente la musique. "Enfin Malherbe vint..." et Boileau avec lui... et toutes les écoles, et toutes les communautés, et tous les phalanstères de l'imbécillité! L'embrigadement est un signe des temps, de notre temps. Les hommes qui pensent en rond ont les idées courbes. Les sociétés littéraires sont encore la Société. La pensée mise en commun est une pensée commune. Du jour où l'abstraction, voire l'arbitraire, a remplacé la sensibilité, de ce jour-là date, non pas la décadence qui est encore de l'amour, mais la faillite de l'Art. Les poètes, exsangues, n'ont plus que du papier chiffon, les musiciens que des portées vides ou dodécaphoniques - ce qui revient au même, les peintres du fusain à bille. L'art abstrait est une ordure magique où viennent picorer les amateurs de salons louches qui ne reconnaîtront jamais Van Gogh dans la rue... Car enfin, le divin Mozart n'est divin qu'en ce bicentenaire! Mozart est mort seul, accompagné à la fosse commune par un chien et des fantômes. Qu'importe! Aujourd'hui le catalogue Koechel est devenu le Bottin de tout musicologue qui a fait au moins une fois le voyage à Salzbourg! L'art est anonyme et n'aspire qu'à se dépouiller de ses contacts charnels. L'art n'est pas un bureau d'anthropométrie. Les tables des matières ne s'embarrassent jamais de fiches signalétiques... On sait que Renoir avait les doigts crochus de rhumatismes, que Beethoven était sourd, que Ravel avait une tumeur qui lui suça d'un coup toute sa musique, qu'il fallut quêter pour enterrer Bela Bartok, on sait que Rutebeuf avait faim, que Villon volait pour manger, que Baudelaire eut de lancinants soucis de blanchisseuse: cela ne représente rien qui ne soit qu'anecdotique. La lumière ne se fait que sur les tombes. Avec nos avions qui dament le pion au soleil, avec nos magnétophones qui se souviennent de "ces voix qui se sont tues", avec nos âmes en rade au milieu des rues, nous sommes au bord du vide, ficelés dans nos paquets de viande, à regarder passer les révolutions. Le seul droit qui reste à la poésie est de faire parler les pierres, frémir les drapeaux malades, s'accoupler les pensées secrètes. Nous vivons une époque épique qui a commencé avec la machine à vapeur et qui se termine par la désintégration de l'atome. L'énergie enfermée dans la formule relativiste nous donnera demain la salle de bains portative et une monnaie à piles qui reléguera l'or dans la mémoire des westerns... La poésie devra-t-elle s'alimenter aux accumulateurs nucléaires et mettre l'âme humaine et son désarroi dans un herbier? Nous vivons une époque épique et nous n'avons plus rien d'épique. A New York le dentifrice chlorophylle fait un paté de néon dans la forêt des gratte-ciel. On vend la musique comme on vend le savon à barbe. Le progrès, c'est la culture en pilules. Pour que le désespoir même se vende, il ne reste qu'à en trouver la formule. Tout est prêt: les capitaux, la publicité, la clientèle. Qui donc inventera le désespoir? Dans notre siècle il faut être médiocre, c'est la seule chance qu'on ait de ne point gêner autrui. L'artiste est à descendre, sans délai, comme un oiseau perdu le premier jour de la chasse. Il n'y a plus de chasse gardée, tous les jours sont bons. Aucune complaisance, la société se défend. Il faut s'appeler Claudel ou Jean de Létraz, il faut être incompréhensible ou vulgaire, lyrique ou populaire, il n'y a pas de milieu, il n'y a que des variantes. Dès qu'une idée saine voit le jour, elle est aussitôt happée et mise en compote, et son auteur est traité d'anarchiste. Divine Anarchie, adorable Anarchie, tu n'es pas un système, un parti, une référence, mais un état d'âme. Tu es la seule invention de l'homme, et sa solitude, et ce qui lui reste de liberté. Tu es l'avoine du poète. A vos plumes poètes, la poésie crie au secours, le mot Anarchie est inscrit sur le front de ses anges noirs; ne leur coupez pas les ailes! La violence est l'apanage du muscle, les oiseaux dans leurs cris de détresse empruntent à la violence musicale. Les plus beaux chants sont des chants de revendication. Le vers doit faire l'amour dans la tête des populations. A l'école de la poésie, on n'apprend pas: on se bat. Place à la poésie, hommes traqués! Mettez des tapis sous ses pas meurtris, accordez vos cordes cassées à son diapason lunaire, donnez-lui un bol de riz, un verre d'eau, un sourire, ouvrez les portes sur ce no man's land où les chiens n'ont plus de muselière, les chevaux de licol, ni les hommes de salaires. N'oubliez jamais que le rire n'est pas le propre de l'homme, mais qu'il est le propre de la Société. L'homme seul ne rit pas; il lui arrive quelquefois de pleurer. N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, c'est que c'est toujours la morale des autres. Je voudrais que ces quelques vers constituent un manifeste du désespoir, je voudrais que ces quelques vers constituent pour les hommes libres qui demeurent mes frères un manifeste de l'espoir. La deuxième est une fable de Jean de La Fontaine, que j’ai presque honte d’avoir oubliée. Voici « Les animaux malades de la peste » : Secret (cliquez pour afficher) Un mal qui répand la terreur, Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom) Capable d'enrichir en un jour l'Achéron, Faisait aux animaux la guerre. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés : On n'en voyait point d'occupés A chercher le soutien d'une mourante vie ; Nul mets n'excitait leur envie ; Ni Loups ni Renards n'épiaient La douce et l'innocente proie. Les Tourterelles se fuyaient : Plus d'amour, partant plus de joie. Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis, Je crois que le Ciel a permis Pour nos péchés cette infortune ; Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux, Peut-être il obtiendra la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents On fait de pareils dévouements : Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence L'état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons J'ai dévoré force moutons. Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense : Même il m'est arrivé quelquefois de manger Le Berger. Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : Car on doit souhaiter selon toute justice Que le plus coupable périsse. - Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse ; Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur En les croquant beaucoup d'honneur. Et quant au Berger l'on peut dire Qu'il était digne de tous maux, Etant de ces gens-là qui sur les animaux Se font un chimérique empire. Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir. On n'osa trop approfondir Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances, Les moins pardonnables offenses. Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins, Au dire de chacun, étaient de petits saints. L'Ane vint à son tour et dit : J'ai souvenance Qu'en un pré de Moines passant, La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. A ces mots on cria haro sur le baudet. Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue Qu'il fallait dévouer ce maudit animal, Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal. Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n'était capable D'expier son forfait : on le lui fit bien voir. Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Et pour terminer, voici une… merveille de Victor Hugo. Lisez ce poème à haute voix. La deuxième partie est beaucoup moins intéressante, mais la première a… quelque chose. Secret (cliquez pour afficher) Sur une barricade, au milieu des pavés Souillés d'un sang coupable et d'un sang pur lavés, Un enfant de douze ans est pris avec des hommes. - Es-tu de ceux-là, toi ! - L'enfant dit : Nous en sommes. - C'est bon, dit l'officier, on va te fusiller. Attends ton tour. - L'enfant voit des éclairs briller, Et tous ses compagnons tomber sous la muraille. Il dit à l'officier: Permettez-vous que j'aille Rapporter cette montre à ma mère chez nous ? - Tu veux t'enfuir ? - Je vais revenir. - Ces voyous Ont peur ! Où loges-tu ? - Là, près de la fontaine. Et je vais revenir, monsieur le capitaine. - Va-t'en, drôle ! - L'enfant s'en va. - Piège grossier ! Et les soldats riaient avec leur officier, Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle, Brusquement reparu, fier comme Viala, Vint s'adosser au mur et leur dit: Me voilà. La mort stupide eut honte, et l'officier fit grâce. Enfant, je ne sais point, dans l'ouragan qui passse Et confond tout, le bien, le mal, héros, bandits, Ce qui dans ce combat te poussait, mais je dis Que ton âme ignorante est une âme sublime. Bon et brave, tu fais, dans le fond de l'abîme, Deux pas, l'un vers ta mère et l'autre vers la mort ; L'enfant a la candeur et l'homme a le remord, Et tu ne réponds point de ce qu'on te fit faire ; Mais l'enfant est superbe et vaillant qui préfère A la fuite, à la vie, à l'aube, aux jeux permis, Au printemps, le mur sombre où sont morts ses amis. La gloire au front te baise, ô toi si jeune encore ! Doux ami, dans la Grèce antique, Stésichore T'eût chargé de défendre une porte d'Argos ; Cinégyre t'eût dit : Nous sommes deux égaux ! Et tu serais admis au rang des purs éphèbes Par Tyrtée à Messène et par Eschyle à Thèbes. On graverait ton nom sur des disques d'airain ; Et tu serais de ceux qui, sous le ciel serein, S'ils passent près du puits ombragé par le saule, Font que la jeune fille ayant sur son épaule L'urne où s'abreuveront les buffles haletants, Pensive, se retourne et regarde longtemps. |
Léa
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# Posté le 20/12/2010 à 21 h 24 |
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Du rêve à la réalité... Messages : 836 ![]() |
Merci Karl
!« Préface » est un texte éloquent, parlé sur une musique. Les utopistes ont toujours été sources de créations, malgré les difficultés à aller au bout de leurs rêves. Léo Ferré prône, ici, l'anarchie, dont il se revendiquait, qui permet à l'homme de vivre libre, mais seul, car, c'est un concept individuel finalement, et, peu en sont capables dans des sociétés où tout est soumis à influences. Il en disait : « L’anarchie, c’est la révolte permanente contre soi-même et contre l’extérieur. Il y a en fait très peu d’anarchistes. L’anarchie, ce n’est pas le revolver, mais une rébellion intérieure, que l’on exprime par le regard et par la parole. L’anarchie, c’est l’extrême solitude ». Je suis restée sur ce beau texte, je lirai les autres plus tard... |
Karl Yeurl
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# Posté le 08/05/2011 à 11 h 24 |
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Messages : 2635 ![]() |
Puisque ça fait un moment, et qu'on ne se refuse jamais un petit Hugo.
Au bord de l'infini Secret (cliquez pour afficher) Écoutez. Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres. J’ai vu l’ombre infinie où se perdent les nombres. J’ai vu les visions que les réprouvés font, Les engloutissements de l’abîme sans fond ; J’ai vu le ciel, l’éther, le chaos et l’espace. Vivants ! puisque j’en viens, je sais ce qui s’y passe ; Je vous affirme à tous, écoutez bien ma voix, J’affirme même à ceux qui vivent dans les bois, Que le Seigneur, le Dieu des esprits, des prophètes, Voit ce que vous pensez et sait ce que vous faites. C’est bien. Continuez, grands, petits, jeunes, vieux ! Que l’avare soit tout à l’or, que l’envieux Rampe et morde en rampant, que le glouton dévore, Que celui qui faisait le mal, le fasse encore, Que celui qui fut lâche et vil, le soit toujours ! Voyant vos passions, vos fureurs, vos amours, J’ai dit à Dieu : ─ Seigneur, jugez où nous en sommes. ─ Considérez la terre et regardez les hommes. ─ Ils brisent tous les nœuds qui devaient les unir. Et Dieu m’a répondu : ─ Certes, je vais venir ! Edit. — En fait, tant qu'à faire. Voici un autre trouvaille récente. La Maison des Pauvres, de Jehan-Rictus (extrait). Secret (cliquez pour afficher) N’empêch’ si jamais j’ venais riche, Moi aussi j’ f’rais bâtir eun’ niche Pour les vaincus... les écrasés, Les sans-espoir... les sans-baisers, Pour ceuss’ là qui z’en ont soupé, Pour les Écœurés, les Trahis, Pour les Pâles, les Désolés, À qui qu’on a toujours menti Et que les roublards ont roulés ; Eun’ mason... un cottage... eun’ planque, Ousqu’on trouv’rait miséricorde, Pus prop’s que ces turn’s à la manque Ousque l’on roupille à la corde ; Pus chouatt’s que ces Asil’s de nuit Qui bouclent dans l’après-midi, Où les ronds-d’-cuir pleins de mépris (Les préposés à la tristesse) Manqu’nt d’amour et de politesse ; Eun’ Mason, Seigneur, un Foyer Où y aurait pus à travailler, Où y aurait pus d’ terme à payer, Pus d’ proprio, d’ pip’let, d’huissier. Y suffirait d’êt’ su’ la Terre Crevé, loufoque et solitaire, D’ sentir venir son dergnier soir Pour pousser la porte et... s’asseoir. Quand qu’on aurait tourné l’ bouton Personn’ vourait savoir vot’ nom Et vous dirait — « Quoi c’est qu’ vous faites ? Si you plaît ? Qui c’est que vous êtes ? » Non, pas d’ méfiance ou d’ paperasses, Toujours à pister votre trace, Avec leur manie d’étiqu’ter ; Ça n’est pas d’ la fraternité ! Mais on dirait ben au contraire : — « Entrez, entrez donc, mon ami, Mettez-vous à l’ais’, notre frère, Apportez vos poux par ici. » Pein’ dedans gn’aurait des baignoires, Des liquett’s propes... des peignoirs, D’ l’eau chaud’ dedans des robinets Qu’on s’ laiss’rait rigoler su’ l’ masque, Des savons à l’opoponasque, Des bross’s à dents et des bidets. Pis vite.. on s’en irait croûter Croûter d’ la soup’ chaude en Hiver Qui fait « plouf » quand ça tomb’ dans l’ bide, Des frich’tis fumants, des lentilles, Des ragoûts comm’ dans les familles, Des choux n’avec des pomm’s de terre, Des tambouill’s à s’en fair’ péter. Et quand qu’ ça s’rait la bell’ saison On boulott’rait dans le jardin (Gn’en aurait un dans ma Mason Un grand... un immense... un rupin) Ousqu’y aurait des balançoires, Des hamacs... des fauteuils d’osier (Pou’ pouvoir fair’ son Espagnole) Et ça s’rait d’ la choquott’ le soir Quand mont’rait l’ chant du rossignol Et viendrait l’odeur des rosiers. Mais l’Hiver il y f’rait l’ pus bon : Ça s’rait chauffé par tout’s les pièces ; Et les chiott’s où poser ses fesses J’ f’rais mett’ du poil de lapin d’ssus Pou’ pas qu’ ça vous fass’ foid au cul. Et pis dans les chambr’s à coucher Y gn’aurait des pieux à dentelles, D’ la soye... d’ la vouat’... des oneillers, Des draps blancs comm’ pour des mariés, Des lits-cage et mêm’ des berceaux Dans quoi qu’on pourrait s’ fair’ petiots ; Voui des plumards, voui des berceaux Près d’ quoi j’ mettrais esspressément Des jeun’s personn’s, prop’s et girondes, Des rouquin’s, des brun’s et des blondes À qui qu’on pourrait dir’ — « Moman ! » Ça s’rait des Sœurs modèl’ nouveau Qui s’raient sargées d’ vous endormir Et d’ vous consoler gentiment À la façon des petit’s-mères, À qui en beuglant comme un veau (La cabèch’ su’ le polochon), On pourrait conter ses misères : — « Moman, j’ai fait ci et pis ça ! » Et a diraient : — « Ben mon cochon ! » — « Moman, j’ai eu ça et pis ci. » Et a diraient : — « Ben mon salaud ! » « Mais à présent faut pus causer, Faut oublier... faut pus penser , Tâchez moyen d’ vous endormir Et surtout d’ pas vous découvrir. » Ma Mason, v’là tout, ma Mason, Ça s’rait un dortoir pour broyés Ousqu’on viendrait se fair’ choyer Un peu avant sa crevaison Loin des Magistrats de mes ... Qu’ont l’ cœur de vous foute en prison Quand qu’on a pus l’ rond et pus d’ turne.
Modifié le 08/05/2011 à 11 h 27 par
Karl Yeurl
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Karl Yeurl
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# Posté le 25/05/2011 à 23 h 17 |
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Au lecteur.
Charles Baudelaire. Secret (cliquez pour afficher) La sottise, l’erreur, le péché, la lésine, Occupent nos esprits et travaillent nos corps, Et nous alimentons nos aimables remords, Comme les mendiants nourrissent leur vermine. Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ; Nous nous faisons payer grassement nos aveux, Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux, Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches. Sur l’oreiller du mal c’est Satan Trismégiste Qui berce longuement notre esprit enchanté, Et le riche métal de notre volonté Est tout vaporisé par ce savant chimiste. C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent ! Aux objets répugnants nous trouvons des appas ; Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d’un pas, Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent. Ainsi qu’un débauché pauvre qui baise et mange Le sein martyrisé d’une antique catin, Nous volons au passage un plaisir clandestin Que nous pressons bien fort comme une vieille orange. Serré, fourmillant, comme un million d’helminthes, Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons, Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes. Si le viol, le poison, le poignard, l’incendie, N’ont pas encor brodé de leurs plaisants dessins Le canevas banal de nos piteux destins, C’est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie. Mais parmi les chacals, les panthères, les lices, Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents, Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants, Dans la ménagerie infâme de nos vices, Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde ! Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris, Il ferait volontiers de la terre un débris Et dans un bâillement avalerait le monde ; C’est l’Ennui ! — l’œil chargé d’un pleur involontaire, Il rêve d’échafauds en fumant son houka. Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, — Hypocrite lecteur, — mon semblable, — mon frère ! Dire que Fernand est mort Jacques Brel Secret (cliquez pour afficher) Dire que Fernand est mort Dire qu'il est mort Fernand Dire que je suis seul derrière Dire qu'il est seul devant Lui dans sa dernière bière Moi dans mon brouillard Lui dans son corbillard Et moi dans mon désert Devant y a qu'un cheval blanc Derrière y a que moi qui pleure Dire qu'y a même pas de vent Pour agiter mes fleurs Moi si j'étais le Bon Dieu Je crois que j'aurais des remords Dire que maintenant il pleut Dire que Fernand est mort Dire qu'on traverse Paris Dans le tout petit matin Dire qu'on traverse Paris Et qu'on dirait Berlin Toi toi toi tu sais pas tu dors Mais c'est triste à mourir D'être obligé de partir Quand Paris dort encore Moi je crève d'envie De réveiller des gens Je t'inventerai une famille Juste pour ton enterrement Et puis si j'étais le Bon Dieu Je crois que je serais pas fier Je sais on fait ce qu'on peut Mais y a la manière Tu sais je reviendrai Je reviendrai souvent Dans ce putain de champ Où tu dois te reposer L'été je te ferai de l'ombre On boira du silence A la santé de Constance Qui se fout bien de ton ombre Et puis les adultes sont tellement cons Qu'ils nous feront bien une guerre Alors je viendrai pour de bon Dormir dans ton cimetière Et maintenant Bon Dieu Tu vas bien rigoler Et maintenant Bon Dieu Maintenant je vais pleurer.
Modifié le 25/05/2011 à 23 h 22 par
Karl Yeurl
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Léa
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# Posté le 25/05/2011 à 23 h 40 |
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Du rêve à la réalité... Messages : 836 ![]() |
De très beaux textes, celui de Baudelaire est un peu sombre, il semble sortir du tréfonds de son être un soir de grosse déprime...
Celui de Brel (un texte aussi dans la même veine que Jef) n'est pas sans rappeler la Complainte du petit cheval blanc. Quant au texte de Jehan-Rictus, j'ai eu un peu de mal à le lire (disons qu'il demande un peu d'effort) mais il s'en dégage un message si puissant que, finalement, on se mettrait presque à parler ch'ti tout naturellement après quelques minutes d'« entraînement ».
Modifié le 25/05/2011 à 23 h 54 par
Léa
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Karl Yeurl
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# Posté le 30/09/2011 à 18 h 19 |
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Messages : 2635 ![]() |
La besace (encore une fable de la Fontaine).
Secret (cliquez pour afficher) Jupiter dit un jour : "Que tout ce qui respire S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur : Si dans son composé quelqu'un trouve à redire, Il peut le déclarer sans peur ; Je mettrai remède à la chose. Venez, Singe ; parlez le premier, et pour cause. Voyez ces animaux, faites comparaison De leurs beautés avec les vôtres. Etes-vous satisfait? - Moi ? dit-il, pourquoi non ? N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ? Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché ; Mais pour mon frère l'Ours, on ne l'a qu'ébauché : Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. " L'Ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre. Tant s'en faut : de sa forme il se loua très fort Glosa sur l'Eléphant, dit qu'on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ; Que c'était une masse informe et sans beauté. L'Eléphant étant écouté, Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles. Il jugea qu'à son appétit Dame Baleine était trop grosse. Dame Fourmi trouva le Ciron trop petit, Se croyant, pour elle, un colosse. Jupin les renvoya s'étant censurés tous, Du reste, contents d'eux ; mais parmi les plus fous Notre espèce excella ; car tout ce que nous sommes, Lynx envers nos pareils, et Taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes : On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain. Le Fabricateur souverain Nous créa Besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui : Il fit pour nos défauts la poche de derrière, Et celle de devant pour les défauts d'autrui. Et tant que j'y suis, voici Le lion s'en allant en guerre. Courte et efficace. Secret (cliquez pour afficher) Le Lion dans sa tête avait une entreprise. Il tint conseil de guerre, envoya ses Prévots, Fit avertir les animaux : Tous furent du dessein, chacun selon sa guise. L'Eléphant devait sur son dos Porter l'attirail nécessaire Et combattre à son ordinaire, L'Ours s'apprêter pour les assauts ; Le Renard ménager de secrètes pratiques, Et le Singe amuser l'ennemi par ses tours. Renvoyez, dit quelqu'un, les Anes qui sont lourds, Et les Lièvres sujets à des terreurs paniques. - Point du tout, dit le Roi, je les veux employer. Notre troupe sans eux ne serait pas complète. L'Ane effraiera les gens, nous servant de trompette, Et le Lièvre pourra nous servir de courrier. Le monarque prudent et sage De ses moindres sujets sait tirer quelque usage, Et connaît les divers talents : Il n'est rien d'inutile aux personnes de sens. |
azri
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# Posté le 05/12/2011 à 21 h 41 |
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Messages : 2 Membres |
j'ai beaucoup de poèmes qui sont propre à moi sur l'amour voici quelques ligne:
ma belle,voici le cœur qui tente de sortir de soi même le cœur qui n'a jamais aime qu'une seule jolie femme dorénavant, ton cœur est mon unique soutien donne moi donc un cœur immense comme le tien je préfère la mort qui renouvelle mon bonheur que je souffre d'une vedette refuse d'ouvrir moi le cœur. |
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