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Grammaire

Peut-on dire « malgré que » ?

La réponse avec une explication détaillée pour ne plus avoir de doutes.

Mis à jour le 10 juin 2022

Voici une question que l’on nous pose régulièrement et qui divise les amoureux de la langue française : peut-on employer « malgré que » ? La réponse mérite quelques nuances.

La position de l’Académie française

L’Académie française adopte sur ce sujet une position plus nuancée qu’on ne le croit souvent. Elle reconnaît en effet un emploi légitime de « malgré que », mais dans un cas bien précis : la locution « malgré que j’en aie » (ou « malgré qu’il en ait », « malgré qu’elle en ait », etc.).

Cette expression, construite avec le verbe avoir au subjonctif, signifie « bien que cela ne me fasse pas plaisir », « en dépit de ma mauvaise volonté ». Par exemple :

Malgré que j’en aie, je dois reconnaître qu’il a raison.

En revanche, l’emploi de « malgré que » comme simple conjonction équivalente à « bien que » ou « quoique » est déconseillé par l’Académie. Ainsi, des phrases comme « malgré qu’il pleuve, je sors » sont considérées comme fautives dans un registre soutenu.

Des écrivains célèbres l’ont pourtant employé

Le débat se complique lorsque l’on constate que de grands auteurs ont utilisé « malgré que » au sens de « bien que » dans leurs oeuvres. Parmi eux, on trouve des noms illustres :

  • André Gide, qui l’emploie sans complexe dans plusieurs de ses écrits.
  • Guy de Maupassant, dans certaines de ses nouvelles.
  • Marcel Proust, qui ne s’est jamais privé de cette tournure dans À la recherche du temps perdu.
  • Jean Cocteau, qui l’utilise également dans sa prose.

Ces exemples montrent que la construction n’est pas une invention récente ni le fruit d’une méconnaissance de la langue.

Ce qu’en dit le Bon Usage

Le célèbre ouvrage de Maurice Grevisse, Le Bon Usage, apporte un éclairage intéressant. Il note que « malgré que » au sens de « bien que » est vraisemblablement issu du langage populaire, mais que son emploi a progressivement évolué pour se retrouver sous la plume d’écrivains reconnus.

Grevisse observe ainsi que la frontière entre emploi fautif et emploi littéraire s’est estompée au fil du temps, sans que la construction soit pour autant pleinement acceptée par les grammairiens.

Notre recommandation

En pratique, voici ce que nous conseillons :

  • Dans un contexte formel (examens, concours, courriers officiels, lettres administratives), il est préférable d’éviter « malgré que » et de lui substituer « bien que » ou « quoique ». Vous vous épargnerez toute critique.
  • Dans la langue courante, l’emploi de « malgré que » est de plus en plus toléré et ne choque guère l’oreille de la plupart des locuteurs.

Quelle que soit la construction choisie, n’oubliez pas que « bien que », « quoique » et « malgré que » appellent tous le subjonctif. On écrira donc :

Bien qu’il fasse froid… et non Bien qu’il fait froid…

C’est souvent sur ce point que les erreurs sont les plus fréquentes, bien plus que sur le choix entre « malgré que » et « bien que ».

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