La langue française regorge d’expressions dont nous ignorons bien souvent l’origine. Derrière des formules que nous employons machinalement se cachent parfois des histoires surprenantes. En voici six qui méritent le détour.
Épater la galerie
Épater la galerie, c’est chercher à impressionner son entourage, à se faire remarquer par ses actions ou ses paroles.
L’expression provient du jeu de paume, ancêtre du tennis, qui était très populaire en France du Moyen Âge jusqu’au XVIIe siècle. Les salles de jeu de paume étaient bordées de galeries où prenaient place les spectateurs. Les joueurs les plus habiles, désireux de se faire admirer, multipliaient les coups spectaculaires pour éblouir le public installé dans ces galeries.
De cette mise en scène sportive est née l’expression que nous utilisons aujourd’hui, bien au-delà du contexte sportif, pour désigner quiconque cherche à en mettre plein la vue à son auditoire.
Bibine
Le mot bibine (ou « bibine ») désigne familièrement une mauvaise boisson, généralement une bière de piètre qualité ou toute boisson jugée médiocre.
Son origine remonte au latin bibere, qui signifie tout simplement « boire ». Au Moyen Âge, les bibines étaient des tavernes bon marché où l’on servait des boissons de qualité douteuse. Dans ces établissements populaires, on trouvait souvent une grande marmite de soupe commune dans laquelle les clients plongeaient de longues fourchettes pour se servir.
Le mot a conservé cette connotation péjorative à travers les siècles. Aujourd’hui, qualifier une boisson de « bibine », c’est lui refuser toute qualité, la reléguer au rang des breuvages que l’on boit faute de mieux.
L’argent n’a pas d’odeur
Cette expression, qui signifie que peu importe la manière dont on gagne de l’argent, pourvu qu’on en gagne, trouve son origine dans la Rome antique.
L’empereur Vespasien (69-79 apr. J.-C.), soucieux de remplir les caisses de l’État, eut l’idée d’instaurer une taxe sur les toilettes publiques de Rome (les urinoirs, plus précisément). Son fils Titus, choqué par cette mesure qu’il jugeait indigne, en fit le reproche à son père. Vespasien lui tendit alors une pièce provenant de cette taxe et lui demanda si elle sentait mauvais.
La formule latine « pecunia non olet » (l’argent n’a pas d’odeur) était née. Elle traversa les siècles pour devenir l’une des expressions les plus connues du monde occidental, utilisée chaque fois que l’on veut justifier des gains obtenus par des moyens discutables.
L’épée de Damoclès
Avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête, c’est vivre sous la menace d’un danger permanent, d’une catastrophe qui peut survenir à tout moment.
L’expression nous vient d’une légende grecque. Denys l’Ancien, tyran de Syracuse, vivait dans l’opulence mais aussi dans la crainte perpétuelle d’être renversé. L’un de ses courtisans, Damoclès, ne cessait de le flatter et d’envier son pouvoir et sa richesse. Agacé, Denys lui proposa de prendre sa place le temps d’un banquet.
Damoclès accepta avec enthousiasme et s’installa sur le trône, entouré de mets délicieux et de serviteurs empressés. Mais lorsqu’il leva les yeux, il aperçut une épée suspendue au-dessus de sa tête, retenue par un simple crin de cheval. Terrorisé, il comprit alors que le pouvoir s’accompagne de menaces constantes et renonça bien vite à envier le sort du tyran.
Veiller au grain
Veiller au grain, c’est rester vigilant, se tenir prêt à réagir face à un danger potentiel.
Cette expression date du XVIe siècle et appartient au vocabulaire maritime. En mer, un « grain » désigne une brusque et violente rafale de vent, souvent accompagnée de pluie ou d’orage. Ces grains pouvaient survenir sans prévenir et mettre en péril un navire si l’équipage n’était pas sur ses gardes.
Les marins devaient donc constamment surveiller le ciel et l’horizon pour détecter les signes annonciateurs d’un grain et prendre les mesures nécessaires (réduire la voilure, changer de cap) avant qu’il ne soit trop tard. Cette vigilance permanente a donné naissance à l’expression que nous utilisons aujourd’hui dans des contextes bien éloignés de la navigation.
Un nom à coucher dehors
Avoir un nom à coucher dehors, c’est porter un nom difficile à prononcer, compliqué ou imprononçable.
L’origine de cette expression remonte à une époque où les voyageurs en déplacement dépendaient de la charité des auberges et des monastères pour trouver un toit. Lorsqu’un voyageur se présentait à la porte d’une auberge, son nom constituait une forme d’identification et de garantie.
Les personnes portant des noms non chrétiens, étrangers ou simplement difficiles à comprendre, inspiraient la méfiance. Les aubergistes, ne parvenant pas à situer l’origine du voyageur ni à évaluer sa respectabilité, pouvaient lui refuser le gîte, le condamnant à passer la nuit dehors.
Si l’expression a perdu sa dimension discriminatoire, elle conserve l’idée d’un nom si compliqué qu’il suscite l’étonnement ou l’embarras chez celui qui tente de le déchiffrer.
