Les deux formes j’aimerai et j’aimerais existent en langue française, et c’est bien là le problème. On écrit « j’aimerais », avec un s, pour exprimer un souhait, une hypothèse ou une demande polie. Et « j’aimerai », sans s, pour exprimer une action future tenue pour certaine. Voilà pour la règle. La prononciation, elle, ne vous sera d’aucun secours. Un autre indice, bien plus fiable, existe : regardez ce qui suit le verbe. Un infinitif derrière, et vous êtes au conditionnel.
La différence en deux phrases
J’aimerais vous rencontrer la semaine prochaine. (demande polie, conditionnel présent)
Je t’aimerai toute ma vie. (certitude, futur simple)
« J’aimerais » : le conditionnel présent
La forme en -ais, c’est le verbe aimer conjugué à la première personne du singulier du conditionnel présent. Ce mode couvre trois emplois que vous croisez tous les jours.
- Le souhait : J’aimerais partir plus tôt ce soir.
- L’hypothèse, avec une condition introduite par si suivi de l’imparfait : J’aimerais reprendre le travail lundi si le médecin m’y autorisait.
- La demande polie : J’aimerais attirer votre attention sur ce point.
Le troisième emploi domine la correspondance professionnelle, et de loin. Le conditionnel adoucit : « je veux un rendez-vous » sonne comme un ordre, « j’aimerais convenir d’un rendez-vous » demande. Dans un courriel, la forme en -ais l’emporte donc neuf fois sur dix.
La conjugaison du verbe aimer au conditionnel présent
On part de l’infinitif et on ajoute les terminaisons de l’imparfait : -ais, -ais, -ait, -ions, -iez, -aient.
Conditionnel présent
Notez la forme du pluriel, nous aimerions : elle va servir de test.
« J’aimerai » : le futur simple de l’indicatif
Sans s, le verbe passe au futur simple de l’indicatif. Vous annoncez alors un fait que vous tenez pour certain, ou vous faites une promesse : j’aimerai cette maison toute ma vie, je t’aimerai encore dans vingt ans.
La conjugaison du verbe aimer au futur simple
Même principe : on ajoute les terminaisons du premier groupe à l’infinitif, soit -ai, -as, -a, -ons, -ez, -ont. Vous obtenez j’aimerai, tu aimeras, il aimera, nous aimerons, vous aimerez, ils aimeront.
Futur simple
Un détail que la plupart des articles passent sous silence : avec le verbe aimer, ce futur est rare. Il demande un complément d’objet et un sens qui dure. On aime quelqu’un, un lieu. Faites suivre le verbe aimer d’un infinitif, ou d’une subordonnée en que, et l’idée bascule du sentiment durable vers le désir : le conditionnel reprend alors la main. J’aimerai vous rencontrer est donc une faute, malgré ce qu’on lit ici ou là.
Comment ne plus hésiter : trois tests
Remplacez « je » par « nous »
La méthode vaut pour toute la conjugaison du verbe, quel qu’il soit. Votre phrase accepte nous aimerons ? Écrivez j’aimerai. Elle appelle nous aimerions ? Écrivez j’aimerais.
Substituez « je souhaiterais »
Posez-vous la question : le sens tient-il toujours ? Alors vous êtes au conditionnel. Ces deux verbes partagent le même emploi de politesse, comme le montre le cas de je souhaiterai ou je souhaiterais.
Regardez le mot suivant
Un infinitif (aller, savoir, vous voir) ou un que : conditionnel. Un nom ou un pronom complément (ce métier, te) : le futur redevient possible.
L’oreille ne tranche pas
On lit parfois que la terminaison du futur se prononce [ré] et celle du conditionnel [rè]. La distinction existe en théorie, mais elle s’est effacée dans une grande partie de la francophonie : la plupart des locuteurs prononcent les deux formes de la même façon. Fiez-vous aux tests, pas à votre oreille.
Cette terminaison en -ais est exactement celle qui pose problème avec les autres verbes, du reste : la même hésitation revient pour je serai ou je serais.
« J’aimerai bien » ou « j’aimerais bien » ?
Avec un s, toujours : j’aimerais bien. L’adverbe bien signale une condition qui n’est pas encore réalisée, un désir en suspens, et cela ne s’accorde pas avec la certitude du futur : j’aimerais bien savoir ce qu’il en pense. La construction aimer mieux suit la même logique, puisqu’elle exprime une préférence. On écrit donc j’aimerais mieux partir maintenant.
Questions fréquentes
Peut-on employer le conditionnel juste après « si » ?
Non. La proposition ouverte par si réclame l’imparfait : on écrit si j’avais le temps, jamais si j’aurais le temps. Le conditionnel, lui, occupe l’autre moitié de la phrase : Si j’avais le temps, j’aimerais apprendre le piano. Cette règle de grammaire ne connaît aucune exception dans ce type de construction, et c’est l’une des rares certitudes du français.
Écrit-on « j’aimerai » ou « j’aimerais » dans une lettre de motivation ?
Dans la quasi-totalité des cas, « j’aimerais ». Vous y formulez une demande ou un souhait : j’aimerais rejoindre votre équipe, j’aimerais échanger avec vous. Le futur ne conviendrait que pour une promesse portant sur un objet, tournure qu’on n’emploie guère dans ce contexte.
Les deux orthographes sont-elles correctes ?
Oui. Les deux formes j’aimerai et j’aimerais appartiennent au français correct, et seul le contexte départage. C’est précisément ce qui rend la faute d’orthographe si tenace : un correcteur automatique ne peut pas la signaler sans deviner votre intention. Retenez le sens plutôt que la graphie : une action à venir tenue pour certaine d’un côté, un souhait ou une demande polie de l’autre.
