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Banquete de tiranos, José Martí

Poésie de la semaine n° 35

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Hors ligne Ziame # Posté le 23/12/2013 à 14 h 54
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Bonjour,

En cette semaine de Noël, c’est une poésie un peu particulière que nous mettons à l’honneur car… la première poésie que nous vous proposons dans une langue autre que le français ! Il s’agit ainsi de rendre hommage à la très riche poésie hispanophone portée par nombre de poètes de pays et d’origines très diverses, de l’Espagne à l’Amérique du Sud.

Aujourd’hui, c’est un poème de José Martí, poète, philosophe et homme politique cubain du XIXe siècle, que nous vous invitons à découvrir. Il s’agit de Banquete de tiranos (Banquet de tyrans), publié dans le recueil Versos libres (Vers libres).

Ce poème vous sera bien entendu proposé dans sa version originale espagnole, accompagnée d’une traduction pour nos lecteurs non locuteurs de cette langue.

José Martí



Né en 1853 à La Havane, José Martí, homme politique, poète et philosophe, est de nos jours considéré comme le héros national cubain. Sa grande popularité lui vient de son combat pour l’indépendance de son pays, alors colonie espagnole. Celui-ci lui vaut d’être déporté en Espagne à 16 ans, ce qu’il met à profit pour apprendre le droit et se mettre en contact avec les milieux anarchistes et révolutionnaires européens (notamment en France où le soulèvement de la Commune venait d’être réprimé).

Il revient ensuite à Cuba en faisant un long détour par plusieurs pays d’Amérique latine (Mexique, Guatemala) où il multiplie les écrits révolutionnaires, se lie aux milieux socialistes en participant à la rédaction de revues enagées qui feront sa notoriété lors de son retour à Cuba en 1878. Sa condamnation du colonialisme espagnol lui vaut d’être déporté de nouveau vers l’Espagne un an plus tard (en 1879), d’où il s’échappe pour revenir en Amérique et s’établir au Vénézuéla (beaucoup plus sûr étant donné que le Vénézuela avait été le premier État d’Amérique du Sud à proclamer son indépendance en 1811) après un passage par New-York. Là, José Martí publie la majeure partie de son œuvre poétique puis retourne aux États-Unis (New-York) pour y rédiger un essai, Nuestra América (Notre Amérique), dénonçant l’impérialisme de ce pays.

En 1895, José Martí débarque à Cuba avec le général Máximo Gómez, au cours d’une opération militaire visant à chasser les espagnols et lancée depuis Saint-Domingue. Mais José Martí n’en verra jamais la conclusion, étant tué au cours de la bataille de Bataille de Dos Rios la même année en mai. Cela étant, l’entreprise fut à moitié couronnée de succès : l’Espagne fut chassée de Cuba… mais remplacée par les États-Unis d’Amérique.

C’est pourquoi Fidèle Castro reprit plusieurs années plus tard l’image de José Martí lorsqu’il organisa la révolution destinée à chasser les États-Unis de Cuba (qui n’acceptent toujours pas la perte de cette île et lui imposent un embargo). Encore de nos jours, José Martí est honoré dans l’île comme défenseur face à l’occupant.

Notons d’ailleurs, pour l’anecdote, que si la franc-maçonnerie est bien acceptée à Cuba de nos jours, c’est car de nombreuses personnes ayant lutté pour l’indépendance de Cuba (face à l’Espagne puis aux États-Unis d’Amérique) appartenaient à des loges maçonniques ou étaient proches des milieux maçonniques, ce qui était le cas de José Martí (si sa proximité est avérée, son appartenance est sujette à caution).

Banquete de tiranos



Nous n’avons pas choisi le poème Banquete de tiranos au hasard. Il s’agit en effet d’un poème représentatif de l’engagement de idéologique de José Martí contre l’occupation et l’oppression des peuples par une personne. Ici le tyran est dépeint comme une créature plus bestiale qu’une bête « Todos del pelo al pie, de garra y diente; » et aux relents démoniaques « De alma de hombres los unos se alimentan: » car il déprive les êtres humains de leur âme dont il se repaît. Ces êtres humains, les exploités, sont par opposition présentés par le biais de l’amour d’autrui qu’ils exhalent, eux dont l’âme sert à nourrir et parfumer la dent des tyrans « Y perfumen su diente los glotones, ». Cette dernière image est une façon métaphorique de dire que les tyrans vivent aux crochets du peuple, tels des vampires.

Toute la poésie est construite sur cette opposition de genres : les bêtes à l’inspiration démoniaque caractérisées par leurs griffes (garra), leurs dents (dientes), personnifications des tyrans et les autres, en général, assimilés aux idées d’amour et de fleurs.

Pour ceux qui seraient intéressés par un commentaire détaillé de ce poème (analyse des figures de style, de la rhétorique poétique, etc.) je vous conseille ce très bon commentaire (en espagnol) qui m’a été d’une grande aide pour rédiger ce paragraphe.

Citation : Banquete de tiranos, José Martí
Hay una raza vil de hombres tenaces
De sí propios inflados, y hechos todos,
Todos del pelo al pie, de garra y diente;
Y hay otros, como flor, que al viento exhalan
En el amor del hombre su perfume.
Como en el bosque hay tórtolas y fieras
Y plantas insectívoras y pura
Sensitiva y clavel en los jardines.
De alma de hombres los unos se alimentan:
Los otros su alma dan a que se nutran
Y perfumen su diente los glotones,
Tal como el hierro frío en las entrañas
De la virgen que mata se calienta.

A un banquete se sientan los tiranos,
Pero cuando la mano ensangrentada
Hunden en el manjar, del mártir muerto
Surge una luz que les aterra, flores
Grandes como una cruz súbito surgen
Y huyen, rojo el hocico, y pavoridos
A sus negras entrañas los tiranos.
Los que se aman a sí, los que la augusta
Razón a su avaricia y gula ponen:
Los que no ostentan en la frente honrada
Ese cinto de luz que en el yugo funde
Como el inmenso sol en ascuas quiebra
Los astros que a su seno se abalanzan:
Los que no llevan del decoro humano
Ornado el sano pecho: los menores
Y los segundones de la vida, sólo
A su goce ruin y medro atentos
Y no al concierto universal.

Danzas, comidas, músicas, harenes,
Jamás la aprobación de un hombre honrado.
Y si acaso sin sangre hacerse puede,
Hágase... clávalos, clávalos
En el horcón más alto del camino
Por la mitad de la villana frente.
A la grandiosa humanidad traidores,
Como implacable obrero
Que un féretro de bronce clavetea,
Los que contigo
Se parten la nación a dentelladas.


Citation : Traduction en français de Jean Lamore
Secret (cliquez pour afficher)
Il est une race vile d’hommes tenaces
Bouffis d’eux-mêmes, et qui tous sont formés,
Tous, de la tête aux pieds, de griffes et de dents ;
Et d’autres qui, comme la fleur, au vent exhalent
Pour l’amour des hommes leur parfum.
Ainsi dans la forêt, tourterelles et fauves,
Et à côté des plantes insectivores
La pure sensitive, l’œillet, dans les jardins.
De l’âme des hommes les premiers s’alimentent :
Les autres donnent leur âme afin que les voraces
S’en nourrissent en plantant leur dent dans son parfum,
De même que le fer glacé dans les entrailles
De la vierge qu’il tue dérobe la chaleur.

À la table du banquet où s’assoient les tyrans
Ce sont des hommes que l’on sert : et ces êtres vils
Qui aiment les tyrans, dévorent empressés
Des autres hommes le cerveau et le cœur :
Mais quand ils plongent dans le plat
Leur main ensanglantée, du martyr assassiné
Jaillit une clarté qui les effraie, des fleurs
Grandes comme des croix surgissent tout à coup
Et les tyrans s’enfuient, le groin rouge de sang,
Remplis d’épouvante, vers leurs noires entrailles.

Ceux qui n’aiment qu’eux-mêmes : ceux qui soumettent
L’auguste raison à l’avarice et la voracité :
Ceux qui ne portent pas sur un front honorable
Ce ruban de lumière qui consume le joug
Tel l’immense soleil qui réduit en tisons
Les astres qui en son sein se projettent :
Ceux dont la saine poitrine n’est point parée
De dignité humaine : ce sont les piètres
Et les étriqués de la vie, préoccupés
De leur seul profit, de leur mesquin plaisir
Et ignorant le grand concert universel.

Les danses, les festins, musiques et harems,
Jamais l’approbation d’un homme honorable.
Et si l’on peut le faire sans verser de sang
Qu’on le fasse… qu’on les cloue, qu’on les cloue
Au pilori le plus haut du chemin
Par le milieu de leur front misérable,
Ceux-là qui ont trahi la grande humanité.
Comme l’ouvrier implacable
Qui enfonce les clous d’un sépulcre de bronze,
Tous ceux qui près de toi
Se partagent à grands coups de dents la nation.


Pour ceux qui souhaiteraient lire d’autres poèmes de José Martí, vous pouvez trouver en ligne le recueil Versos libres dont est extrait Banquete de tiranos.

À la semaine prochaine pour une nouvelle poésie !

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