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Écrit après la visite d’un bagne, Victor Hugo

Poésie de la semaine n° 14

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Hors ligne micky # Posté le 28/07/2013 à 19 h 06
Avatar de micky
Messages : 2228
Groupe : Administrateurs
Responsable zCorrection
Bonjour,

Cette semaine, nous vous proposons un poème d’un célèbre auteur français du dix-neuvième siècle : Écrit après la visite d’un bagne de Victor Hugo.


Victor Hugo


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Né d’un père militaire et d’une mère bourgeoise en 1802, Victor Hugo vit son enfance à Paris. Très tôt, dès l’âge de treize ans, Hugo commence à écrire de la poésie. Encouragé par sa famille et ses enseignants, il participe même à un concours de poésie organisé par l’Académie française en 1817 ; il n’obtient pas le prix (il s’en est fallu de peu), mais d’autres concours lui apporteront de plus grandes reconnaissances. Son talent précoce et son travail autodidacte, en effet, le conduisent à publier son premier recueil, Odes, à l’âge de dix-neuf ans — ce fut un succès.
Grâce à sa première publication, Hugo reçoit une pension annuelle du roi de mille francs. En 1822, il épouse une amie d’enfance, Adèle Foucher, qui lui donne cinq enfants.
Lancé dans sa carrière littéraire, Hugo publie plusieurs œuvres dans les années suivantes, avec un accueil mitigé. S’intéressant à tous les genres de la littérature, il écrit aussi des romans, des articles, du théâtre… Sa première pièce de drame romantique, qui renonce aux conventions d’écriture théâtrale classiques, fait scandale. La famille Hugo reçoit beaucoup de personnalités du monde artistique avec lesquelles elle se lie d’amitié.
Poète, romancier et dramaturge, Hugo est aussi un homme engagé dans la politique. Il obtient un siège à l’Académie française en 1841. En raison des agitations politiques importantes de la seconde moitié du siècle, Hugo s’exile à plusieurs reprises, mais continue d’écrire.
Lors de son enterrement en 1885, quelque deux millions de personnes se sont déplacées pour lui rendre hommage.


Écrit après la visite d’un bagne


Hugo écrivit ce poème satirique en 1853, pendant son exil à Jersey. Il fut publié en 1881 dans le recueil Les Quatre Vents de l’esprit.
Proche d’autres œuvres à contenu politique de Hugo, tels ses romans Le dernier jour d’un condamné ou Claude Gueux, le poème Écrit après la visite d’un bagne dénonce l’emprisonnement et l’exécution et suggère que l’instruction publique est une condition pour le progrès.
Bonne lecture !

Citation : Écrit après la visite d’un bagne
Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.
Quatrevingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne
Ne sont jamais allés à l'école une fois,
Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.
C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.
L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.
Où rampe la raison, l'honnêteté périt.

Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit,
A mis, sur cette terre où les hommes sont ivres,
Les ailes des esprits dans les pages des livres.
Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut
Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.
L'école est sanctuaire autant que la chapelle.
L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle
Contient sous chaque lettre une vertu ; le coeur
S'éclaire doucement à cette humble lueur.
Donc au petit enfant donnez le petit livre.
Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.

La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.
Faute d'enseignement, on jette dans l'état
Des hommes animaux, têtes inachevées,
Tristes instincts qui vont les prunelles crevées,
Aveugles effrayants, au regard sépulcral,
Qui marchent à tâtons dans le monde moral.
Allumons les esprits, c'est notre loi première,
Et du suif le plus vil faisons une lumière.
L'intelligence veut être ouverte ici-bas ;
Le germe a droit d'éclore ; et qui ne pense pas
Ne vit pas. Ces voleurs avaient le droit de vivre.
Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre,
Tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.

Je dis que ces voleurs possédaient un trésor,
Leur pensée immortelle, auguste et nécessaire ;
Je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère,
De se tourner vers vous, à qui le jour sourit,
Et de vous demander compte de leur esprit ;
Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute ;
Je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés ;
Je dis que les forfaits dont ils se sont souillés
Ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute ;
Pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?
Ils sont les malheureux et non les ennemis.
Le premier crime fut sur eux-mêmes commis ;
On a de la pensée éteint en eux la flamme :
Et la société leur a volé leur âme.


Nous vous invitons à partager vos avis à propos de cette poésie ; nous en discuterions avec plaisir. ;)

Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir une nouvelle poésie !
 
Hors ligne Ziame # Posté le 02/08/2013 à 11 h 30
Arx Tarpeia Capitoli proxima
Avatar de Ziame
Messages : 11523
Groupe : Administrateurs
Bonjour,

Merci micky pour cette superbe poésie qui reste d'ailleurs malheureusement d'actualité.

Si vous aimez écrire et que vous avez des choses à dire sur l'un des thèmes que couvre notre blog, n'hésitez pas ! ;)
 

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