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À peine ivre, Jean de Bosschère

Poésie de la semaine n° 11

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Hors ligne micky # Posté le 07/07/2013 à 13 h 16
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Messages : 2228
Groupe : Administrateurs
Responsable zCorrection
Bonjour,

Le choix de la poésie de cette semaine s’est porté sur le poème À peine ivre de Jean de Bosschère, paru dans le recueil « Héritiers de l’abîme » publié en 1950.


Jean de Bosschère


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Jean de Bosschère (aussi orthographié « Boschère ») est un artiste généralement peu connu qui a publié de nombreuses œuvres durant la première moitié du vingtième siècle. Né en 1878 en Belgique, il s’est intéressé aux divers genres de l’écriture et de la peinture : il a publié à la fois des romans, des poèmes, des essais, ainsi que des dessins, des peintures, des sculptures… De Bosschère s’est installé à Londres, où il écrivait en anglais et a connu un certain succès, puis à Paris où il a essuyé plusieurs échecs, avant de s’établir à Fontainebleau.
Autobiographie d’un homme tourmenté, l’œuvre de De Bosschère présente de nombreuses perspectives psychologiques ténébreuses et douloureuses. Entre l’amitié profonde et la solitude désespérée, De Bosschère esquisse l’humain sous tous ses angles, tout en faisant évoluer son style d’écriture au fil de ses expériences.
Jean de Bosschère s’est éteint en 1953 à Châteauroux.


À peine ivre


D’une noirceur sanguinaire et révoltée, voici le poème, à déguster avec modération. Bonne lecture !

Citation : À peine ivre
Les mains sur le dos
à peine ivre
mieux délivré que l'ivrogne véritable
je ris !
Démoralisation sacrée,
démoralisation, sens ici du mot aigu,
point de mélodies déchues, vaines,
démoralisation sacrée !

Ce n'est point avec des roses
et une traîne de paon bleu
ni avec du genièvre, des cocktails
ni avec la cocaïne, une aile de papillon
ni avec des mots en peuples de rythmes
ni avec une épée ou un poignard
que nous montons vers cette coupe
étalée dans nos cœurs déserts,
− je dis nous avec dans moi ce ganglion chronique d'illusion −,
nous montons avec des haches et des barres de fer.

Plus de nouveaux quartiers
nos dégoûts cessent de les donner
aujourd'hui plus de pardons
le vide bondit, la tempête crève devant l'inondation.
Tout crève
la cataracte balaie les forêts des mondes,
pulvériser l'ordre, cet ordre-ci,
renverser l'ordre des séries, des hiérarchies,
plus de vifs amputés aux couteaux des morts
plus de chants patriarcaux
les pères poussés au bûcher
leurs fils y versent les huiles.
Les mains sur le dos
à peine ivre
je ris
démoralisation sacrée.
Point de bibles printanières de crimes
mais chaque jour se révolte contre la prescription de la veille.

La poésie n'a pas de frondaisons dans les jours mortels
le bras du verbe s'étend comme la béguine supplie
à travers l'éternité, ni marbre ni diamant,
poulpe ténébreux,
à travers le cyclone des signes mouvants,
matrices négatrices empoisonnées des lois,
fleurs, parfums, oiseaux, poissons, hommes, coquilles
crabe, anémone, étoile
voyageant dans les formes.

Le son d'un mot n'est point sa chair.
Le saltimbanque au balancier n'est pas poète,
mais plus arbitraire que la division du cadran d'heures
plus Sorbonne que le système décimal.
Les jours où il n'y a pas à hurler
il faut faire silence
ou murmurer dans les anthologies
ou croasser aux théâtres
devant mille monstres bêtes.

Les mains sur le dos
à peine ivre.
Et dans le vide germent trois grains de cristal
les colonnes montent dans le désert qui n'est pas l'ordre.
Les poètes sont exterminés avec leur Champagne
leurs ailes suaves que lèchent les femmes.

Sur les colonnes qui montent, la coupe vide,
hissé là, océan sans écume sans limite
un nouveau désert sur nos cœurs déserts.
Nous attendons, nous, moi
avec la hache et l'assommoir d'acier
écrasons les uniformes des pères d'hier
de demain
plus de chefs noirs, blancs, jaunes, rouges
démoralisation sacrée.


Nous échangeons avec plaisir sur les différents retours que vous pouvez avoir après la lecture de ce poème. N’hésitez donc pas à nous faire partager vos ressentis et vos appréciations vis-à-vis de cette poésie. :)

Rendez-vous la semaine prochaine pour la découverte d’une nouvelle poésie !
 
Hors ligne Ziame # Posté le 08/07/2013 à 08 h 55
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Avatar de Ziame
Messages : 11523
Groupe : Administrateurs
Je ne connaissais pas Jean de Bosschère, merci à toi de me l'avoir fait découvrir, micky.

Son style est vraiment particulier et assez peu classique.

Si vous aimez écrire et que vous avez des choses à dire sur l'un des thèmes que couvre notre blog, n'hésitez pas ! ;)
 

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