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Heureux qui comme Ulysse, Joachim du Bellay

Poésie de la semaine n°7

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Hors ligne Anonyme # Posté le 09/06/2013 à 13 h 23
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Bonjour,

Cette semaine, la poésie mise en avant n’est autre que Heureux qui comme Ulysse, du non moins célèbre Joachim du Bellay. Ce poème, publié il y a près de 455 années, est extrait du recueil « Les Regrets », composé de pas moins de 191 sonnets !

Joachim du Bellay


Joachim du Bellay est un célèbre poète français de la Renaissance, qui naquit en 1522 et mourut le 1er janvier 1560.

Fils d’un seigneur et d’une mère originaire de Liré (Pays de la Loire), Joachim devint orphelin à l’âge de 10 ans. Il est ainsi élevé par son frère aîné, qui le dédaigne. À vingt-quatre ans, il part promptement faire des études de droit à Poitiers. Il y rencontrera Jean Salmon Macrin (un poète et valet de chambre de François 1er), Jacques Peletier du Mans (un mathématicien et poète), ainsi que Pierre de Ronsard (poète bien connu). Il rejoindra d’ailleurs ce dernier quelque temps plus tard à Paris au collège de Coqueret, où ils y étudieront, entre autres disciplines, la médecine et l’astronomie. C’est dans ce collège que, sous l’influence de leur professeur de grec, Joachim du Bellay et Pierre de Ronsard formèrent un groupe de poètes qu’ils nommèrent La Brigade. Leur ambition n’était pas des moindres ; en effet, ils avaient pour but de composer des poèmes égalant la qualité de ceux écrits dans la langue d’Homère ou de Virgile. Ils ne manquèrent pas à leur objectif, leurs poèmes se faisant remarquer de par leur qualité par François 1er lui-même ! Ce dernier avait en effet besoin d’hommes de lettres compétents, afin de rédiger des lettres de noblesse aux Français.

Les deux poètes seront rejoints plus tard par Jacques Peletier du Mans, avec qui ils étaient au collège de Coqueret, celui-ci adhérant à leur projet de La Brigade et souhaitant les aider dans leurs travaux. Le premier manifeste (déclaration publique, le plus souvent politique) collectif de Du Bellay sera signé en 1549, et sera nommé « Défense et illustration de la langue française ». Ce manifeste promouvra la langue française et sa richesse, et soutiendra son égale qualité par rapport à celle du latin ou du grec. Le groupe de La Brigade se transformera en « La Pléiade », à l’occasion de l’arrivée de quatre nouveaux membres : Rémi Belleau, Etienne Jodelle, Pontus de Tyard et Jean-Antoine de Baïf (tous étaient des poètes). Joachim du Bellay publiera, en 1550, un recueil imitant le style de l’italien Pétrarque : « L’Olive ».

En 1553, année mémorable dans la vie de Du Bellay, ce dernier s’en va en Italie à la cour pontificale de Rome, accompagné du cardinal Jean du Bellay, un cousin de son père. Il a pour mission de subvenir aux besoins (principalement financiers) du cardinal, nonobstant son peu de moyens financiers. Joachim du Bellay profita néanmoins de ce « voyage » à Rome pour découvrir cette ville et l’art antique qui y est présent. Cependant, il se dira déçu de cette découverte, et s’ennuiera, n’ayant rien d’intéressant pour lui à faire à Rome. Privé d’une liberté à la cour papale qu’il désirait et espérait tant, Du Bellay composa en cette période le recueil « Les Regrets », recueil emprunt d’une grande critique de la vie romaine et d’une envie importante de Joachim du Bellay de rejoindre son Anjou natal, qui lui manque beaucoup. Un autre recueil, que l’on peut classer dans la même lignée que Les recueils, sera écrit la même année : « Les Antiquités de Rome ».

De santé fragile, Joachim du Bellay tombe gravement malade en août 1557. Le cardinal Du Bellay le renvoya donc en France, où l’on lui prodiguerait des soins de meilleure qualité, et où il se sentirait mieux qu’en Italie où il s’ennuyait. Logeant au cloître Notre-Dame à Paris, chez un de ses amis — Claude de Bize —, Du Bellay fit publier en 1558 les deux recueils qu’il avait écrits à Rome, Les Regrets et Les Antiquités de Rome.

Joachim du Bellay décéda d’une apoplexie le 1er janvier 1560, alors âgé de seulement trente-sept ans. Il est inhumé à Paris, dans la chapelle de Saint-Crépin.

Heureux qui comme Ulysse


Voici donc, sans plus attendre, la poésie Heureux qui comme Ulysse, extraite du recueil « Les Regrets » publié en 1558. À travers cette poésie, Joachim du Bellay parle de la vie en général, plus que de sa propre expérience autobiographique. Celui-ci considère la vie comme un voyage, un parcours. Il y parle également de ses sentiments personnels, comme le regret (d’où le titre du recueil), la frustration, l’envie, l’attente… N’oubliez pas que ce poème a été écrit pendant son séjour à Rome, où il s’ennuya particulièrement et regretta son pays natal. D’un certain côté, cette poésie révèle bien le côté humaniste de Du Bellay.

Citation : Heureux qui comme Ulysse, de Joachim du Bellay
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme celui-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la douceur angevine.


Voilà, en espérant que la lecture de cette poésie vous fut agréable, je vous dis à la semaine prochaine, pour la découverte d’une nouvelle poésie ! :)
 
Hors ligne micky # Posté le 09/06/2013 à 22 h 37
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Messages : 2228
Groupe : Administrateurs
Responsable zCorrection
Salut,

Je connaissais ce poème, mais le contexte historique que tu as brillamment développé aide forcément à comprendre davantage ce sonnet.
Merci pour toutes ces explications !

Personnellement, les styles d’écriture des XVIe et XVIIe siècles ainsi que des époques antérieures ne me correspondent pas trop. Cela dit, je trouve intéressante, dans le poème que tu nous proposes, la manière dont l’auteur met en rapport les éléments naturels ou architecturaux des deux lieux dont il est question (sa patrie et sa vision de Rome), qui est plutôt imagée (c’est ce que je ressens).

Merci encore pour cette proposition de poésie !
 
Hors ligne Don_Salluste # Posté le 12/06/2013 à 00 h 35
Messages : 3
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Citation : Op
Joachim du Bellay est un célèbre poète français de la Renaissance, qui naquit en 1552 et mourut le 1er janvier 1560.

Il n'a pas vécu bien longtemps, le pauvre.

Merci pour les commentaires qui améliorent ma compréhension de ce poème :)
Modifié le 12/06/2013 à 00 h 38 par Don_Salluste

Je ne fais pas des fautes par plaisir ou par inadvertance, mais par ignorance. Je remercie toutes les personnes qui me reprennent (dans un message ou par MP) et m'aident à changer les mauvaises habitudes que j'ai acquises.
 
Hors ligne Anonyme # Posté le 12/06/2013 à 06 h 43
Messages :

En effet, Joachim du Bellay n’a vécu que trente-sept ans… ce qui, je pense, n’était pas mal pour un homme du XVIe siècle quand même !

Citation : Don_Salluste
Merci pour les commentaires qui améliorent ma compréhension de ce poème :)

Je suis ravi d’apprendre que mes commentaires t’ont aidé à comprendre le poème ! :)
 
Hors ligne Ziame # Posté le 12/06/2013 à 12 h 35
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Messages : 11523
Groupe : Administrateurs
Merci pour cette poésie dont je connaissais comme beaucoup le premier vers mais qu'il ne me semble pas avoir déjà lu en entier. :)

37 ans, oui ce n'était pas anormal à cette époque, mais huit ans, c'était court quand même. :-°
Modifié le 12/06/2013 à 12 h 36 par Ziame

Si vous aimez écrire et que vous avez des choses à dire sur l'un des thèmes que couvre notre blog, n'hésitez pas ! ;)
 
Hors ligne melepe # Posté le 13/06/2013 à 02 h 00
Et voilà le shadok
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Messages : 114
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Notons que ce poème a inspiré au moins deux chansons, celle de Brassens (https://www.youtube.com/watch?v=GWlLNpJE1zI) et celle de Ridan, plus contemporaine (https://www.youtube.com/watch?v=WefxVZLhm9U). Edit : @AzeTkN : Merci !

Je vous jure qu'entendre dans sa tête cette dernière chanson en boucle pendant quatre heures, lors d'une épreuve de commentaire du poème de Du Bellay, c'est un véritable supplice.
Modifié le 13/06/2013 à 23 h 36 par melepe
 
Hors ligne Ziame # Posté le 13/06/2013 à 12 h 54
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Groupe : Administrateurs
Je connaissais celle de Brassens mais pas celle de Ridan.

J'imagine sans aucune difficulté ! :D

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Hors ligne Anonyme # Posté le 13/06/2013 à 15 h 34
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Et moi, c’est le contraire : j’ignorais que Georges Brassens avait fait une chanson en s’inspirant de ce poème, en revanche j’ai déjà entendu l’adaptation de Ridan.

melepe, j’ai modifié ton commentaire car tu donnais deux fois le même lien (vers la chanson de Brassens).
 
Hors ligne Karl Yeurl # Posté le 13/06/2013 à 21 h 00
Maintenant en qualité blu-raie
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Messages : 3010
Groupe : zAnciens
Et moi, je croyais que c'était Joachim du Bellay qui s'était inspiré de la chanson de Brassens ! Quelle désillusion. :(


Oui, oui, je sors. :-°

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,
Brusquement reparu, fier comme Viala,
Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.
V. HUGO

You should totally read my blog. Mon Twitter
 
Hors ligne jeanneth # Posté le 14/06/2013 à 21 h 52
Messages : 26
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:D encore un mythe qui s'effondre !

C'est très sympa de (re)découvrir ce poème, pas comme quand on était petits avec l'angoisse de la récitation en public... Vu sous cet angle, et en se laissant bercer par le flow ( ^^ ), je trouve sa mélodie très touchante.

Mais AzeTkN , je ne comprends pas quand tu dis que ce poème révèle l'humanisme de du Bellay :euh:

Pour ma part, angevine me fait invariablement penser à Framboise de Boby Lapointe, surtout dans l'étonnante scène de Tirez sur le pianiste (https://www.youtube.com/watch?v=hVEk1wiUxa0) :)
 
Hors ligne Anonyme # Posté le 15/06/2013 à 09 h 11
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Salut jeanneth,

Merci pour ton commentaire ! :)

Citation : jeanneth
Mais AzeTkN , je ne comprends pas quand tu dis que ce poème révèle l'humanisme de du Bellay :euh:

L’humanisme est un courant culturel s’étant principalement développé pendant la Renaissance (époque pendant laquelle Du Bellay vécut). Étant donné que Joachim du Bellay était lui-même un humaniste, je dis donc que cette poésie révèle bien l’humanisme de ce dernier, car l’humanisme de la Renaissance s’est caractérisé principalement par « un retour aux textes antiques, comme modèle de vie, d'écriture et de pensée » (Humanisme de la Renaissance, Wikipédia). Ici, Du Bellay essaye d’imiter (comme je le dis dans la mini-biographie) les textes latins et grecs : on peut donc affirmer que cette poésie révèle en quelques sortes le côté humaniste du poète. ;)
 
Hors ligne jeanneth # Posté le 15/06/2013 à 14 h 41
Messages : 26
Membres
Je sais ce qu'est l'humanisme, mais ça me paraissait pas vraiment évident par rapport à ce poème.

Merci :)
 
Hors ligne Anonyme # Posté le 15/06/2013 à 15 h 01
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En effet, je suis d’accord avec toi, c’est un peu implicite… ;)
 

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