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Richard II quarante, Aragon

Poésie de la semaine n°5

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Hors ligne Ziame # Posté le 26/05/2013 à 14 h 21
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Bonjour,

Après L’Après-midi d’un faune de Mallarmé, faisons un léger saut dans le futur et intéressons-nous aujourd’hui à l’un des poèmes de celui qui fut l’une des figures de proue du mouvement surréaliste, j’ai nommé Aragon. Le poème choisi cette semaine est Richard II quarante, publié en 1941 dans Le Crève-Cœur.

Louis Aragon



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Louis Aragon
Poète, romancier et journaliste fascinant que Louis Aragon. Né en 1897 et décédé en 1982, Aragon est à la fois l’un des fondateurs du courant surréaliste et l’un de ceux qui auront cherché à le dépasser en le combinant avec les styles d’écriture préexistants. C’est ainsi que nous pouvons trouver dans son œuvre, même romanesque, de grands élans poétiques et surréalistes, déstabilisants car inhabituels lorsque l’on s’y confronte pour la première fois, mais d’une grande beauté lorsque l’on réussit à accepter ces nouvelles normes qu’il nous propose. Prenons l’exemple de son roman Les Beaux Quartiers. Celui-ci pourrait être décrit comme un croisement entre le genre romanesque (où les faits sont généralement exposés clairement, où la clarté et les explications directes sont prédominantes, racontant une histoire…) et la poésie, au sens où Charles Baudelaire l’entendait : « La poésie n’a pas d’autre but qu’elle-même. » En effet, plus que des descriptions directes, ce sont des images nécessitant l’intervention de l’imagination guidée par une description poétique que nous propose ce roman. Si on le lit au premier degré comme on pourrait le faire avec n’importe quel autre roman, celui-ci paraîtra insensé et vide, mais prenons un peu de recul, laissons notre imagination errer, guidée délicatement par les mots imprimés sur le papier et l’œuvre apparaît dans toute sa splendeur. Et cette splendeur, c’est le fait d’avoir su dépasser le surréalisme rejetant toute forme de règle et prônant l’aberration pour conserver quelques normes anciennes, en créer d’autres et aboutir à quelque chose de complètement nouveau, cohérent et superbe. Cela lui valut d’ailleurs des critiques de ses contemporains surréalistes qui, pour certains, y virent une trahison envers le rejet des normes imposé par leur mouvement.

Mais Aragon fut aussi profondément engagé politiquement. Communiste, il fut un médecin-auxiliaire sur le front pendant la Seconde Guerre mondiale (décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire), résistant… et toujours communiste coûte que coûte, quitte à soutenir Staline sans sourciller.

Richard II quarante



Une partie importante de la poésie d’Aragon est marquée par la guerre et traite de ce sujet, non pas dans les termes épiques de la poésie guerrière de Victor Hugo, mais pour décrire la nation brisée, humiliée et ce que la guerre a détruit.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le poème Richard II quarante, extrêmement sombre et pessimiste, publié peu après la défaite de 1940. On y ressent toute la douleur de celui qui assiste impuissant à la destruction et à la mort de ce pays qu’il aime, non pas en tant que nation, mais dans tout ce qui en faisait l’unicité et la beauté ; celui qui n’a plus d’emprise que sur lui-même et « reste roi de ses douleurs ».

Citation : Richard II quarante, Aragon
Ma patrie est comme une barque
Qu’abandonnèrent ses haleurs
Et je ressemble à ce monarque
Plus malheureux que le malheur
Qui restait roi de ses douleurs

Vivre n’est plus qu’un stratagème
Le vent sait mal sécher les pleurs
Il faut haïr tout ce que j’aime
Ce que je n’ai plus donnez-leur
Je reste roi de mes douleurs

Le cœur peut s’arrêter de battre
Le sang peut couler sans chaleur
Deux et deux ne fassent plus quatre
Au Pigeon-Vole des voleurs
Je reste roi de mes douleurs

Que le soleil meure ou renaisse
Le ciel a perdu ses couleurs
Tendre Paris de ma jeunesse
Adieu printemps du Quai-aux-Fleurs
Je reste roi de mes douleurs

Fuyez les bois et les fontaines
Taisez-vous oiseaux querelleurs
Vos chants sont mis en quarantaine
C’est le règne de l’oiseleur
Je reste roi de mes douleurs

Il est un temps pour la souffrance
Quand Jeanne vint à Vaucouleurs
Ah coupez en morceaux la France
Le jour avait cette pâleur
Je reste roi de mes douleurs


À la semaine prochaine pour une nouvelle poésie !

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