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Hiver, Marceline Desbordes-Valmore

Poésie de la semaine n°1

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Hors ligne Ziame # Posté le 28/04/2013 à 12 h 37
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Bonjour à tous,

Pour vous présenter brièvement le concept de poésie de la semaine, nous avons eu l’idée de vous proposer, toutes les semaines, une poésie différente afin que nous puissions chacun découvrir des auteurs et poésies que nous ne connaissons pas forcément mais qui ont su attirer l’attention de l’un ou l’une d’entre nous. Le concept étant très simple, je vais sans plus tarder vous proposer la première poésie de la semaine.

Marceline Desbordes-Valmore



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Portrait de Marceline Desbordes-Valmore
Nous vous proposons aujourd’hui le poème Hiver de Marceline Desbordes-Valmore, poétesse de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle, qu’Honoré de Balzac décrivait lui-même en ces termes « [...] Elle a donc conservé le souvenir d’un cœur dans lequel elle a pleinement retenti, elle et ses paroles, elle et ses poésies de tout genre, car nous sommes du même pays, Madame, du pays des larmes et de la misère. Nous sommes aussi voisins que peuvent l’être, en France, la prose et la poésie, mais je me rapproche de vous par le sentiment avec lequel je vous admire. »

La poésie de Marceline Desbordes-Valmore est, pour citer une nouvelle fois Honoré de Balzac, un ensemble d’« assemblages délicats de sonorités douces et harmonieuses et qui évoquent la vie des gens simples » (Correspondance) mais néanmoins profondément marquée par la mélancolie. Cela s’explique sans aucun doute par la multitude de drames auxquels elle eut à faire face durant sa vie (perte de nombre de membres de sa famille et de personnes proches) et se ressent d’ailleurs de plus en plus dans sa poésie lorsqu’on la considère de façon chronologique. Ainsi, à 48 ans, elle écrivait Dans la rue, poème extrêmement sombre, sans espoir et à la consonance fataliste.

Cependant, nombre de ses poèmes sont néanmoins très proches de la nature et empreints d’une simplicité (non point stylistique mais plutôt en ce qui concerne les images auxquelles elle fait appel) donnant à ses vers une mélodie profondément et délicatement personnelle (en opposition, si l’on veut, à des poèmes plus politiques qui font appel à de nobles images plus impersonnelles).

Hiver



Je vous propose donc sans plus attendre le poème Hiver, qui s’inscrit dans ces poésies proches de la nature.

Citation : Hiver, Marceline Desbordes-Valmore
Non, ce n’est pas l’été, dans le jardin qui brille,
Où tu t’aimes de vivre, où tu ris, coeur d’enfant !
Où tu vas demander à quelque jeune fille,
Son bouquet frais comme elle et que rien ne défend.

Ce n’est pas aux feux blancs de l’aube qui t’éveille,
Qui rouvre à ta pensée un lumineux chemin,
Quand tu crois, aux parfums retrouvés de la veille,
Saisir déjà l’objet qui t’a dit : « A demain ! »

Non ! ce n’est pas le jour, sous le soleil d’où tombent
Les roses, les senteurs, les splendides clartés,
Les terrestres amours qui naissent et succombent,
Que tu dois me rêver pleurante à tes côtés :

C’est l’hiver, c’est le soir, près d’un feu dont la flamme
Eclaire le passé dans le fond de ton âme.
Au milieu du sommeil qui plane autour de toi,
Une forme s’élève ; elle est pâle ; c’est moi ;

C’est moi qui viens poser mon nom sur ta pensée,
Sur ton coeur étonné de me revoir encor ;
Triste, comme on est triste, a-t-on dit, dans la mort,
A se voir poursuivi par quelque âme blessée,

Vous chuchotant tout bas ce qu’elle a dû souffrir,
Qui passe et dit : « C’est vous qui m’avez fait mourir ! »


En espérant que cette poésie vous a plu, je vous dis à la semaine prochaine pour un nouveau poème !

Si vous aimez écrire et que vous avez des choses à dire sur l'un des thèmes que couvre notre blog, n'hésitez pas ! ;)
 
Hors ligne Karl Yeurl # Posté le 28/04/2013 à 16 h 17
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Mon texte préféré, de Marceline Desbordes-Valmore, est le suivant.

Citation : Dans la Rue — Marceline Desbordes-Valmore

Nous n'avons plus d'argent pour enterrer nos morts.
Le prêtre est là, marquant le prix des funérailles;
Et les corps étendus, troués par les mitrailles,
Attendent un linceul, une croix, un remords.

Le meurtre se fait roi. Le vainqueur siffle et passe.
Où va-t-il? Au trésor, toucher le prix du sang.
Il en a bien versé! Mais sa main n'est pas lasse:
Elle a, sans le combattre, égorgé le passant.

Dieu l'a vu. Dieu cueillait comme des fleurs froissées
Les femmes, les enfants, qui s'envolaient aux cieux.
Les hommes... les voilà dans le sang jusqu'aux yeux.
L'air n'a pu balayer tant d'âmes courroucées.

Elles ne veulent pas quitter leurs membres morts.
Le prêtre est là, marquant le prix des funérailles;
Et les corps étendus, troués par les mitrailles,
Attendent un linceul, une croix, un remords.

Les vivants n'osent plus se hasarder à vivre.
Sentinelle soldée, au milieu du chemin,
La mort est un soldat qui vise et qui délivre
Le témoin révolté qui parlerait demain...

Prenons nos rubans noirs, pleurons toutes nos larmes;
On nous a défendu d'emporter nos meurtris:
Ils n'ont fait qu'un monceau de leurs pâles débris:
Dieu! Bénissez-les tous, ils étaient tous sans armes!

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,
Brusquement reparu, fier comme Viala,
Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.
V. HUGO

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Hors ligne Ziame # Posté le 28/04/2013 à 17 h 48
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Je le trouve aussi superbe (c'est pourquoi je l'avais mentionné dans mon premier message au troisième paragraphe ^^ ).

Nos goûts poétiques ont décidément des concordances !

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Hors ligne Karl Yeurl # Posté le 29/04/2013 à 11 h 50
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En effet.

Et accessoirement, par la présente, je montre que la lecture en diagonale, c'est pas bien (je suis directement passé au poème :p ).

Mais le rire cessa, car soudain l'enfant pâle,
Brusquement reparu, fier comme Viala,
Vint s'adosser au mur et leur dit : Me voilà.
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Hors ligne Ziame # Posté le 30/04/2013 à 23 h 24
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Pas bieeen…

Comme disait Alfred de Musset « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux, et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots. » J'ai hésité à choisir Dans la Rue comme poésie de la semaine (avec Un Voyage à Cythère de Charles Baudelaire qui est magnifique aussi mais dans un autre genre, une sorte de beauté dans l'abjection et dans les contrastes) mais je ne voulais pas commencer avec un poème trop sombre… Cela dit, on pourra tout à fait la proposer en poésie de la semaine dans quelques semaines. ;)

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