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Voyage au bout de la nuit

Louis-Ferdinand Céline

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Hors ligne Ziame # Posté le 04/06/2010 à 12 h 19
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Bonjour à tous,

Le roman dont je vais vous parler aujourd'hui est en quelque sorte un coup de cœur et il y a fort à parier que ce sujet ne rende qu'une image altérée de la richesse, de la profondeur, de la réflexion qu'il contient.

Je veux parler du roman de Louis Ferdinand Auguste Destouches, dit Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, et qui fut qualifié par Paul Valéry de « livre de génie, mais criminel ».

L'histoire



Alors qu'est-ce que le voyage ? Par ce mot, L.-F. Céline fait allusion à la vie, le voyage à travers celle-ci, ses péripéties, et ce jusqu'à la mort. Le roman débute par une discussion entre Ferdinand Bardamu (le héros du roman, inspiré par le propre vécu de l'auteur) et l'un de ses amis, suite à laquelle le premier décide de s'engager dans l'armée sur un coup de tête. Cet événement marque le début du voyage avec l'entrée en guerre de la France (1e Guerre Mondiale), à laquelle, du fait de son engagement, Ferdinand Bardamu se voit contraint de prendre part. C'est au cours de cette guerre que toute la pensée ainsi que la vision du monde exprimée tout au long de la suite du roman se met en place. Dégouté par la stupidité, la vanité, l'inutilité et la cruauté de la guerre, celui-ci va tout mettre en œuvre pour quitter le front et n'y plus revenir. C'est à partir de ce moment qu'il commence à prôner la lâcheté comme moyen de survie.

S'ensuivent, après cet épisode déclencheur, moult autres péripéties, telles qu'un voyage en Afrique afin d'essayer de trouver un emploi et une nouvelle vie dans les colonies (passage dans lequel l'auteur nous dépeint l'absurdité de ces dernières, dans une vision assez anticolonialiste), suivi d'une fuite aux États-Unis, d'un retour en France, etc. Ce terme de fuite représente d'ailleurs assez bien l'idée dominante de ce roman qui est une fuite pour la vie, mais aussi une fuite de la vie.

Tout au long de cette histoire, en parallèle avec les péripéties vécues par le héros, surgit à intervalles réguliers un personnage dont Ferdinand Bardamu a fait la connaissance durant la guerre et qui va faire, au bout du compte, un bout de ce voyage au bout de la vie (et de la nuit), avec lui.

Je n'ai pas envie de développer davantage pour ne pas trop en dire sur le roman. Cela dit, il faut néanmoins ajouter une chose, c'est que ce roman, contrairement à la majorité des autres romans, n'a pas d'élément perturbateur. Les péripéties ne s'inscrivent pas dans un cheminement vers un dénouement, une nouvelle situation d'équilibre pour laquelle les problèmes du héros seraient résolus. Il ne s'agit que de la narration d'une vie sur plusieurs années, à la première personne, et accompagnée des pensées du héros, évoluant avec sa vie (c'est d'ailleurs ce dernier point qui est le plus intéressant dans ce roman, selon moi).

Le style



Les influences nihilistes



La vision du monde telle que l'exprime le héros, Ferdinand Bardamu, dans cet ouvrage est profondément imprégnée de nihilisme, voire même parfois de fatalisme. L'auteur prône la lâcheté pour survivre dans un monde devenu fou (c'est d'ailleurs en partie la cause du qualificatif employé par Paul Valéry dans la citation mentionnée plus haut, à savoir « mais criminel », et aussi la cause du rejet par beaucoup d'intellectuels de ce roman à sa publication.

Cela dit, cette vision du monde nihiliste se défend du fait de tout ce qu'a vécu l'auteur et finalement, il en résulte une réflexion profonde sur la vie, la mort et la solitude. C'est d'ailleurs dans ce dernier point que l'on peut chercher l'interprétation du titre « Voyage au bout de la nuit ». La vie est dépeinte dans ce roman comme une sorte de chute dans la nuit, et régulièrement il est fait allusion à la profondeur atteinte par le héros dans la nuit. Cette nuit pourrait se rattacher à la solitude, l'isolement et peut-être aussi la souffrance intérieure du héros, le voyage en son sein n'étant autre chose que l'écoulement de la vie.

Le style d'écriture



Un autre aspect novateur de ce roman (outre la pensée fortement nihiliste qui y est développée), est le style d'écriture. C'est un style propre à Louis-Ferdinand Céline, très oral et qui tranchait du style rédactionnel des autres œuvres de la même époque. Il s'agit d'une formulation telle que la pensée pourrait employer, telle que les petites gens utilisent dans la vie de tous les jours (et si je dis cela, c'est justement car, au cours de ses péripéties, Ferdinand Bardamu est amené à côtoyer ce que certains appelleraient des gens « issus de la France profonde » tels que la famille Henrouille).

Voici un extrait de quelques phrases pour illustrer ce style propre à Céline. Ce n'est sans doute pas l'extrait dans lequel ce style est le plus visible, mais il s'agit d'un passage connu, surtout en ce qui concerne la dernière phrase :

Citation : Extrait du Voyage au bout de la nuit
On est accablé du sujet de sa vie entière dès qu'on vit seul. On en est abruti. Pour s'en débarrasser, on essaie d'en badigeonner un peu tous les gens qui viennent vous voir et ça les embête. Être seul c'est s'entraîner à la mort.


Cette façon d'écrire peut être un peu déstabilisante au début de la lecture (je connais d'ailleurs quelqu'un qui ne supporte pas), mais globalement, je trouve que l'on s'y fait vite et finalement, cela convient bien au ton de l'histoire et à l'expression des pensées du personnage principal.

La richesse de la pensée



Comme je l'écrivais plus haut, il s'agit d'un roman fortement empreint de nihilisme et inspiré de l'expérience de l'auteur. Il en résulte une pensée que l'on s'attendrait plutôt à trouver dans une œuvre typiquement autobiographique. Cela dit, l'analyse faite par le personnage principal de la société de son époque, du monde et aussi tout simplement des gens qui l'entourent se révèle très fine, pertinente et incisive. La pensée « politiquement correcte » attendue à cette époque, en ce qui concerne notamment la guerre et les vertus comme le courage y est sévèrement, mais de manière assez objective, critiquée et le narrateur en arrive à tirer des conclusions telles que la lâcheté est nécessaire pour survivre, de même que l'abandon de son amour propre, etc. Par ce cheminement intellectuel, L.-F. Céline revient aux fondements de ce qui constitue la vie, ses besoins et ce que, selon lui, la société à produit d'inutile.

On aurait presque l'impression que cette pensée ainsi que toute l'histoire du roman est écrite, contrairement à moult autres, davantage pour l'auteur que le lecteur. Là où J.-J. Rousseau rédigeait ses Confessions pour se glorifier aux yeux de l'humanité en y relatant davantage les faits et petites erreurs qu'il commit au cours de sa vie plutôt que les pensées qui les motivèrent, ce roman accorde une place bien plus importante à la pensée du héros, à son âme en quelque sorte, plutôt qu'aux faits qui, s'ils sont narrés, demeurent secondaires au niveau de l'intérêt.

En conclusion



Je ne saurais trop conseiller à ceux qui ne l'auraient pas encore lu la lecture de ce roman. Les quelques détails ci-dessus ne rendent en aucun cas la richesse de la réflexion, de l'histoire et de la critique de la société. Ce roman, incitant à une interrogation sur soi-même, est de plus très agréable à lire et captivant. Il s'agit sans doute de l'un des meilleurs romans que j'aie pu lire jusqu'à présent.
Modifié le 03/06/2010 à 10 h 32 par vincent1870

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