Aller au menu - Aller au contenu

Centre d'aide Vous êtes ici : zCorrecteurs.fr > Les forums > Littérature > Philosophie > La valeur du préjugé > Voir le sujet

La valeur du préjugé

Les préjugés sont-ils généralement bons ?

Page : 1 
Auteur Message
0 membre et 1 visiteur.
Page : 1 
Hors ligne Belisarius # Posté le 17/05/2010 à 22 h 06
Avatar de Belisarius
Messages : 173
Membres
Bonjour,

Le sous-titre peut paraître provoquant : on a tous étudié ici en seconde et/ou en première les textes des philosophes des Lumières qui entendaient mener la lutte contre les superstitions et les préjugés, carcans pour la raison (« ai le courage de ton propre entendement »). Comment peut-on ne pas approuver une telle entreprise ?

Et j'ai pris connaissance de la philosophie de Joseph de Maistre qui réhabilite les préjugés. Joseph de Maistre est un contre-révolutionnaire de la fin du XVIIIe siècle qui prend le contre-pied des philosophes des Lumières sur quasiment tous les sujets. Il ne manque jamais d'adresser des piques, parfois amusantes, à Voltaire, Rousseau, Montesquieu ou Locke dans ses ouvrages (j'ai lu l'Essai sur le principe générateur des Constitutions et les Soirées de Saint-Pétersbourg). Pour en revenir aux préjugés, il affirme que globalement les préjugés sont utiles à l'Homme, étant la somme des expériences léguées,par les générations passées. Les préjugés constituent en quelque sorte une sagesse pratique qui possède l'avantage de reposer une base solide, car tenus à l'écart de toute discussion.

Il écrit aussi : « L'homme, pour se conduire, n'a pas besoin de problèmes, mais de croyances. Son berceau doit être environné de dogmes ; et lorsque sa raison se réveille, il faut qu'il trouve toutes ses opinions faites, du moins sur tout ce qui a rapport à sa conduite. Il n'y a rien de si important pour lui que les préjugés. Il ne signifie point des opinions fausses, mais seulement, selon la force du mot, des opinions quelconques adoptées avant tout examen. Or ces sortes d'opinion sont le plus grand besoin de l'homme » (Étude sur la souveraineté).

Aussi, pour Joseph de Maistre, rejoint par le philosophe Herder, le préjugés constituent le trésor culturel d'un peuple. « Le préjugé est bon en son temps, car il rend heureux. Il ramène les peuples à leur centre, les rattache solidement à leur souche, les rend plus florissants selon leur caractère propre, plus ardents et par conséquent aussi plus heureux dans leurs penchants et leurs buts. La nation la plus ignorante, la plus remplie de préjugés est à cet égard souvent la première. » (Herder).

Qu'en pensez-vous ?
Faut-il réhabiliter le préjugé ?

Personnellement, si je n'adhère globalement pas à la philosophie de Maistre (ultra-royaliste et ultra-catholique), sur ce point je trouve que ses arguments peuvent être reçus, notamment le fait que le préjugé est bon car conséquence de l'accumulation des expériences des générations précédentes (on devrait plutôt parler de "postjugé").
 
Hors ligne Sergeswi # Posté le 18/05/2010 à 14 h 48
Messages : 898
Membres
Je ne participerai pas au débat, je souhaite juste rectifier quelque chose : on parle bien de préjugé et on ne devrait pas parler de "postjugé", qui fait sourire.

Pourquoi ? Parce qu'un préjugé définit bien un jugement au préalable d'un individu en se basant sur des critères religieux, géographiques ou sexuels.

Seul et unique argument que j'avancerai :
Les philosophes des Lumières se sont battus pour éradiquer le racisme, la xénophobie et la discrimination sociale sous toutes ses formes, pas pour faire en sorte que les Français ne soient plus vus comme des grenouilles mangeuses d'oignon, de fromages, qui vivent tous à Paris et boivent du vin en hurlant "Bon appétit".
 
Hors ligne Serrazelgobaa # Posté le 18/05/2010 à 18 h 09
J'ai le Q.I. cuit !
Avatar de Serrazelgobaa
Messages : 121
Groupe : zAnciens
Voilà un débat intéressant :) .

Déjà, je souhaiterais émettre une petite réserve en ce qui concerne le message de Sergeswi : les préjugés ne sont pas obligatoirement portés contre un ou plusieurs individu(s). On peut avoir des préjugés contre un objet, un certain mode de pensée, une époque particulière... contre n'importe quoi, en somme. Ils ne se limitent pas au racisme sous toutes ses formes ou au rejet d'une partie d'une société.
Une simple blague sur les blondes, par exemple, même si elle n'est pas offensante à la base, est basée sur un préjugé, même si celui qui la raconte n'a rien contre les blondes ^^ .

Pour en revenir au débat initial, je suis d'accord avec Joseph de Maistre sur certains points, notamment sur le fait que les préjugés sont autant d'expériences vécues par le passé qui peuvent éviter de renouveler certaines erreurs dans le présent. À partir du moment où l'être humain est un animal grégaire, il doit savoir faire confiance à ses pairs pour avancer.

Mais l'Homme doit être également capable de pouvoir penser seul, d'oublier ses idées préconçues, pour découvrir le monde d'un œil neuf, et ainsi de comparer ce qu'il a vécu avec ce que d'autres ont eu l'occasion de voir par eux-mêmes.

Je pense que les préjugés peuvent renforcer les différences entre les gens, ce qui est une bonne chose car c'est en constatant que la personne à qui l'on s'adresse est différente de soi, que l'on va s'intéresser à elle, vouloir s'enrichir de sa différence etc.

Après, les préjugés peuvent, bien évidemment, être dangereux pour ceux qui ne savent pas penser par eux-mêmes et qui ne se rendent pas compte que les idées reçues ont parfois leurs limites, que certaines d'entre elles sont fausses et/ou insultantes.

Le caractère « … » a été inséré dans (presque) tous les formulaires de ce site… pourquoi ne pas l'utiliser pour remplacer les trois points « ... » ? :ange:
 
Hors ligne Sergeswi # Posté le 18/05/2010 à 18 h 51
Messages : 898
Membres
Tu n'as pas saisi mon message, je vais donc être explicite.

Les philosophes des Lumières ont combattu des fléaux énormes de la société : discriminations religieuses, ethniques, sexuelles, j'en passe ! On n'est pas dans le petit stéréotype amusant du XXIe ! Le message de thibaultg est clair : je ne crois pas que des hommes comme Diderot ou D'Alembert déployaient des moyens considérables pour que les blagues sur l'homosexualité présumée des Jésuistes cessent (comme aujourdh'ui on se moque des blondes), certainement pas ! Ils défendaient de nobles causes, pas de simples préjugés qui servaient de thèmes de discussion dans les salons.

Je suis en revanche peu d'accord avec "Je pense que les préjugés peuvent renforcer les différences entre les gens, ce qui est une bonne chose car c'est en constatant que la personne à qui l'on s'adresse est différente de soi, que l'on va s'intéresser à elle, vouloir s'enrichir de sa différence etc."
Si l'on est suffisamment curieux et ouvert, les stéréotypes n'interviennent en rien dans l'idée que l'on se fait d'une culture.
Modifié le 18/05/2010 à 18 h 52 par Sergeswi
 
Hors ligne Serrazelgobaa # Posté le 18/05/2010 à 19 h 22
J'ai le Q.I. cuit !
Avatar de Serrazelgobaa
Messages : 121
Groupe : zAnciens
Contrairement à ce que tu penses, j'ai parfaitement compris ton message, et je suis d'accord avec la plupart de tes propos. La seule phrase que j'ai souhaité contredire dans mon précédent message était celle-ci :

Citation
Pourquoi ? Parce qu'un préjugé définit bien un jugement au préalable d'un individu en se basant sur des critères religieux, géographiques ou sexuels.

Car je pense que les préjugés ne s'adressent pas forcément à une personne. Ils peuvent concerner un animal, un objet, ou n'importe quoi d'autre.

Quant à mon exemple sur les blondes, je l'ai employé pour montrer que les préjugés sont partout, même dans les textes les plus anodins. Il n'y avait donc pas de volonté de ma part de critiquer les idéaux des Lumières ou de m'en moquer.
Modifié le 18/05/2010 à 19 h 26 par Serrazelgobaa

Le caractère « … » a été inséré dans (presque) tous les formulaires de ce site… pourquoi ne pas l'utiliser pour remplacer les trois points « ... » ? :ange:
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 18/05/2010 à 19 h 48
Avatar de Belisarius
Messages : 173
Membres
Citation : Sergeswi
Tu n'as pas saisi mon message, je vais donc être explicite.

Les philosophes des Lumières ont combattu des fléaux énormes de la société : discriminations religieuses, ethniques, sexuelles, j'en passe ! On n'est pas dans le petit stéréotype amusant du XXIe ! Le message de thibaultg est clair : je ne crois pas que des hommes comme Diderot ou D'Alembert déployaient des moyens considérables pour que les blagues sur l'homosexualité présumée des Jésuistes cessent (comme aujourdh'ui on se moque des blondes), certainement pas ! Ils défendaient de nobles causes, pas de simples préjugés qui servaient de thèmes de discussion dans les salons.

Je suis en revanche peu d'accord avec "Je pense que les préjugés peuvent renforcer les différences entre les gens, ce qui est une bonne chose car c'est en constatant que la personne à qui l'on s'adresse est différente de soi, que l'on va s'intéresser à elle, vouloir s'enrichir de sa différence etc."
Si l'on est suffisamment curieux et ouvert, les stéréotypes n'interviennent en rien dans l'idée que l'on se fait d'une culture.


En aparté, les philosophes des Lumières cultivaient un mépris énorme pour la "populasse" qu'ils comparaient à des bêtes (même Voltaire décrivait Calas dans ses correspondances comme un imbécile). Ils se considéraient comme un groupe à part dont les principes ne pouvaient s'appliquer à tous.

En suite, tous les préjugés ne sont pas "vrais"; mais en terme de probabilités, il y a des chances qu'ils le soient. Bien sûr, ils ne sont quasiment jamais exacts mais l'expérience permet de les nuancer. Tous les préjugés ne portent pas non plus des jugements négatifs ("les Chinois sont des bosseurs", "lui à l'air vraiment intelligent", etc.).

Je vois aussi dans les préjugés un moyen de défense ("ce type a l'air louche"). Etant la somme d'expériences vécues, comme le dit Serrazelgobaa, il permet de ne pas renouveler certaines erreurs ("la colonisation est en soi un principe mauvais", "la liberté d'expression doit être défendue", etc.). Un peu comme la xénophobie, voire le racisme qui sont aussi - quoi qu'on en dise - des réactions de défense naturelle, qui relèvent de l'instinct de conservation, non pas au niveau individuel mais au niveau du groupe ethnique. Réactions qui coulent de source dans quasiment tous les pays non-occidentaux du monde. Ce sont des préjugés dont une société ne peut pas se détacher (il faudra m'expliquer comment on peut avoir la volonté d'interdire la xénophobie qui est un sentiment, ce serait comme vouloir interdire l'amour ou la tristesse. Mais c'est un autre débat).
Modifié le 18/05/2010 à 20 h 02 par Belisarius
 
Hors ligne Sergeswi # Posté le 19/05/2010 à 12 h 25
Messages : 898
Membres
Mettre sur le même plan la xénophobie et des sentiments humains tels que l'amour et la tristesse, c'est extrêmement choquant.

Et puis il serait temps que tu cites tes sources, parce que dire que « les philosophes des Lumières cultivaient un mépris énorme pour la "populasse" » sans preuve, c'est inintéressant.
Modifié le 19/05/2010 à 12 h 30 par Sergeswi
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 19/05/2010 à 13 h 12
Avatar de Belisarius
Messages : 173
Membres
Citation : Sergeswi
Mettre sur le même plan la xénophobie et des sentiments humains tels que l'amour et la tristesse, c'est extrêmement choquant.

Et puis il serait temps que tu cites tes sources, parce que dire que « les philosophes des Lumières cultivaient un mépris énorme pour la "populasse" » sans preuve, c'est inintéressant.


« La multitude des bêtes appelés hommes, comparée avec le petit nombre de ceux qui pensent, est au moins dans la proportion de cent à un chez beaucoup de nations » (Voltaire, Questions sur l'Encyclopédie, 1771).

« il n'y a qu'un très petit nombre d'individus de l'espèce humaine qui jouissent réellement de la raison ou qui aient les dispositions et l'expérience qui la constituent » (d'Holbach, Système de la Nature, 1770).

« [Le monde] est un composé de fripons, de fanatiques et d'imbéciles, parmi lesquels il y a un petit troupeau séparé qu'on appelle la bonne compagnie; ce petit troupeau étant riche, bien élevé, instruit, poli, est comme la fleur du genre humain : c'est pour lui que les plaisirs honnêtes sont faites » (Voltaire, Conversation de M. l'intendant des Menus en exercice M. l'abbé Grizel, 1761).

« Ce qui est bon pour deux ou trois personnes sensées ne l'est point pour le grand nombre » (Voltaire à Thiérot, 21 juin 1741).

« L'essentiel est d'être bien avec soi-même et de regarder le public comme des chiens qui tantôt nous mordent, tantôt nous lèchent » (Voltaire au duc de Richelieu, 25 mars 1775).

La nation des Juifs est « composée de ladres, de galeux, de rogneux, d'usuriers, de filous, dont le dieu de l'Univers, éperdu de ses belles qualités, est tombé amoureux » (d'Holbach, Théologie portative, 1758).

Sur Calas : « Les Calas sont, comme vous l'avez peut-être déjà ouï dire, des protestants imbéciles » (Voltaire à d'Argence, 1762).

Regarder aussi cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=GSQT […] mbedded#at=20

Et encore, ce n'est que des enfantillages par rapport aux mots très durs qu'il adressait aux Noirs, mots qu'il serait inconcevable de prononcer aujourd'hui (racisme anti-noir occulté alors que l'on nous rabat les oreilles au lycée avec l'esclave de Surinam).

Bilan à tirer : même les philosophes des Lumières avaient leurs "préjugés".


Sinon, étymologiquement "xénophobie" est la "peur de l'étranger"; et à la peur est un sentiment comme l'amour, la tristesse ou la haine. Comment interdire un sentiment ?
Modifié le 19/05/2010 à 13 h 28 par Belisarius
 
Hors ligne Gorpovitch # Posté le 22/05/2010 à 11 h 14
Avatar de Gorpovitch
Messages : 78
Membres
@thibaultg : visiblement tu n'as pas compris : on ne t'interdit pas d'avoir un sentiment xénophobe.
On n'a jamais demandé d'interdire un sentiment, mais de ne pas agir contre la liberté et l'égalité individuelle.
Honnêtement, il n'est pas interdit de penser que telle ou telle soit-disant "race" est dangereuse, moins bien, ou je ne sais quoi : ce qui est interdit, c'est 1) de l'exprimer, et 2) d'agir en sa faveur, car ces deux actions nuiraient fortement (très fortement) à d'autres.

Sais tu qu'insulter quelqu'un est passible de poursuites ?


Oui, les philosophes avaient leurs préjugés, bien sûr. Qui n'en n'a pas ? Mais ce qui est important c'est qu'ils se battaient pour la tolérance, et pas l'abolition des préjugés. La tolérance.

Ah et au fait, c'est populace, et pas populasse...
Modifié le 22/05/2010 à 11 h 16 par Gorpovitch

Pourquoi j'aime ce forum : parce qu'on y trouve la même passion qu'au SdZ, avec des gens plus triés sur le volet, tout cela en plus convivial...
 
Hors ligne souls killer # Posté le 24/05/2010 à 13 h 42
J'en parlerai à mon lama
Avatar de souls killer
Messages : 714
Groupe : zAnciens
Citation : Gorpovitch

On n'a jamais demandé d'interdire un sentiment, mais de ne pas agir contre la liberté et l'égalité individuelle.
Honnêtement, il n'est pas interdit de penser que telle ou telle soit-disant "race" est dangereuse, moins bien, ou je ne sais quoi : ce qui est interdit, c'est 1) de l'exprimer, et 2) d'agir en sa faveur, car ces deux actions nuiraient fortement (très fortement) à d'autres.

En fait, c'est une question que je me suis déjà posée à de nombreuses reprises : certaines pensées sont-elles interdites ? Évidemment, d'un point de vue de la législation, c'est impossible, tout simplement parce qu'on ne peut pas connaître les opinions des gens s'ils ne les expriment pas. Pourtant, je pense que si on avait le moyen d'interdire aux gens de penser certaines choses, on le ferait. Après tout, les propos xénophobes ne sont rien de plus que l'expression de la xénophobie. De fait, pourquoi serait-il permis d'avoir des pensées xénophobes mais interdit de tenir de tels propos ? C'est, je pense, uniquement un problème de moyen, mais dans le principe l'interdiction des propos intolérants se veut avant tout et surtout être l'interdiction des pensées intolérantes. La difficulté réside dans l'éviction de telles idées. On peut légitimement penser qu'une idée non-exprimée finit par s'évanouir, donc que l'interdiction d'exprimer les idées néfastes est une façon de lutter contre les idées elles-même. Ainsi, les lois interdisant de tenir des propos diffamants, racistes, etc. sont avant tout des lois visant à empêcher les gens d'avoir des idées diffamatoires et racistes.

Bien sûr, il y a également le problème moral. Il est beaucoup plus compliqué et il se pose à la fois au niveau individuel ( « Puis-je légitimement avoir telle opinion ? » ) et au niveau législatif ( « Est-il objectivement légitime d'interdire aux gens d'avoir telle opinions ? » ). Le problème moral qui se pose à titre individuel est grandement sujet à la subjectivité, et c'est pour cette raison, à mon avis, que la loi joue un rôle clé dans la question des préjugés. L'État (au sens de l'entité qui érige les lois) est chargé de trouver quelles sont les pensées objectivement néfastes à l'humanité. Une personne qui aurait une vision de l'homme néfaste à l'humanité risque, d'une part de se porter préjudice à lui-même, et d'autre part à porter préjudice à l'espère humaine tout entière. Or, l'État a la faculté de ne plus faire partie de la société (cf. la philosophie de Hegel), mais d'être composé par les citoyens. Les citoyens désignent certains d'entre eux pour composer les lois, et à partir de cet instant, les ciroyens acceptent que ceux qu'ils ont désignés s'attèlent à la construction de ce que doit être la pensée collective. C'est pour cette raison que les lois ont un rôle fondamental à jouer dans l'interdiction de certaines pensées… Et c'est l'État qui définit quelles sont les pensées en question : celles-ci sont alors forcément et indubitablement néfaste (étant donné que c'est l'ensemble des citoyens qui délèguent leur pouvoir de décision à l'État, ce dernier agit toujours dans l'intérêt des citoyens − là encore, référez-vous à la la philosophie politique de Hegel − car c'est précisément pour cette raison qu'il a statut d'État).
Modifié le 24/05/2010 à 14 h 43 par souls killer

La ligne droite est le plus long chemin d'un point à un autre. — Théorème mathématique shadok.
 
Hors ligne Gorpovitch # Posté le 24/05/2010 à 21 h 39
Avatar de Gorpovitch
Messages : 78
Membres
@souls killers
Non, non et non !
C'est un principe fondamental de notre régime politique : la liberté. Tu es libre de penser ce que tu veux. :)
Evidemment, normalement. tu es libre de faire ce que tu veux, mais dans la limite de notre loi qui dit en gros "nuire à autrui est interdit".
Donc, tu as le droit de faire ce que tu veux tant que ça ne nuit pas à autrui (là encore, grosso modo). Penser ne nuit à personne.
L'expression de la xénophobie (insultes, etc.) nuit à autrui. Avoir des pensées xénophobes, non. C'est une différence qui fait tout.
Modifié le 24/05/2010 à 21 h 40 par Gorpovitch

Pourquoi j'aime ce forum : parce qu'on y trouve la même passion qu'au SdZ, avec des gens plus triés sur le volet, tout cela en plus convivial...
 
Hors ligne souls killer # Posté le 26/05/2010 à 11 h 28
J'en parlerai à mon lama
Avatar de souls killer
Messages : 714
Groupe : zAnciens
On n'a sans doute pas la même définition du mot liberté. Dans les questions philosophiques, je ne définis pas la liberté comme étant la possibilité de faire ce que l'on veut (à noter que « faire » peut également être l'action de la pensée, et pas forcément du corps), ni même la possibilité de faire ce que l'on veut tant que « ça ne nuit pas à autrui » (pour reprendre tes propos), mais plutôt comme la capacité de faire ce que l'on doit vouloir. Et si tu y réfléchis, c'est exactement ce qui se passe : tout ce que l'on doit vouloir est ce qui nous est bénéfique… Et nous avons justement le droit de faire ce qui nous est bénéfique. À l'inverse, ce qui est néfaste fait partie de ce que l'on ne doit pas vouloir ; et dès l'instant où on a le droit de faire ce qui nous est néfaste, on est privés de liberté (c'est logique ;) ). C'est pour cette raison que penser ce que l'on veut n'est pas une preuve de liberté.

Par contre, avoir le droit de penser ce que l'on *doit* penser est une preuve de liberté. Et pour être encore plus précis, je devrais même dire que la liberté c'est l'impossibilité de penser ce que l'on ne doit pas penser. Mais comme les législations ne peuvent pas interdire la pensée de façon formelle, elles interdisent l'expression des pensées néfastes. Or, les pensées non-exprimées finissent forcément par s'évanouir.

EDIT : Je viens de m'apercevoir que j'avais confondu deux philosophes dans mon post précédent. Je ne faisais pas référence à Hegel, mais à Hobbes.
Modifié le 26/05/2010 à 11 h 30 par souls killer

La ligne droite est le plus long chemin d'un point à un autre. — Théorème mathématique shadok.
 
Hors ligne Gorpovitch # Posté le 26/05/2010 à 20 h 23
Avatar de Gorpovitch
Messages : 78
Membres
Tout ton raisonnement se pose sur la phrase : la liberté est la capacité de faire ce que l'on doit vouloir... Or, je ne suis pas d'accord :)

Liberté selon à peu près tout le monde sur le Web : --> La liberté est la faculté d'agir selon sa volonté en fonction des moyens dont on dispose sans être entravé par le pouvoir d'autrui.

Agir selon sa propre volonté; aucun concept de ce qu'on doit vouloir ou ce qu'on doit penser.
Si on commence à dire "tu dois penser ça", le régime sombre dans la dictature et le bourrage de crâne, or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas, heureusement :) , selon moi (ne sombrons pas dans la théorie du complot...)

Pourquoi j'aime ce forum : parce qu'on y trouve la même passion qu'au SdZ, avec des gens plus triés sur le volet, tout cela en plus convivial...
 
Hors ligne souls killer # Posté le 27/05/2010 à 18 h 51
J'en parlerai à mon lama
Avatar de souls killer
Messages : 714
Groupe : zAnciens
Je préfère ne pas trop de fier à l'opinion « d'à peu près tout le monde sur le Web ». :-°

En fait, tu dis que la liberté c'est « La liberté est la faculté d'agir selon sa volonté […] sans être entravé par le pouvoir d'autrui. ». Mais qu'est ce qui te permet d'affirmer que, dans ce cas, on ne risque pas d'agir en contradiction avec ce qui nous est bénéfique ? Si on se retrouve dans cette situation, on a l'impression d'être libre puisqu'on fait ce que l'on veut… Alors que ce que l'on fait nous est néfaste. Peut-on réellement penser que l'on est libre si on fait des choses qui ne sont pas bonnes pour nous ?

En réalité, ce que l'on doit vouloir n'est ni plus ni moins que ce qui nous est bénéfique ! Celui qui est libre a donc la capacité de vouloir ce qui est bon pour lui. Et notons que ce qui est bon pour un individu ne l'est pas pour tous. C'est donc le rôle de l'État de fixer ce qui n'est bon pour personne. Parmi les pensées « restantes », chacun peut choisir celles qu'il veut.

Citation
Si on commence à dire "tu dois penser ça", le régime sombre dans la dictature et le bourrage de crâne, or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas, heureusement

En vrai, on en dit pas aux gens ce qu'ils doivent penser, mais on leur interdit d'exprimer certaines pensées. Ces dernières s'effacent alors d'elles-mêmes, sans pour autant que l'on impose aux gens de les effacer de leur esprit. De toutes façons, on ne peut pas obliger les gens à penser, on ne peut que les obliger à agir.
Modifié le 27/05/2010 à 19 h 02 par souls killer

La ligne droite est le plus long chemin d'un point à un autre. — Théorème mathématique shadok.
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 27/05/2010 à 22 h 04
Avatar de Belisarius
Messages : 173
Membres
Citation : Gorpovitch
tu es libre de faire ce que tu veux, mais dans la limite de notre loi qui dit en gros "nuire à autrui est interdit"


Pas grand chose à dire sur les posts précédents, sauf peut-être cette définition de la liberté qui me paraît assez médiocre car elle place les libertés dans un cadre concurrentiel.
Exemple tiré de l'actualité : la femme qui porte une burka nuit-elle à autrui (non-visibilité du visage, provocation visuelle entre autres) ou est-ce celui qui souhaite interdire la burka qui nuit aux femmes qui la porte ? (liberté de porter la burka vs liberté de ne pas être importuné par la burka)

Citation : Gorpovitch
Si on commence à dire "tu dois penser ça", le régime sombre dans la dictature et le bourrage de crâne, or, aujourd'hui, ce n'est pas le cas, heureusement


Pas besoin d'être parano, il suffit d'ouvrir les livres d'éducation civique de collège (j'en ai plein chez moi grâce à la profession d'un membre de ma famille) : frises chronologiques représentant les luttes sociales dans l'Histoire, de l'abolition de l'esclavage au droit des femmes (légitime) avec aujourd'hui la régularisation de tous les sans-papiers (!), la couverture des livres avec le slogan "Liberté, solidarité, diversité" (on a encore le droit d'être contre la diversité sans être traité de fasciste ?) et puis l'éternelle double-page sur le 21 avril 2002 avec souvent une question du genre "Qui est élu président de la République ? Pourquoi peut-on dire que c'est une victoire pour la démocratie ?" (superbe neutralité).
Modifié le 27/05/2010 à 22 h 20 par Belisarius
 
Hors ligne souls killer # Posté le 29/05/2010 à 12 h 11
J'en parlerai à mon lama
Avatar de souls killer
Messages : 714
Groupe : zAnciens
Citation : Belisarius
Pas besoin d'être parano, il suffit d'ouvrir les livres d'éducation civique de collège (j'en ai plein chez moi grâce à la profession d'un membre de ma famille) : frises chronologiques représentant les luttes sociales dans l'Histoire, de l'abolition de l'esclavage au droit des femmes (légitime) avec aujourd'hui la régularisation de tous les sans-papiers (!), la couverture des livres avec le slogan "Liberté, solidarité, diversité" (on a encore le droit d'être contre la diversité sans être traité de fasciste ?) et puis l'éternelle double-page sur le 21 avril 2002 avec souvent une question du genre "Qui est élu président de la République ? Pourquoi peut-on dire que c'est une victoire pour la démocratie ?" (superbe neutralité).


Oui, mais après ce genre de questions fait appel à l'esprit critique des lecteurs. La question « Pourquoi peut-on dire que c'est une victoire de la démocratie » peut très bien être traduite par « Dans quelles mesures peut-on dire que c'est une victoire pour la démocratie ? ». Cela permet de problématiser la question, donc de la rendre plus intéressante et plus riche.

La ligne droite est le plus long chemin d'un point à un autre. — Théorème mathématique shadok.
 
Hors ligne Malo # Posté le 30/06/2010 à 18 h 25
Avatar de Malo
Messages : 8
Membres
Bonjour à tous ! :p
Ce débat me paraît très intéressant, j'aimerais ainsi vous présenter les diverses réflexions que j'ai pu faire sur le sujet.
Tout d'abord, il me paraît utile d'analyser de façon précise la "question" qu'a posée thibaultg : "Les préjugés sont-ils généralement bons ?".
L'expression primordiale, à mon sens, est "bon préjugé". On peut en effet tout d'abord s'attacher à déterminer la "bonté" d'un préjugé en différenciant trois acceptations sémantiques pour le concept de "bon" : une conception morale, une acceptation plus "pratique" (un préjugé "bon" peut-il être utile, servir à quelque chose, apporter et ce aussi sur le plan moral quelque chose ?) et enfin être bon, c'est également pouvoir être valide : autrement dit, le préjugé se vérifie-t-il ?
Tout d'abord, si l’on accepte l’idée que le jugement est un acte de la pensée, un entendement du monde, le préjugé va constituer une pré pensée, dans ce rapport sensible donc non raisonné qu’il entretient avec le monde. C’est le trait d’union qui s’instaure entre l’instinct et la pensée ; la « pensivité » en quelque sorte (néologisme utilisé par quelques éthologues, pour désigner une forme de pré pensée chez certains animaux qui ne préfigure pas un accès à un mode de penser supérieur mais qui traduit une forme de « conscience » du monde). Le préjugé est alors la matière à partir de laquelle le jugement se forme. Le préjugé est donc bon, d’un point de vue éthique, car il sert sa propre nature qui consiste à devenir jugement. Le jugement étant considéré comme une appréciation raisonnée sur le monde. Cette explication du monde -cette vérité du monde -n’est pas accessible immédiatement et repose, entre autre, sur un processus intellectuel qui s’élabore « chemin faisant ». Le préjugé devient alors indispensable à la construction du jugement. Cela peut éventuellement procurer un élément de réponse à la double question : « est-ce que c’est bon d’avoir des préjugés ? ». Oui, en tant qu’ils aident à la construction du jugement. « Y a-t-il de bons préjugés ? ». Cela dépend de leur pertinence par rapport à la réalité du monde ! Cela n’est pas un attribut intrinsèquement bon ou mauvais. Il ne devient bon ou mauvais qu’en fonction de la façon dont on l’utilise.
Toutefois, Les préjugés sont une simplification du réel. Cela explique d’ailleurs partiellement pourquoi ils perdurent ; parce que c’est une pré pensée ou une pensée pré fabriquée qui donne accès au monde, de manière simplifiée, voire simpliste. L’Homme ne crée pas toujours de la pensée et du raisonnement, et notre paresse naturelle nous incite vraisemblablement à nous satisfaire de cet état. Ce qui est dangereux c’est que le préjugé perdure car il bloque notre pensée et notre relation à la chose en question. Un préjugé est une idée toute faite, une illusion de la réalité. C’est un construit « historique » qui rend compte, justement ou de façon erronée, d’une situation qui se transmet par les générations, au point de ne plus correspondre à la réalité contemporaine. Un préjugé est un jugement a priori, néfaste, car il constitue une certitude, sans vécu et sans validation. Pourquoi une certitude serait elle a priori néfaste ? Parce qu’elle supprime le doute. Elle inhibe alors la curiosité et le dépassement de l’état présent. Pour ce qui est du vécu, la maïeutique socratique ne considère t-elle pas que la pensée d’une chose se construit par analogies et associations d’idées, plus que par l’expérience vécue ? En revanche, l’absence de validation semble indiquer que le préjugé est indépassable car il structure la pensée définitivement. Il est donc à craindre que le préjugé ne devienne une condamnation sur laquelle on ne puisse pas revenir. Le préjugé est la traduction d’une peur intérieure. Il permet de ne pas se confronter à une réalité angoissante et devient ainsi inhibiteur d’action et de réflexion. C’est sur ce type d’association mécanique, préjugé et généralisation, que s’appuient la propagande pour servir le racisme. Préjuger, c’est déjà juger et donc, cela évite le jugement qui est déjà établi avant même d’avoir réfléchi à la question.
On ne peut pas dire qu’un préjugé soit vrai ou faux car il relève d’une appréciation subjective du monde et donc d’une représentation personnelle. Il est dangereux que chacun reste dans sans vérité. Indépendamment du fait qu’il puisse exister une réalité objective du monde, si l’on ne sort pas de sa vérité subjective, alors on ne peut plus communiquer. Les tentatives pour se mettre d’accord, ensemble, seront toujours vaines et cela ouvre sur le règne de la barbarie.
On peut en fait se poser la question suivante : comment se placent subjectivité et préjugés dans l’approche de la vérité ? Tout dépend peut être de notre conception de la vérité : chacun a-t-il sa vérité propre ou existe-t-il une vérité transcendantale ?
Enfin, force est de reconnaître qu'il est presque impossible de penser, tout du moins au début tout du moins, sans préjugés : un enfant sans base de pensée préalable peut-il construire sa vie sans préjugés ?
Ceci reste à discuter...
Bonne soirée à tous ! J'espère ne as avoir été ennuyant ^^
 
Hors ligne Belisarius # Posté le 30/06/2010 à 18 h 51
Avatar de Belisarius
Messages : 173
Membres
Citation : Malo
On peut en fait se poser la question suivante : comment se placent subjectivité et préjugés dans l’approche de la vérité ? Tout dépend peut être de notre conception de la vérité : chacun a-t-il sa vérité propre ou existe-t-il une vérité transcendantale ?
Enfin, force est de reconnaître qu'il est presque impossible de penser, tout du moins au début tout du moins, sans préjugés : un enfant sans base de pensée préalable peut-il construire sa vie sans préjugés ?
Ceci reste à discuter...


Ca c'est ce qui s'appelle un raisonnement bien construit. J'ai vu que tu n'es qu'en Première, je sens que tu vas cartonner en philo en Terminale. :p
 
Hors ligne Malo # Posté le 30/06/2010 à 18 h 55
Avatar de Malo
Messages : 8
Membres
Je te remercie beaucoup thibaultg ! La philosophie m'intéresse en effet, je passe en première S à la rentrée et suis pressé d'être en terminale pour progresser.
 

Retour au forum Philosophie ou à la liste des forums