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Si c'est un homme

Primo Levi

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Hors ligne Kanwa # Posté le 01/01/2010 à 19 h 13
Fan de philo :)
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Messages : 23
Membres
Bonjour,

Il y a peu de temps, nous devions lire Si c'est un homme de Primo Levi et je dois répondre à une question sur l'oeuvre :
En quoi la narration est-elle argumentative ? Quelle idée défend/critique l'auteur ?
J'ai pensé à : une réflexion sur la nature humaine, la condition d'un homme, une écriture dépassionnée, sans pathos.
Auriez-vous par hasard d'autres idées ?

 
Hors ligne Ziame # Posté le 01/01/2010 à 20 h 04
Arx Tarpeia Capitoli proxima
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Messages : 11523
Groupe : Administrateurs
Bonsoir,

J'ai lu ce roman / témoignage il y a assez longtemps, mais je vais quand même essayer de répondre.
Par la description qu'il fait de la vie en camp de concentration (qui est, si je me souviens bien, une description sans avis personnel ni message de haine de sa part, bref une description assez objective) et des atrocités subies par les détenus, il argumente d'une certaine manière contre ce système, le génocide des juifs / communistes / opposants au parti. En montrant les atrocités qu'il a lui-même vécues, il fait ressortir toute l'horreur de ce génocide et cela fait comprendre au lecteur le danger des méthodes employées par les régimes totalitaires et extrémistes. D'ailleurs, comme le disait Primo Levi lui-même : « Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre. » (et donc en aidant à garder le détail de ces événements en mémoire, il essaye de faire en sorte qu'on ait pas à les revivre). Donc l'argumentation se situerait, selon moi, à ce niveau.

Après, comme tu l'as fait remarquer, il y a bien entendu tout ce qui concerne la nature humaine, ce que l'on peut être amené à faire ou à devenir face à ces conditions pour survivre, la déshumanisation extrême des détenus par les procédés employés par les Nazis, etc.

Cordialement. :)

Si vous aimez écrire et que vous avez des choses à dire sur l'un des thèmes que couvre notre blog, n'hésitez pas ! ;)
 
Hors ligne Kanwa # Posté le 02/01/2010 à 10 h 54
Fan de philo :)
Avatar de Kanwa
Messages : 23
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Merci de ta réponse.
J'ai aussi trouvé ceci sur le Net : cela vous paraît-il coller au sujet ?

Citation : Lettres Versailles

Une écriture atypique
Dans la littérature concentrationnaire
On retrouve chez Levi une caractéristique propre à toute la littérature concentrationnaire : un regard particulièrement curieux et aigu porté sur différentes sortes et différents niveaux de réalité.

- Pour le regard particulièrement curieux et aigu, on peut se reporter dans Si c’est un homme à la minutie de certains détails (cf. la description de la veillée funèbre, de la bourse, de son intégration au Kommando 30, du K.B. ...). C’est le regard d’un témoin qui a voulu graver son expérience dans sa mémoire.
On peut aussi rappeler que Levi commence à consigner ses observations, ses souvenirs, en cachette, au laboratoire de la Buna, comme s’il ne voulait rien perdre des détails qu’il a encore en mémoire.

- Un regard curieux et aigu donc, posé sur différentes sortes et différents niveaux de réalité.
Ainsi, Levi porte son regard tant sur le monde allemand que sur le monde des déportés. Le Kapo Alex, Pannwitz, les S.S. dont les ombres planent sur le camp, les femmes du laboratoire, sont autant de figures permettant de croquer ce monde là, celui de l’autre côté de la paroi de l’aquarium.
# l rend compte de la réalité physique du Lager . Il insiste sur les sensations physiques du froid, de la faim, de la souffrance, explique que les mots ne peuvent rendre compte de la réalité de ces sensations telles qu’elles ont été physiquement ressenties. Il fait vivre la déchance physique des déportés, par ses descriptions, par les effets de zoom qu’il opère sur tel ou tel compagnon de déportation : Kraus, Kuhn ...
# Levi s’attache également à la réalité psychique du Lager . Le chapitre le plus représentatif est Nos nuits puisqu’il y évoque les angoisses qui se cristallisent en des cauchemars par tous répétés. Dans le chapitre consacré à la corvée de soupe, Levi se donne comme spécimen pour étudier la réalité psychique du Lager. Il montre comment c’est là, pour l’esprit, l’occasion d’échapper au Lager, à son système, et de se reconstruire en faisant rejaillir dans le présent du Lager, dans le désert du Lager, le passé avec sa culture.
# Levi rend compte finalement de la réalité au niveau de la conscience. Il est son propre cobaye et il essaie de faire apparaître comment le Lager a été vécu depuis l’intérieur de sa conscience (cf. étude sur la portée de l’oeuvre). L’étude des passages de monologue intérieur est à ce sujet intéressante.
Ce que Levi ajoute à ces caractéristiques de l’écriture concentrationnaire
Mais, Levi ajoute à cela :

- un point de vue :

* le point de vue du scientifique qui observe et analyse.
* le point de vue du penseur qui réfléchit l’expérience.

- une voix : la voix d’un formidable conteur qui élabore des récits intercalés denses qui font revivre la scène dans le présent de l’écriture et de la lecture.
Dans l’écriture mémorialiste
L’oeuvre de Levi ressort à l’écriture mémorialiste.

C’est une oeuvre de témoignage du fait du référent - clairement identifiable -, un témoignage en direct, du fait de la période couverte et du moment de la composition de l’oeuvre.

Comme tout mémorialiste, Levi est un témoin méticuleux qui se propose un champ d’observation strictement délimité, comme l’atteste le bornage chronologique de l’oeuvre. Il emprunte au genre mémorialiste ses catégories formelles : le « je », la référence au présent de l’écriture, un récit qui se présente tout entier comme une analepse.

Si c’est un homme, comme toute oeuvre qui relève de l’autobiographie, présente un « je écrivant » qui se penche sur le moi devenu ainsi un autre parce que mis à distance par et dans l’écriture. Levi écrivant en 46-47 porte son regard sur le déporté qu’il a été en 44-45 (travail sur le jeu des voix dans l’oeuvre, cf. un récit autobiographique).
Mais, la référence au présent de l’écriture est évanescente, essentiellement au début et à la fin de l’oeuvre.

Dès le deuxième chapitre, la distance qui sépare le présent de l’écriture du passé vécu, le je du moi, est abolie. Est abolie la distance temporelle. De fait, le présent prend la relève comme temps du récit. L’écriture colle alors à l’événement. Le lecteur entre ainsi de plain pied dans le présent de la réalité vécue.
En définitive, Si c’est un homme se présente comme un discours à la composition remarquable.
Au-delà de la linéarité du temps qui a passé, Levi présente cette tranche de vie comme une masse temporelle finie, étanche.

Il transmet du coup la logique et le code de l’anéantissement qui soustend le programme concentrationnaire. Levi fait se fondre structure et signification.
Si c’est un homme tient de ce point de vue une place à part dans la production de Levi.

Dans les autres oeuvres, l’écriture du mémorialiste est à maturité. Il se joue des catégories formelles. Mais ici, l’écriture du mémorialiste est dans sa phase de première élaboration.

Le système des temps n’est pas uniforme. Les zones du passé et du présent s’articulent de façon non transparentes. Ce sont finalement des indices de l’inquiétude et du désarroi de celui qui écrit. L’écriture devient ainsi, en même temps, la mise en mémoire de l’état de conscience, de métamorphose, de renaissance de celui qui écrit dans le temps même de l’écriture.
Ecrire le silence
Une écriture en retrait

Levi écrit un ton en dessous par rapport à ses émotions, par rapport au message qu’il tend à faire passer. Deux explications sont récurrentes. Levi est piémontais, il est un homme des montagnes, réservé, peu expansif. De plus, il est chimiste. Levi revendique le modèle d’écriture que peut constituer le rapport de fin de semaine.

L’écriture de Levi est d’une grande retenue, d’une grande sobriété. La voix est calme, certes, mais riche en pathos.

C’est la narration elle-même qui fait la rhétorique. Levi a de grandes qualités de narrateur. Il peint des personnages vrais et reconstruit l’ambiance de l’univers concentrationnaire.
Les réseaux lexicaux

Les réseaux lexicaux sont le moyen utilisé par Levi pour faire se fondre structure et signification, récit et analyse. C’est ainsi que Levi, tout à la fois, raconte, explique et réfléchit les camps.

- Des réseaux lexicaux fondamentaux permettant la construction du sens :

* L’homme et la bête
* Le corps et le regard

- Des métaphores filées :

* La métaphore du théâtre
* La métaphore scientifique

- L’image de l’enfer

Merci d'avance !

 

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