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Classiques littéraires

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Hors ligne tcpc # Posté le 09/11/2009 à 18 h 23
Feu Takeo Otori
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Messages : 86
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Bonsoir,

tout d'abord, je poste pour la première fois sur le forum des Zcorrecteurs et ceci pour plusieurs bonnes raisons : une bonne ambiance y règne et elle me plaît, tous les membres écrivent bien, il n'y pas besoin de déchiffrer, on ne rencontre pas les boulets que l'on pourrait avoir sur DG du SdZ, par exemple. :) Félicitations pour ce merveilleux site, donc. (et pour vos Zcorrections ;) ).

Après cette brève introduction (je me le devais), je voudrai ouvrir une discussion sur les grands classiques littéraires. J'ai 15 ans, suis en Seconde et notre professeur de français commence à nous donner les grands classiques de la littérature française. Nous avons commencé par l'Oeuvre, de Zola.

J'avais eu quelques échos de ce livre là, "un grand classique", "un chef d'œuvre", "un superbe livre que l'on dévore" etc. etc.
Et j'avoue que j'ai été admirablement déçu.
Cet esprit de révolution que l'on retrouve chez Claude Lantier (le personnage principale), son meilleur ami Sandoz et tout leurs autres amis est admirable. L'idée est bonne et je l'aime vraiment. Mais je trouve qu'elle a été exploitée d'une piètre manière de la part de Zola.

Tout d'abord, je trouve le livre plat, ennuyant. Trop de souvenirs, l'action se résume à la fièvre de l'artiste ce que je n'aime pas. Mais surtout, le livre dégage une impression noire, sombre, de pauvreté, de misère. Claude n'est jamais satisfait de ses œuvres, il les dénigre après s'être émerveillé dessus. Mais le pire est, je trouve, cette amour pour la peinture qui va finir par prendre le dessus sur l'amour qu'il éprouve pour Christine (sa femme). Celle-ci va se rendre malade, elle finit pas de ne plus s'occuper de leur fils, Jacques, ils deviennent finalement misérables, sans un sou. Et Claude continue à peindre. Leur fils meurt à 12 ans, il était hydrocéphale. Le père (Claude) ne trouve d'autre que de peindre son cadavre et finir par aimer son modèle et non être affecté par la mort de son fils.

Je trouve ça triste, moche et vraiment trop sombre. Le pire reste peut-être la fin ou Claude se pend devant son œuvre inachevée qu'il n'arrive pas à terminer. Et sa femme voit son cadavre en se réveillant le matin et finit interné dans un hôpital pour malades mentaux ...

Honnêtement, je me demande comment une telle œuvre a pu devenir un chef d'œuvre. Je ne dénigre pas le travail de Zola, bien au contraire. La misère existe; la folie aussi. Il faut la montrer et ce livre le fait. Mais la lecture est vraiment ennuyeuse, plate.

J'attire donc votre attention sur cette question : "Faut-il considérer encore les grands classiques de la littérature française comme grands classiques ?"

Car, je pense qu'il faudrait renouveler la liste des grands classiques d'aujourd'hui et que l'Éducation Nationale donne autre chose à lire à ses élèves, au moins ce qui ne prennent pas une branche littéraire à partir de la Première.

Déjà que les élèves d'aujourd'hui détestent pour la plupart lire, sont ennuyés par cette activité, si en plus il faut les dégoûter avec ce genre de classique ennuyeux ... ce n'est pas une très bonne solution.

Après ce sujet vous devez me prendre pour quelqu'un contre les classiques français ou autre mais détrompez-vous, j'aime les "vrais" grands classiques. J'ai dévoré par exemple les Trois Mousquetaires (de Duma), le Comte de Bragelonne (suite des Trois Mousquetaires) et le Capitaine Fracasse qui sont des classiques (et je passe d'autres livres).

Mais je n'arrive pas à avaler le fait qu'on nous oblige à lire des classiques ennuyeux et que finalement personne ne lit (résumés sur Internet ...).

En passant, Claude Lantier et Sandoz étaient pour la révolution artistique, un changement pour le siècle (XIX). Zola était pour le changement. Je ne pense finalement pas qu'il aimerait que son Œuvre reste un grand classique pendant un siècle encore, au mécontentement d'une grande partie de lecteurs.

Vive le changement ?

Takeo Otori.

PS : j'ai été peut être un peu long. :-° Si oui, excusez-moi, mais il fallait que je m'exprime. En espérant de pas avoir fais trop de fautes. ( :p )

EDIT : je n'avais pas vu la catégorie "Romans". Me suis-je trompé ? Au quel cas, un modérateur pourrait-il déplacer le sujet dans la catégorie adéquate ?
Modifié le 09/11/2009 à 18 h 24 par tcpc
 
Hors ligne Ziame # Posté le 10/11/2009 à 00 h 48
Arx Tarpeia Capitoli proxima
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Messages : 11523
Groupe : Administrateurs
Bonsoir,

Tout d'abord, vu que c'est ton premier message sur ce forum, permets moi de te souhaiter la bienvenue parmi nous ! :)

Je réponds rapidement (bien que le sujet que tu abordes m'évoque plein de choses). Les livres d'Emile Zola ne sont pas foncièrement joyeux, je te l'accorde. C'est lié au mouvement naturaliste auquel il appartenait, ainsi que Victor Hugo par exemple. Leurs romans sont le reflet de leur société qui n'était pas non plus très joyeuse (la révolution industrielle, on a connu mieux). Cependant, quelque chose qu'il faut reconnaître à Zola (outre le fait qu'il écrivait très bien, indépendamment de ce qu'il écrivait), c'est qu'il évitait quand même la plupart du temps le voyeurisme morbide (faute de meilleur terme). Dans Le Ventre de Paris par exemple, plein de scènes paraissent colorées, vivantes, animées et, en volume, une bonne partie du livre est assez optimiste (bien qu'on pressente assez tôt la chute qui l'est déjà beaucoup moins). Et Emile Zola y dépeint avec brio, réalisme et minutie la société Parisienne fréquentant les Halles de cette époque.

Cependant, j'avoue que ça n'est pas spécialement optimiste et quelque chose qui est récurrent dans les romans de Zola que j'ai pu lire (je ne les ai pas tous lus, loin de là), c'est le fatalisme. La situation finale est globalement la même que la situation initiale, seul un cycle a été parcouru. Dans Le Ventre de Paris, c'est le héros (dont le nom m'échappe) qui, après s'être évadé du bagne au début de l'histoire, y retourne à la fin. Dans l'Argent, c'est la bourse qui est cyclique et après s'être vue "activée" par l'Universelle de Saccard (faute de meilleur terme), s'écroule pour revenir au point de départ.

Mais cela dit, tous les romans de Zola sont très riches en détails sur son époque, très instructifs et, pour ma part, je trouve qu'ils se lisent assez bien car étant bien écrits. Mais après c'est, encore une fois, aussi le reflet d'une époque et une question de goûts.

Bon allez (j'ai quand même fait assez long :p ), je détaillerai peut-être un peu plus un autre jour. :)

Si vous aimez écrire et que vous avez des choses à dire sur l'un des thèmes que couvre notre blog, n'hésitez pas ! ;)
 
Hors ligne Itello # Posté le 10/11/2009 à 01 h 09
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Messages : 1471
Groupe : zAnciens
Eh bien, bienvenue déjà Takeo Otori. :)

Voici ce que j'ai trouvé en faisant rapidement une petite recherche sur Google :

Citation : Leçon de logique scolaire des classiques
Première chose que révèle l'enquête ainsi orientée : l'usage des classiques en classe est un phénomène général. Général en France, où il n'y a pas un seul secteur dans l'enseignement qui n'ait usage, besoin, sollicitation de son corpus de classiques. Mais ce phénomène est tout aussi présent et prégnant ailleurs, dans des pays aussi différents qu'Israël (où Itzak Even-Zohar en a fait un axe de recherche principal), l'Indonésie, les Etats-Unis ou le Québec, pour ne parler que de cas observés, et partout il fait matière à débats. Le classique se définirait donc peut-être comme l'objet d'un désir universel, en tout cas comme un besoin institutionnel très général. Qui suscite un débat : il n'y a donc pas un critère de valeur littéraire qui assurerait une réponse ferme, indiscutable ; qui suscite des classements hiérarchisés : la qualité de classique est inégale, relative...

S'agissant du cas de la France, il est net que les classiques de l'Ecole ne se bornent pas aux seuls auteurs du « classicisme ». Sans détailler le palmarès, donnons le tiercé gagnant, tel que deux enquêtes l'attestent : Baudelaire, Les Fleurs du Mal, Molière, Dom Juan, Voltaire, Candide. Voilà le fleuron des « classiques » du lycée , au niveau de l'épreuve anticipée de français, emblématique de la norme. Au collège, Molière tient nettement la tête (avec en particulier L'Avare) et on peut dire que dans la culture française il est le classique type. Du côté de l'université les choses sont plus floues, puisque chaque département dispose d'une liberté pour établir ses programmes. Mais si l'on regarde les concours de recrutement des professeurs de français, débouché dominant des filières littéraires et donc cadre de référence, on voit que leurs programmes sont en cohérence avec le palmarès du lycée.
On voit alors que dans la pratique sont traités en classiques des auteurs et des œuvres qui sont objets consensuels (ce qui est logique, dans la logique institutionnelle). On se doute que le traitement qui unit en un même sort Baudelaire et Molière, a fortiori Voltaire, tend à estomper les distinctions des mouvements littéraires, et même si elle les enseigne comme telle, en les présentant dans un même cadre, l'école égalise les « écoles littéraires » différentes ou rivales.

Pour autant le « classicisme » du XVIIe siècle conserve une position forte. Ce qui d'ailleurs va de pair avec une distorsion entre ce que les programmes et manuels prescrivent ou proposent, et ce que les pratiques effectives mettent en avant. Distorsion non pas dans la liste des auteurs et des titres, mais dans les dosages, dans la fréquence de chacun, dans le nombre d'heures de classe qui y passe. Hugo, par exemple, qui occupe une place de premier plan dans l'histoire littéraire - ce qui se traduit par des chapitres copieux dans les manuels - n'arrive qu'en onzième position au palmarès des œuvres les plus étudiées en classe. Le repli sur un petit lot de valeurs communes bien établies est fortement marqué : c'est un consensus à « noyau dur » et la solidité de la position du classicisme l'atteste.

Confirmation : les auteurs du XXe siècle entrent bien lentement dans les premiers rangs ; depuis une génération, on dit qu'élèves et étudiants veulent connaître le temps présent, mais le palmarès reste ancien. Conservatisme des professeurs et des fabricateurs de programmes ? Pas seulement. En fait, il y a connivence d'ensemble dans l'institution pour aboutir à ce résultat, et les élèves de sont pas plus férus de XXe siècle que du reste... L'institution conserve, on le sait bien, mais, pour cela, elle joue sur les effets de connivence : les classiques disent cette logique consensuelle.


Ceci n'est qu'un extrait, je te conseille, si cela te tente bien sûr, d'aller jeter un coup d'œil au reste du dossier.

Pour tenter de donner synthétiquement mon avis sur ton problème propre, la question de définir ce que sont et ce que ne sont pas les classiques français pose de nombreux débats. Puisqu'on cherche à se référer à une échelle de valeur, il convient d'avouer que cette notion est emprunte d'une grande subjectivité. Pour que tu puisses toi-même te former un bagage culturel suffisant pour pouvoir débattre à ce propos, il est bon de t'enseigner les auteurs qui ont révolutionné une certaine conception de l'écriture. Émile Zola est quand même initiateur du naturalisme et auteur reconnu par ses pairs. Il est parfaitement compréhensible selon moi qu'on te le fasse étudier.

Le choix de L'Œuvre me paraît en effet étrange comme première lecture. Entre Germinal, Au Bonheur des Dames, La Bête humaine, L'Assommoir ou encore Nana, on peut dire que la collection des Rougon-Macquart n'a pas laissé la littérature française insensible. L'histoire est peut-être moins passionnante dans cette œuvre (c'est peu de le dire :p ) mais la volonté de transmettre la société comme elle est, dans notre cas le milieu des artistes-peintres, est toujours présente.

« Un auteur est peu propre à corriger les feuilles de ses propres ouvrages : il lit toujours comme il a écrit et non comme il est imprimé. » (Voltaire)
 

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