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Le Cid

Pièce de théâtre de Pierre Corneille

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Hors ligne Ziame # Posté le 24/07/2009 à 16 h 19
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Bonjour,

Je souhaiterais aujourd'hui discuter d'une pièce de théâtre que j'ai lue assez récemment (il y a quelques mois) et que j'avais beaucoup appréciée. Sans doute certains d'entre vous l'auront aussi lue étant donné qu'il s'agit de Le Cid de Pierre Corneille (sans doute sa pièce la plus célèbre).

L'histoire résumée



Pour ceux qui ne l'auraient pas lue (ou se souviendraient mal de l'histoire), je vais brièvement résumer l'histoire. Il s'agit d'une pièce aux accents tragiques dans laquelle deux amants, Don Rodrigue et Chimène se voient séparés par une querelle d'honneur ayant pour cause l'assassinat du père de Chimène. En effet, celui-ci ayant insulté le père de Don Rodrigue (Don Diègue), trop âgé pour venger seul son honneur (il le manifeste dans le monologue très connu débutant par « Ô rage, Ô désespoir, Ô vieillesse ennemie, n'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie [...] », c'est à Don Rodrigue (amant de Chimène) de venger son père en tuant Don Gomès (le père de Chimène). S'ensuit alors l'enchaînement des vengeances, Chimène voulant à son tour laver l'honneur de son père dans le sang de son amant, etc.

Sans annoncer la fin de l'histoire (pour ceux qui ne l'auraient pas lue), on peut dire qu'il s'agit d'une histoire d'inspiration très classique, la vertu des personnages étant poussée à son paroxysme, et la pièce étant d'ailleurs basée sur ce qu'entraîne cette vertu (sans elle l'histoire n'aurait pas lieu d'être). Bien entendu, pour une telle pièce, les Alexandrins sont de mise, ainsi qu'une style littéraire très classique tel qu'on peut le retrouver dans toutes les pièces de cette époque et antérieures.

Analyse historique



Si le thème est profondément ancré dans le classicisme, la manière dont la pièce est écrite l'est un peu moins et déjà on sent percer dans la façon dont P. Corneille traite le sujet, une certaine séparation vis-à-vis des pièces classiques telles que toutes celles ayant précédé Le Cid. C'est d'ailleurs ce qui a valu au Cid le titre de tragi-comédie, en référence à certaines actions ne pouvant exister dans les tragédies classiques. On mentionnera le passage où Don Diègue se fait souffleter par Don Gomès (dans une tragédie classique, le héros n'est pas censé être rabaissé comme ceci). Cette liberté prise vis-à-vis des habitudes rédactionnelles de l'époque et des règles fixées par Richelieu (qui d'un autre côté protègeait P. Corneille) concernant le théâtre aura d'ailleurs valu à P. Corneille moult critiques de la part de personnalités très diverses (de très nombreuses critiques d'Académiciens de l'époque concernant les expressions employées, de dramaturges tels Mairet et Scudéry, ...).

Cependant, comme le disait Jean Sibélius (léger anachronisme de ma part mais passons ^^ ) « N'écoutez jamais un critique. Aucune statue n'a jamais été élevée à un critique. ». Et c'est ce qui s'est vérifié non seulement avec le temps, mais aussi dès la sortie de la pièce, qui fut accueillie chaleureusement par le public. Citons d'ailleurs ces quatre vers de Nicolas Boileau concernant le triomphe de la pièce face à ses détracteurs :

Citation : Nicolas Boileau
En vain contre le Cid un ministre se ligue,
Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue.
L'Académie en corps a beau le censurer,
Le public révolté s'obstine à l'admirer.


Et cette tendance n'a pas cessé avec le temps car Le Cid continue de nos jours à être lu, étudié, commenté et apprécié. D'ailleurs, avec le recul désormais possible on pourra remarquer qu'il s'agit d'une des premières séparations du théâtre de ce genre vis-à-vis des tragédies classiques, séparation qui sera d'ailleurs très largement suivie et dépassée par la suite.

Analyse personnelle de la pièce



La pièce est, à mon sens, superbement écrite avec des dialogues très recherchés et travaillés. D'ailleurs la preuve en est que moult passages sont restés à la postérité, parfois même sans être rattachés dans l'esprit à la pièce. C'est le cas du monologue mentionné ci dessus (« Ô rage, Ô désespoir, Ô vieillesse ennemie [...] »), de vers tels que « Va, cours, vole et nous venge » (Don Diègue à Don Rodrigue) ou encore « Va ! Je ne te hais point ! » (Chimène à Don Rodrigue). Elle est de plus assez facile à lire et à comprendre (donc même ceux ne lisant pas beaucoup peuvent s'y retrouver sans problème). Comme dans toutes les pièces de tragédie classique (même si celle-ci est, nous l'avons vu, en marge de la tragédie classique), le style est très emphatique et, nous dirions de nos jours théâtral (en fait cette tautologie est prise à l'envers et le concept de théâtralité vient justement de ces pièces-là). Cependant, c'est un style qui s'adapte très bien à l'histoire et aux personnages, en effet, on pourrait difficilement afficher des caractères aussi marqués sans emphase dans les discours.

Le thème cependant pourrait paraître de nos jours presque caricatural. En effet, la perfection affichée des personnages et de leur vertu, si elle est admirable, les pousse à des actes qui aujourd'hui paraîtraient totalement démesurés voire incompréhensibles (d'un soufflet on passe à duel, puis à un meurtre pour finir avec une tentative de meurtre en réponse au premier). Mais cela est intéressant car il souligne comment de la perfection on peut arriver à l'imperfection en ne sachant pas prendre sur soi ni relativiser (caractères qui n'entraient absolument pas dans le profil du héros classique, je vous l'accorde). Cela n'était sans doute pas voulu par P. Corneille quand il a écrit cette pièce, mais c'est une des « leçons » que l'on pourrait en retirer de nos jours.

Je finirai en disant que d'un point de vue très « terre à terre », c'est une pièce qu'il faut avoir lue (au même titre qu'Hamlet de W. Shakespeare, que les pièces connues de Molière, etc.), pour sa culture personnelle tout d'abord et par intérêt lorsque l'on envisage de faire des études ensuite. En effet, ce sont des pièces qui reviennent très souvent et desquelles on peut retirer énormément de références sur beaucoup de sujets. Pour Le Cid, il y aurait par exemple des exemples à reprendre au niveau de la liberté, de l'orgueil, de l'amour, etc. Cette dernière remarque très pratique n'est bien entendu pas la première raison pour laquelle il faut avoir lu ces pièces, c'était juste un petit aparté tiré de mon expérience personnelle.

En conclusion



Pourquoi avoir rédigé un tel sujet ? Eh bien tout d'abord pour faire connaître à ceux qui ne connaîtraient pas cette pièce que j'ai beaucoup appréciée, essayer de l'expliquer comme je pouvais (les études dans lesquelles je me suis orienté ne sont pas à proprement parler littéraires :D ) et recueillir vos avis, si vous en avez, sur cette pièce. C'est-à-dire savoir ce que vous en avez pensé, si vous l'avez appréciée, ce que vous pensez de ce style littéraire tout de même d'inspiration très classique et enfin savoir si vous pensez qu'un tel style littéraire aurait encore sa place parmi nous aujourd'hui. En effet, l'un des derniers à avoir rédigé des pièces en suivant des inspirations classiques (avec toutefois quelques libertés prises, il faut le reconnaître), est Edmond Rostand (Cyrano de Bergerac, l'Aiglon, etc.) à la fin du XIXe siècle et début du XXe. Depuis lors, le théâtre a beaucoup évolué et s'est totalement détaché de ce classicisme.

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Hors ligne Poulpette # Posté le 24/07/2009 à 17 h 24
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Analyse intéressante. :)

J'ai lu Le Cid il y a deux mois environ. Je ne l'avais jamais lu auparavant, mais je connaissais quelques répliques célèbres qui, en plus des commentaires élogieux que j'avais pu entendre sur l'œuvre, m'ont donné envie de combler une de mes énormes lacunes en littérature.

Ben franchement, j'ai été déçue. Certes, d'un point de vue linguistique, c'est maîtrisé et tout ce que l'on veut, mais bon sang qu'est-ce que je me suis ennuyée en le lisant (et j'ai tenu à le finir, pour le principe) !
En fait Le Cid aurait pu être le pilote (ou presque, parce que là on a la fin tout de suite) d'un feuilleton à l'eau de rose version XVIIe quoi, le genre de truc qui peut être très marrant à regarder (et écouter :p ) une fois l'an, mais alors quand on n'a plus que la lecture ça devient barbant.

Bref, j'ai pas aimé du tout. :D

« La vraie faute est celle qu’on ne corrige pas. » (Confucius)
 
Hors ligne Ziame # Posté le 24/07/2009 à 22 h 47
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Ça revient un peu aux remarques que je faisais quant au contenu qui tire sa source d'une exagération perpétuelle. Cependant, le côté lingustique, comme tu l'as souligné, est remarquable (et pour l'histoire, je dirai que c'est aussi l'époque qui voulait ça). :)

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Hors ligne Sithran # Posté le 04/08/2009 à 04 h 53
Oh !
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Je pense que de cet pièce, on retiendra principalement la maestria avec laquelle l'auteur utilise la langue. Les vers et les dialogues sont tellement bien pensés qu'ils m'ont littéralement sublimés, et, en toute franchise, même si je n'ai pas plus que ça accroché à l'histoire, la qualité de la prose m'a vraiment fait dévorer cet écrit. Je le recommande vivement à tous, pour apprécier le style de l'auteur, et parce que c'est, à juste titre, un classique qu'il faut avoir lu.
 
Hors ligne Ziame # Posté le 04/08/2009 à 14 h 55
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Effectivement, c'est superbement écrit (après, encore une fois, l'histoire n'est pas celle que j'ai préférée parmi les pièces de théâtre que j'ai pu lire), à ce niveau, c'est d'ailleurs l'une des plus belles pièces que j'ai lues.

Si tu aimes les pièces écrites dans le même style classique et que tu ne l'as pas encore lue, je te conseille Cyrano de Bergerac (d'Edmond Rostand), c'est un vrai chef-d'œuvre... et l'une des dernières pièces de théâtre écrites en vers.

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Hors ligne Sithran # Posté le 04/08/2009 à 16 h 26
Oh !
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Je ne connais la pièce que de nom, et je n'en ai jamais lu que le célèbre passage où Cyrano fait diverses descriptions de son nez. Je vais m'y intéressé de plus près, mais est-ce que l'histoire est plus captivante que celle du Cid ?
 
Hors ligne Ziame # Posté le 13/08/2009 à 14 h 32
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Personnellement j'avais bien aimé oui. Déjà c'est beaucoup moins exagéré que Le Cid (où tout l'intérêt de la pièce se joue sur des exagérations sur l'honneur), ensuite les personnages en eux-mêmes sont assez intéressants.

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Hors ligne Miguel1991 # Posté le 11/09/2009 à 20 h 13
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Je viens de terminer Le Cid aujourd'hui et je dois avouer que j'ai franchement apprécié. Je ne suis pas un connaisseur au niveau théâtrale (les uniques pièces de théâtre que j'ai eu l'occasion de lire sont "L'avare" et "Cinna" dans le cadre scolaire) mais j'ai tout de même facilement lu cette pièce tout en prenant du plaisir.

Tout d'abord, comme vous l'avez tous fait remarquer, on remarque directement la beauté de l'écriture. Des petits sourires se dessinaient parfois sur mon visage uniquement en voyant la qualité dans la forme de certaines phrases (bon j'exagère peut-être un peu mais vous avez compris l'idée :p ). J'avais d'ailleurs trouvé un superbe passage que je voulais copier ici mais je ne le retrouve plus. J'éditerai mon message si je le retrouve.

Par contre, d'un point de vue de l'histoire, contrairement à vous, je l'ai franchement trouvée pas si mal que ça. Peut-être est-ce du au fait que je connais très peu de pièces donc je ne peux pas vraiment évaluer mais j'ai trouvé que l'histoire était "logique". Effectivement, le problème de l'honneur est tiré à l'extrême mais je trouvais que ça ne "gênait" pas la lecture. Par contre, je n'ai pas vraiment compris l'utilité du personnage de l'infante. Je trouve franchement que la petite histoire autour d'elle et son amour envers Rodrigue pourrait être supprimée sans modifier la qualité de la pièce. Enfin, si vous êtes capables de m'expliquer son utilité profonde, je vous en serai très reconnaissant. :)

Et pour finir, merci de m'avoir donné envie de lire cette belle pièce, je pense que je vais en lire l'une ou l'autre encore de Corneille et pourquoi pas, Cyrano de Bergerac comme le conseillait Ziame.
 
Hors ligne Ziame # Posté le 13/09/2009 à 12 h 28
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Bah pour l'histoire, ce n'est pas qu'elle est mauvaise, juste assez "convenue" et simple. Enfin pour le personnage de l'infante, je pense au contraire qu'elle fait partie de la pièce et a un rôle à y jouer, d'ailleurs de mémoire elle intervient plusieurs fois en faveur de Rodrigue au cours de la pièce. :)

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Hors ligne leila # Posté le 27/05/2010 à 16 h 08
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bonjour , j'ai lu le Cid et comme vous , ziam , j'ai apprécié le tour de main de Corneille qui a réussi à sublimer le sens de l'honneur , du devoir de ces personnages. De nos jours personne n'offrirait sa vie pour défendre son honneur!
 

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