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Introduction au vocabulaire maritime

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Catégorie : Vocabulaire

Écrit par Guillawme, Karl Yeurl, le 11/09/2010 à 14 h 15 | Commenter ce billet (10 commentaires)

Voici un billet un peu en marge de ce que nous vous proposons d’habitude, consacré aux termes que l’on utilise lorsqu’on parle de bateaux (ou plus généralement aux mots spécifiques aux navires). En effet, certains zCorrecteurs ont découvert qu’ils avaient l’amour de la voile comme point commun, et ils ont — ou plutôt, nous avons — décidé de vous présenter un peu les termes qui sont si particuliers à la navigation.

Nous allons donc vous présenter des notions techniques relatives à la voile, mais aussi une foule d’expressions et d’anecdotes qui ont enrichi notre langage. Préparez-vous pour une odyssée vous plongeant au cœur de la mer !


Attention, ce billet est très long (vraiment). Nous ne pouvons que trop vous conseiller de le lire lorsque vous avez du temps devant vous. L’odyssée sera longue, sans nul doute.

Au programme, nous verrons :
  • les termes relatifs aux pièces, voiles et cordages du bateau ;
  • les termes liés aux manœuvres ;
  • quelques expressions issues de la marine ;
  • une série de cas pathologiques du français ;
  • quelques éléments du vocabulaire marin expliqués par leurs croyances.

N’hésitez pas à interrompre votre lecture, ce sommaire est là pour vous aider à reprendre au bon endroit. ;)

Voiles, cordages et pièces d’accastillage



Mais qu’est-ce que l’accastillage ?



Voici effectivement un mot peu connu dès le premier titre. Nous commençons donc par l’expliquer : le terme « accastillage » désigne l’ensemble des pièces montées sur le pont ou la mâture d’un navire ou reliant les cordages et les voiles, telles que les poulies et d’autres accessoires du même genre. Un petit tour s’impose, voici donc quelques pièces d’accastillage.


Un taquet
Un taquet.


Le taquet est une pièce qui arrête un cordage, soit au moyen d’un nœud de taquet si l’on dispose d’un taquet « classique », soit en mordant le cordage entre deux mâchoires s’il s’agit d’un « taquet-coinceur ».




Une manille et un démanilleur
Une manille et son démanilleur.
La manille : si Manille est la capitale des Philippines, il n’en est rien pour la manille ; il s’agit d’une pièce permettant de lier deux éléments d’un gréement, comme par exemple les haubans au pont, ou encore les drisses aux voiles (ces termes seront expliqués plus loin ;) ). Il en existe de toutes tailles, et l’on pourrait grossièrement comparer cette pièce à un « mousqueton à vis ». L’axe que l’on visse pour fermer la manille s’appelle le manillon, et lorsque celui-ci est trop serré pour être manipulé à la main, on peut se servir d’un outil qu’on appelle un démanilleur pour le dévisser (notez que cet outil peut aussi fort bien servir de décapsuleur :-° grâce aux encoches que vous voyez à son extrémité droite, et accessoirement de tournevis plat — observez son autre extrémité).


Cabestan et winch


Le cabestan assure la même fonction qu’un treuil, il est constitué d’un cylindre tournant qu’actionnent plusieurs hommes d’équipage au moyen de leviers. Il était employé avant l’apparition des treuils motorisés pour lever l’ancre, hisser des voiles, soit toutes les tâches qui nécessitaient de reprendre un cordage relié à quelque chose de très lourd. Dans l’accastillage des voiliers modernes, on trouve un descendant miniature du cabestan : le winch (mot anglais).

Anatomie des voiles



À première vue, une voile semble être un objet assez rudimentaire : une pièce de toile de forme géométrique simple. Mais connaissez-vous tous les mots de vocabulaire qui se cachent derrière cet aspect basique ? Outre les galons, renforts et autres œillets que l’on peut observer sur une voile, et dont les noms sont assez explicites, voici six termes probablement moins connus.


Schéma d’une voile triangulaire
Schéma d’une voile.
Cliquez pour agrandir.

Les trois côtés d’une voile triangulaire sont :
  • le guindant, qui est le côté fixé au mât dans le cas de la grand-voile, ou à un étai dans le cas des voiles d’avant (et qu’on pourrait comparer au bord d’attaque d’une aile d’avion, si vous êtes plus familiers avec le champ lexical de l’aéronautique) ;
  • la bordure, qui est le côté fixé à la bôme dans le cas de la grand-voile ;
  • la chute, qui est le dernier côté, et qui n’est en contact avec aucun des espars (et qu’on pourrait comparer, de la même façon que le guindant, au bord de fuite d’une aile d’avion ; les espars quant à eux sont les longues pièces du voilier).

Quant aux trois angles, ils s’appellent :
  • le point de drisse, à l’intersection du guindant et de la chute ;
  • le point d’écoute, à l’intersection de la chute et de la bordure ;
  • le point d’amure, à l’intersection du guindant et de la bordure.

Chacun de ces points est doté d’un œillet permettant d’y fixer un cordage ou une pièce (le plus souvent au moyen d’une manille). Le point d’amure permet de maintenir la voile solidaire du bas du mât et de l’extrémité de la bôme. Sans surprise vu son nom, le point de drisse permet d’y attacher… la drisse (Mais ? C’est la deuxième apparition de ce terme ! Soyez patients, son explication ne va plus tarder :) ). Quant au point d’écoute, il permet de maintenir la voile solidaire de l’autre extrémité de la bôme et également d’y attacher l’écoute (un autre terme que nous expliciterons dans le paragraphe suivant).

Citons également les noms des principales voiles d’un gréement moderne :
  • la grand-voile (terme relativement connu), gréée sur le mât et la bôme ;
  • quelques voiles d’avant gréées sur un étai, dont (par ordre de surface décroissante) :
    • le foc,
    • la trinquette (gréée sur un bas étai),
    • le tourmentin, un foc particulier de surface réduite et de construction plus robuste, conçu pour être utilisé dans la tourmente (d’où son nom), c’est-à-dire dans la tempête.



Il existe un très grand nombre de voiles aux noms intéressants, entre autres celles des vieux gréements, mais nous n’avons pas la place de les mentionner toutes ici.
Si vous avez de la curiosité pour ce sujet, vous pouvez consulter les ouvrages suivants :
  • Encyclopédie illustrée des bateaux, Éditions Robert Laffont, 1986 (ISBN : 2-7000-2011-1) ;
  • Voiliers et Pirogues du monde au début du XIXe siècle, Éric Rieth, Éditions Du May, 1993 (ISBN : 2 906450-80-4) ;
  • Encyclopédie des voiliers, Dominique Buisson, EDITA, 1994 (ISBN : 2-88001-295-3).


Ne vous emmêlez pas dans les cordages !



À bord, le terme générique pour désigner un cordage est « bout » (prononcez boute).
De nombreux autres mots sont employés pour désigner des bouts selon leur nature ou leur fonction particulière : aussière, amarre, filin, drisse, écoute, etc.
Vous avez déjà rencontré deux de ces mots (pas plus tôt qu’au début de la lecture de cet article !) ; nous n’allons pas vous faire languir davantage, en voici la signification !

La drisse est le cordage qu’on attache au point de drisse d’une voile, et vous commencez sans doute à en deviner la fonction : elle sert à hisser la voile, via un réa placé dans le mât (en tête de mât pour la grand-voile, plus bas pour les voiles d’avant).
Quant à l’écoute, il s’agit du bout qui sert à manœuvrer une voile en la bordant ou en la choquant. Que signifient les verbes border et choquer ? Vous l’apprendrez au point suivant ! :D


Une épissure.
Épissure, épissoir et surliure
Un épissoir et une surliure.
Cliquez pour agrandir.
Nous ne pouvons pas parler des cordages sans mentionner… les nœuds ! Éléments fameux de la culture maritime, il existe un nombre si grand de nœuds différents qu’il serait impensable de tous les décrire ici, nous donnerons tout de même cette courte liste non exhaustive : demi-nœud, nœud en huit, nœud de plein poing, nœud de capucin, nœud de chaise, nœud de taquet, nœud de cabestan, nœud d’écoute, et tant d’autres. Si vous êtes curieux à ce sujet, Wikipédia constitue un point de départ modeste mais déjà fourni, vous pourrez trouver par la suite diverses ressources plus précises sur internet, et il existe de très nombreux ouvrages sur le sujet.

Enfin, pour introduire quelques illustrations après tout ce texte et ainsi reposer un peu vos yeux (cet article est encore bien fourni !), mentionnons les termes « épissure », « épissoir » et « surliure », eux aussi associés aux cordages. On appelle épissure une façon de tresser les torons d’un cordage pour en relier les deux extrémités ou former un œil sans avoir recours à un nœud (par rapport à un nœud, qui peut être défait la plupart du temps, une épissure doit plutôt être vue comme définitive). Quant à l’épissoir, il s’agit d’un outil permettant d’écarter les torons pour s’aider lors de la confection d’une épissure ; enfin, la surliure est une ligature faite à l’extrémité d’un bout afin d’éviter que ses torons ne se séparent.

Les cordages modernes en fibres synthétiques sont en fait plutôt brûlés aux extrémités pour faire fondre le matériau et souder les torons ensemble (ce qui est impossible avec des fibres naturelles comme le chanvre), ainsi la surliure est un raffinement que l’on rencontre hélas de moins en moins souvent.

Le saviez-vous ?



Vous connaissez sans doute l’expression « souquez ferme ! », mais savez-vous que souquer a deux sens bien distincts, tous deux relatifs à la marine, et chacun de ces sens pouvant être utilisé dans cette expression ? Souquer, c’est soit serrer un nœud, soit ramer. Ainsi, matelots, ramez ferme, et serrez bien vos nœuds !

Un autre point qui mérite d’être soulevé est le terme safran, qui vous évoque sans doute le nom d’une épice (ainsi que sa couleur). En marine, il s’agit de la partie verticale du gouvernail, par opposition à la barre, qui est le module de manœuvre de celui-ci. L’on peut faire la distinction entre la barre franche (une tige horizontale reliée au safran, souvent difficile à manipuler) et la barre à roue (faut-il vraiment vous faire un dessin ? :D).

Allures et manœuvres



Manœuvres



Pour un voilier, les manœuvres portent également des noms atypiques. Nous allons nous contenter de vous décrire les plus communes d’entre elles.

Tout d’abord, citons deux verbes couramment employés : lofer et abattre ; et les noms associés : un lof et une abattée.
Lofer signifie manœuvrer la barre afin de rapprocher la proue de l’axe du vent. Au contraire, abattre signifie éloigner la proue de l’axe du vent (« tourner le bateau dos au vent »).

Dans le point précédent, nous avions employé les termes « border » et « choquer », souvenez-vous : c’était en lien avec l’écoute et la voile. On dit que l’on borde une voile lorsqu’on la tend, afin qu’elle oppose plus de résistance au vent. Cette manœuvre, accomplie dans les conditions adéquates, permet de développer plus de poussée pour accélérer la marche du bateau. Border une voile s’effectue en tirant sur l’écoute. On effectue la manœuvre contraire en choquant la voile, c’est-à-dire, vous l’avez compris, en relâchant l’écoute. Il est tentant de faire l’association « border = accélérer » et « choquer = ralentir », mais nous verrons que selon l’allure ce ne sont pas forcément les résultats obtenus par ces manœuvres.

Vous avez peut-être déjà lu ou entendu le verbe « louvoyer ». Si vous vous demandez ce qu’il signifie, et que vous n’avez pas pris le temps de le chercher (honte à vous :-° ), nous allons nous faire un plaisir de vous l’expliquer. Énoncer une telle évidence peut sembler étrange, mais c’est un point de départ nécessaire pour notre explication : un voilier ne peut pas avancer contre le vent ! Et pourtant, il est clair qu’avec un peu d’habileté (et beaucoup de patience), il est possible d’aller absolument où l’on veut à la voile, d’où que vienne le vent. En effet, pour faire route en direction du vent, plutôt que de tenter de suivre l’axe du vent (impossible, comme on l’a dit), il est tout à fait possible de zigzaguer en menant le bateau à une allure qu’on appelle le près (les allures seront expliquées par la suite), puis en virant de bord, et ainsi de suite. C’est l’action de suivre une telle route en zigzag vers la direction d’où souffle le vent qu’on appelle louvoyer.

Deux manœuvres élémentaires permettent de changer d’amure (cette expression sera elle aussi expliquée dans le paragraphe suivant) : le virement de bord et l’empannage. Lorsqu’on vire de bord, le bateau dépasse l’axe du vent en recevant le vent par la proue. Au contraire, lors d’un empannage le bateau dépasse l’axe du vent en recevant le vent par la poupe (l’arrière ;) ). Attention cependant, l’empannage est une manœuvre qui peut s’avérer dangereuse : alors que le bateau prend beaucoup de vitesse, les voiles claquent en passant brutalement d’un bord à l’autre (c’est au cours d’un empannage que la bôme peut heurter quelqu’un au point de le projeter par-dessus bord, si on ne fait pas attention à se baisser à son passage), et si la manœuvre n’est pas maîtrisée, les efforts violents qui s’appliquent sur le gréement à ce moment peuvent aller jusqu’à provoquer un démâtage ou un chavirement de l’embarcation (un synonyme de chavirer est dessaler).

Dans le paragraphe traitant des voiles, nous avions mentionné le tourmentin, qui est une voile située à l’avant, et plus petite que le foc. Remplacer les voiles est en effet un moyen de réduire la voilure lorsque le vent se renforce, mais ce n’est pas le seul : on peut aussi prendre un ris. Prendre un ris signifie affaler partiellement la voile pour réduire sa surface efficace. Dans un gréement moderne, c’est principalement sur la grand-voile qu’on prend les ris. La toile inutilisée est ferlée (c’est-à-dire pliée et attachée) à la bôme à l’aide de petits bouts appelés garcettes de ris, et la bordure est étarquée (tendue) le long de la bôme au moyen de la bosse de ris (un autre bout). Il est à noter que la démarche contraire a existé, c’est-à-dire augmenter la voilure : dans le vent léger, les vieux gréements à voiles carrées hissaient souvent des bonnettes.

Une autre manœuvre importante consiste à « mettre en panne », c’est-à-dire immobiliser le navire face au vent. Pour ce faire, la grand-voile est choquée et le foc est bordé à contre (sur-bordé du mauvais côté), tandis qu’on impose un lof avec la barre. Une fois cela fait, le bateau n’est plus soumis qu’à un lent mouvement de dérive, ce qui permet de mettre un canot à l’eau, d’accueillir quelqu’un à bord, etc.


Les allures d’un voilier
Les allures d’un voilier.

Les allures



Dans le vocabulaire de la voile, le mot allure n’est pas un synonyme du mot vitesse : il désigne l’angle formé par l’axe du bateau et l’axe du vent. Le schéma ci-contre vous montre les principales allures auxquelles peut voguer un voilier. Notez que toutes les allures ne sont pas représentées : l’allure intermédiaire entre le travers et le près s’appelle le « bon plein », et l’allure intermédiaire entre le largue et le vent arrière s’appelle le « grand largue ».

Vous remarquez que les voiles sont plus choquées aux allures portantes (du largue au vent arrière) : comme nous le laissions entendre dans l’explication des verbes border et choquer, border les voiles ne fait pas toujours aller plus vite, c’est le cas aux allures portantes. Revenons à présent sur le mot « amure » que nous avions rencontré dans l’expression « point d’amure ». Il est souvent aussi employé conjointement aux directions tribord et bâbord. L’on dit qu’un bateau navigue « tribord amure » lorsqu’il reçoit le vent depuis tribord (c’est-à-dire depuis son côté droit lorsqu’on regarde vers la proue). Vous comprenez désormais l’expression « changer d’amure » que nous avons utilisée pour décrire le virement et l’empannage. Enfin, nous terminerons ce (long) paragraphe en expliquant la signification des verbes « adonner » et « refuser ». L’on dit que le vent adonne sur une amure lorsqu’il tourne légèrement dans une direction qui facilite le lof. Au contraire, l’on dit qu’il refuse quand il tourne dans une direction qui force à abattre pour conserver la même allure. Ces notions sont relatives à l’amure sur laquelle le bateau navigue et la route que l’on souhaite suivre : un vent adonnant sur tribord amure est refusant sur bâbord amure. Tout ceci n’est pas évident à comprendre après une simple lecture, mais se perçoit très bien en pratique : nous vous encourageons à naviguer ! ^^

Expressions dérivées



Nous allons maintenant nous employer à décortiquer quelques expressions que nous ont léguées les marins. Si des lexies comme être au taquet et mettre les voiles ne nécessitent pas de grandes explications tant elles sont évidentes, il convient de développer certaines expressions nous venant de la marine dont l’origine n’est pas immédiatement compréhensible.

Être au taquet et mettre les voiles



Bien entendu, mettre les voiles signifie s’en aller. Quant à l’expression être au taquet, il n’est pas certain que son origine soit maritime, mais le taquet d’un voilier n’a fait que conforter cette manière imagée de dire qu’on est bloqué. Ce mot est apparu au XVe siècle pour désigner l’élément destiné à tenir une porte fermée, mais a été utilisé dans la marine vers le XIXe siècle pour désigner l’objet utilisé pour coincer un cordage, ce qui ne laisse plus aucun doute pour le sens de l’expression précitée : être au taquet, c’est être bloqué dans sa situation actuelle ou avoir atteint le maximum dans un domaine (bien souvent salarial). L’on peut également se poser la question suivante : « Faut-il mettre les voiles une fois qu’on est au taquet ? » :D

Marcher à voile et à vapeur



Cette expression signifie la tendance d’une personne à la bisexualité, et s’il est évident qu’elle est issue du vocabulaire marin, son origine est cependant plus nébuleuse.
En effet, il n’est pas facile de lui trouver une origine précise, et seules les suppositions peuvent nous mener aux conclusions que voici : les marins, partant pour une durée conséquente, n’emmenaient pas de femmes à bord de leur vaisseau. Ainsi, l’on peut imaginer que faute de femmes, ils se satisfaisaient entre eux. Mais pourquoi cette dualité voile − vapeur ? Là encore, il n’est pas aisé de le déterminer. Peut-être est-ce dû à la nécessité d’un mât sur les voiliers, et aux vapeurs des moteurs à charbon ? Cela pourrait également venir de la polyvalence des premiers navires à vapeur dotés à la fois de la machinerie et des voiles… Ici, seules les spéculations sont permises, car aucune source n’atteste l’origine de cette expression. Tout ce dont on peut être sûr, c’est qu’elle ne date pas d’avant 1840, puisqu’il s’agit de la date à laquelle sont apparus les premiers bateaux à vapeur. :)

Curiosités linguistiques



Un facétieux faseyement



Faseyer, c’est ce que fait une voile qui bat le long d’un mât (ou d’un étai), faute d’être convenablement bordée.

Si l’orthographe de ce verbe vous a fait sourciller, sachez que vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Faseyer, prononcez /fa.se.je/ (« fa − c’est − yé » pour ceux qui ne lisent pas couramment les phonèmes)1. Vous n’en avez pas encore pour votre argent ? Soit ! Sachez donc que ce verbe a eu pas moins de six orthographes, dont quelques-unes étant encore couramment employées.

Au cours du XIXe siècle, l’on écrivait généralement fasier. Certains linguistes prétendent que ce terme nous viendrait du néerlandais faselen, qui signifie « se mouvoir avec violence ». Dans son édition de 1922, le Larousse Universel mentionne trois orthographes : fasier, faséier et faséyer. En 1970, le Petit Larousse précise que l’usage de fasier est désuet, et conseille plutôt l’emploi de faseyer ou faseiller. En 1988, ce dictionnaire optera définitivement pour faseyer, et ce jusqu’à nos jours. La sixième graphie, fazier, n’est mentionnée que par le Wikitionnaire et serait une variante de fasier. Actuellement, c’est la graphie faseyer qui est recommandée par le 9e dictionnaire de l’Académie française, mais il n’est pas impossible de tomber sur faséyer ou faseiller. Notez également la petite particularité de conjugaison suivante : faseyer suit le modèle de payer, mais conserve le « y ».

Cependant matelots, si vous saviez mieux naviguer, de telles digressions sur ce mot ne seraient pas nécessaires, puisqu’il n’existerait pas ! :pirate:
En effet, une voile qui faseye est une voile mal réglée. Il faudra penser à la border ou à lofer pour pallier ce problème…

1 L’Académie française précise qu’il est également possible de prononcer /fa.ze.je/ (c’est-à-dire « fa − zé − yé »), mais on l’entend moins fréquemment.


Le néerlandais, décidément une langue de marin



Eh oui ! Outre le fameux faselen qui a donné faseyer, cette langue germanique pratiquée par nos voisins du nord a inspiré une partie de nos termes nautiques.
  • Le mot « affaler » descend d’afhalen (af pour « en bas » et halen pour « tirer »). Prononcez « af-ha-leun ».
  • Le doux nom de la petite voile d’avant, le « foc », ne nous vient pas des animaux, mais bien du terme néerlandais pour la désigner : fok.
  • Le « matelot » était éen mattenoot (compagnon de matelas). Prononcez « é-ne mate-n’eau-te ».
  • « Bâbord » et « tribord » ? C’est encore eux ! Ça vient de bakboord (le bord du dos) et de stuurboord (le bord du safran). Prononcez « bac-beauuuu-rd » et « s’tue-r-beauuuu-rd ».

Il ne faut pas l’oublier, les habitants du royaume des Pays-Bas étaient des marins, et leur proximité avec la France a de facto introduit du vocabulaire maritime supplémentaire dans nos beaux dictionnaires.

Les manœuvres : vous n’êtes pas au bout de vos surprises !



Voilà un calembour que peu de gens auront remarqué. En effet, le mot « manœuvre » désigne deux choses sur un bateau : l’action de régler le mouvement d’un bateau et… les cordages ! Cependant, ces deux définitions ne sont pas sans rapport. En effet, cette alternative à la définition principale est issue d’un procédé linguistique nommé la métonymie. Sous ce nom barbare se cache en réalité un concept bien simple : lorsque deux termes sont logiquement liés, on substitue l’un à l’autre (souvent le plus précis au plus général). Les exemples ne manquent pas : « la salle était en liesse », « céder à la rue », « un fin bordeaux »… eh bien le mot « manœuvre » a fini par désigner un cordage. Plus exactement, c’est des expressions « manœuvre courante », « manœuvre dormante » et « manœuvre volante » — utilisées pour désigner respectivement un cordage réglant les parties mobiles du gréement nécessitant d’être souvent réglées (les écoutes, par exemple), les parties fixes (les haubans, par exemple) et les cordages doublant une autre manœuvre — que nous vient cette variante. De fil en aiguille (c’est le principe de la métonymie !), l’on a fini par utiliser le mot manœuvre non pas pour la manipulation du bout, mais pour le cordage lui-même.

Croyances et culture maritime



Enfin, pour nous changer un peu du français, mentionnons certains aspects des croyances des marins qui prêtent à sourire. :)

Pas de femmes à bord !



En effet, les femmes étaient interdites à bord, et cela pour une raison toute simple : il ne fallait pas créer des tensions entre les marins, et rien de tel qu’une femme pour provoquer des jalousies, des coups bas et mesquins… (Eh oui mesdames, vous n’avez pas le monopole de ce genre de comportement ! :D ) Cependant, au fil du temps et de l’évolution des mœurs, cela est moins vrai, et les femmes ont désormais toute leur place sur le pont. Notez que les prêtres étaient également vus d’un mauvais œil sur les navires, car leur soutane rappelait la robe des femmes. C’était d’ailleurs un des mots que les marins évitaient de proférer, comme nous allons le voir.

Les mots interdits



Sur un bateau, il y a certains mots qu’il ne faut prononcer sous aucun prétexte. Généralement, ces termes sont de mauvais augure, et on leur préférera des synonymes. Ainsi, il ne faut surtout pas parler de corde ou de ficelle : ces mots servent à désigner l’objet avec lequel on pendait les mutins, il fallait plutôt employer « cordage », « bout » ou encore « filin ».

De même, surtout ne pas parler de lapin à bord ! Cet animal, friand de chanvre, rongeait les cordages et grignotait l’étoupe (calfat à base de chanvre). En tout cas, c’est une des explications. En effet, il faudrait peut-être aussi chercher du côté des croyances médiévales, où le lapin était un animal associé au diable. D’ailleurs, ni les Arabes, ni les Chinois n’éprouvent une quelconque réticence à prononcer ce mot. De même, les chats n’étaient pas toujours vu d’un bon œil (mais comme ils mangeaient les souris et les rats, on ne les chassait pas).

Le prêtre, quant à lui, était parfois appelé « cabestan ». Cette appellation était uniquement destinée éviter de prononcer le mot redouté.

Why is a ship called “she”?



Les Anglais, pourtant connus pour ne pas attribuer de genre aux objets inanimés (ils emploient le pronom it), avaient une curieuse manie : ils parlaient de leur vaisseau au féminin. Ainsi, il était fréquent d’entendre le marin dire que « My ship is awesome, she traveled from Brest to London! ». De manière plus générale, l’on pensait qu’un bateau avait une âme, et les marins s’accommodaient affectueusement des réactions caractéristiques de leur embarcation.


Il y a tant de choses à dire que les superstitions des marins que si l’on devait en établir une liste exhaustive, ce billet ne serait pas près de toucher à sa fin, mais celles présentées ci-dessus sont parmi les plus importantes. :)


Références





10 commentaires sur ce billet

Page : 1 
Auteur Message
Page : 1 
Hors ligne ~Electro
# Ajouté le 11/09/2010 à 15 h 26
Avatar
Groupe : Équipe SdZ
Un excellent billet comme on en voit peu sur le Web.
Long, mais pas moins excellent.

Félicitation aux rédacteurs et j'espère que l'on découvrira de nouveaux domaines comme celui-ci. :)
 
Hors ligne Belisarius
# Ajouté le 11/09/2010 à 15 h 42
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Membres
Très bon billet. J'ai bien aimé les trois dernières parties (Expressions dérivées, Curiosités linguistiques, Croyances et culture maritime).
Quant aux mots techniques, je crois que je vais laisser ça aux marins. :-°
Modifié le 11/09/2010 à 15 h 45 par Belisarius
 
Hors ligne ptipilou
# Ajouté le 11/09/2010 à 23 h 25
Sus à la faute !
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Groupe : Administrateurs
Ils sont bons, mes petits camarades, hein ?
Bravo Guillawme, bravo Karl Yeurl, véritables "bouffeurs d'écoutes" ! ^^

Billet très encyclopédique s'il en est : on pourrait vous lire jusqu'à plus soif, si j'ose dire (là s'arrête le parallèle avec les marins). On fait le tour du propriétaire, et tout ce qui touche à la voile moderne s'y trouve.

Merci ! ;)
 
Hors ligne adri76
# Ajouté le 12/09/2010 à 00 h 30
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Membres
Très intéressant, j'ai fait de la voile mais il y a beaucoup de termes dont je ne me souvenais pas/plus.

Bonne continuation,

Adrien
 
Hors ligne Guillawme
# Ajouté le 12/09/2010 à 12 h 02
Avatar
Groupe : zAnciens
Je savais que tu t'intéresses aussi à la voile ptipilou, et je me disais bien que nous allions être « évalués » (enfin façon de parler ^^ ) à travers ce billet. Ton commentaire me fait très plaisir. :)
 
Hors ligne Poulpette
# Ajouté le 15/09/2010 à 17 h 26
Avatar
Groupe : zAnciens
Un très bon billet, bien rédigé et agréable à lire. Un grand bravo à vous deux. :)
 
Hors ligne Guillawme
# Ajouté le 15/09/2010 à 19 h 10
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Groupe : zAnciens
Oh joie, enfin quelqu'un qui n'a pas tl;dr ! C'est très gentil, merci. ;)
 
Hors ligne MrKooky
# Ajouté le 21/09/2010 à 18 h 51
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Membres
Merci beaucoup pour toutes ces explications :p
Je viens de passer mon permis bateau (moteur donc) mais je ne connaissais pas du tout le vocabulaire associé au monde de la voile et je vous en remercie ;)
Sinon vous pensez quoi du fait qu'on n'ait pas besoin de permis pour les voiliers (si j'ai bien compris mes cours :p ) ?
 
Hors ligne Karl Yeurl
# Ajouté le 24/09/2010 à 18 h 46
Maintenant en qualité blu-raie
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Groupe : zAnciens
Salut !
Ton voilier doit être immatriculé, et faire flotter le pavillon de ton pays lorsque tu navigues en eaux extra-territoriales, mais c’est tout.

Et franchement, passer un permis bateau me semble ridicule. Si tu as un voilier, vu le prix que ça coûte, c’est que tu sais t’en servir. :)
Sinon, tu prends des cours, mais pas avec ton matériel (c’est plus sage :-° ). Bref, ça ne pose, à mon avis, aucun problème. C’est un peu comme un vélo, on ne doit pas passer de permis pour rouler à vélo, n’est-ce pas ?

En revanche, un bateau à moteur n’est pas du tout le même type d’embarcation. En effet, tu n’as pas besoin d’être excellent pour aller vite : tu appuies sur un bouton et hop ! ça accélère. Un peu comme une moto. Pas besoin d’être un fin navigateur/motard pour acquérir de la vitesse et devenir dangereux pour toi — et les autres.

En bref, tu m’auras compris : à mon sens la différence entre vélo — moto est la même que celle entre voilier — hors-bord, et ce n’est pas pour rien qu’il faut un permis pour rouler à moto. :)
 
Hors ligne
# Ajouté le 11/11/2011 à 02 h 24


É-norme ce billet ! :waw: