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L’essor intellectuel du Moyen Âge classique (2/2)

Les études et la philosophie

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Catégorie : Histoire de la langue

Écrit par Belisarius, le 29/09/2010 à 17 h 10 | Commenter ce billet (6 commentaires)

Ce billet prolonge le précédent sur la langue et la littérature au Moyen Âge. Il y sera question du milieu universitaire et de la pensée au Moyen Âge classique (même si nous ferons quelques incursions dans le bas Moyen Âge ;) ). Ce billet est particulièrement dédié à tous ceux qui pensent que le Moyen Âge est une période vide d’intellectuels durant laquelle on ne pense pas. Ce sera aussi l’occasion de réhabiliter la scolastique qui pâtit d’une image exécrable dans l’imaginaire collectif du fait des critiques des humanistes. :)


Les universités et les universitaires



L’université est une invention proprement occidentale, ne s’appuyant sur aucun précédent ou modèle étranger. À partir du XIIIe siècle, elles naissent dans les villes et parviennent à s’affranchir des pouvoirs laïcs et épiscopaux (l’évêque) avec l’appui de la papauté. Partout, les papes accordent des privilèges aux universités constituées et l’Église fonde elle-même des universités (l’université de Toulouse est créée en 1229 pour lutter contre l’hérésie cathare, les ecclésiastiques misant sur un enseignement de haut niveau pour faire reculer les hérésies). Les cours sont gratuits : la connaissance est en effet considérée par la papauté comme un don de Dieu, la vendre signifie donc se rendre coupable de sacrilège (plus exactement de simonie, trafic des sacrements et objets ecclésiastiques). Beaucoup d’étudiants (pauvres) sont par conséquent vagabonds et turbulents ; certains vivent en recopiant des cahiers et des manuscrits. Ajoutons que la société universitaire est internationale : les étudiants et les maîtres viennent de partout. Lorsque les pouvoirs séculiers (laïcs) mettront au XIVe siècle la main sur les universités, du fait de l’affaiblissement de la papauté et de la naissance des monarchies nationales, l’université deviendra payante et cessera d’être cosmopolite. Les milieux humbles n’auront plus accès aux hautes études (sauf cas exceptionnels). :(

Les arts libéraux



Au Moyen Âge, les disciplines qui composent ce que l’on appelle les « arts libéraux » sont au nombre de sept et se décomposent en deux catégories : le trivium et le quadrivium (concepts hérités du philosophe Boèce). La grammaire (étude de la langue), la dialectique (art de raisonner) et la rhétorique (art de persuader) sont les trois disciplines du trivium ; la musique, l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie forment le quadrivium. Honorius d’Autun écrit que tous ces arts libéraux sont autant de « villes-étapes » qui mènent l’homme de l’ignorance à la science. Une réflexion va se faire sur ces arts libéraux et plusieurs intellectuels vont songer à ajouter de nouvelles disciplines : ainsi Hugues de Saint-Victor, dans son Didascalion, y ajoute la physique, la mécanique et l’économie.
En général, l’enseignement des « arts » à l’université dure 6 ans et est dispensé entre 14 et 20 ans ; il comprend deux étapes validées par un examen : le baccalauréat au bout de 2 ans et le doctorat en fin d’études. Les autres disciplines, comme la médecine ou le droit, sont enseignées après 20 ans. Les études de théologie sont les plus ardues : 8 ans d’études au minimum et l’âge de 35 ans au moins sont requis pour l’obtention du doctorat.

Lunettes
Les premières lunettes apparaissent dans les années 1280, afin de faciliter la lecture.
Elles sont d’abord réservées aux hypermétropes, les myopes devront attendre.
(Très belles heures de Notre Dame, Jean de Berry, XIVe siècle).


La méthode scolastique



L’enseignement universitaire repose sur une méthode particulière qui est la scolastique (de schola : école). Elle jouit aujourd’hui d’une image négative à cause des dénigrements des humanistes de la Renaissance ; pourtant elle est à l’origine de la grande floraison intellectuelle des XIIe et XIIIe siècles en Occident.
La scolastique, donnant une grande importance au sens des mots (ce qui donnera naissance à la pensée nominaliste), vise à démontrer par la dialectique une idée que l’on avance. Pour emporter la conviction du lecteur ou de l’auditeur, cette idée est affirmée (thèse) puis réfutée (antithèse) avant d’être dépassée (synthèse).
Dans toutes les universités, la lectio (leçon) constitue la base de l’enseignement, qui est un commentaire des auteurs du programme, faisant appel à la logique et à la rhétorique. À la suite de la lectio se développe la quaestio qui est une discussion autour du texte et qui aboutit à la determinatio, œuvre de la pensée de l’universitaire.

Lors de la quaestio, les maîtres et étudiants participent à la discussion qui devient disputatio (dispute). La question à disputer est fixée à l’avance par le maître qui doit soutenir la dispute. Véritable « tournoi intellectuel », la dispute oppose le maître qui présente sa thèse aux étudiants et autres professeurs, lesquels doivent lui opposer leurs objections. Quand toutes les objections ont été proposées et résolues, elles constituent une matière désordonnée qui fournit la base à une doctrine élaborée pendant la determinatio, exposé doctrinal ayant lieu quelques jours plus tard où le maître expose le résultat de sa pensée dans son école. La doctrine est mise à l’écrit par le maître ou un auditeur puis publiée dans les Questions disputées.
Il faut noter que c’est parfois un étudiant assisté par son maître qui soutient la dispute, ce qui constitue pour lui un apprentissage. Plus tard se développe la dispute quodlibétique où le maître propose de traiter un problème posé par n’importe qui sur n’importe quel sujet. Cet exercice très difficile (car non préparé) nécessite un professeur très compétent et doté d’une grande vivacité d’esprit. Il deviendra obligatoire pour accéder à la licence de l’université de Paris.

L’incidence sur les livres et l’écriture



Avec le développement de l’instruction, le livre doit cesser d’être un objet précieux réservé à une élite. Les auteurs au programme (Aristote, Cicéron, Euclide, Ptolémée, Galien, etc.) doivent être lus par les étudiants, et les cours des professeurs doivent être conservés. Les étudiants les prennent en note, lesquelles sont généralement publiées. L’usage accru du livre aboutit à toute une série de conséquences : les feuilles de parchemin deviennent moins épaisses, plus souples et moins jaunes ; le livre devient plus petit afin d’être transporté plus facilement ; la minuscule gothique, plus rapide à dessiner, remplace l’ancienne minuscule caroline ; on abandonne le roseau pour la plume d’oiseau, pour plus d’aisance dans le travail d’écriture. Aussi, l’ornementation diminue et les miniatures deviennent exceptionnelles. Souvent, le copiste laisse en blanc la place des lettrines pour que l’acheteur, s’il le souhaite, puisse faire peindre les espaces aménagés. À cela, ajoutons encore la multiplication des abréviations et l’ajout de tables des matières (tout doit être fait pour rendre la lecture plus aisée). Le médiéviste Jacques Le Goff écrit : «  Le développement du métier intellectuel a produit l’ère des manuels — du livre maniable et qu’on manie. […] Une première révolution est faite : le livre n’est plus objet de luxe, il est devenu instrument. C’est une naissance, plus qu’une renaissance, en attendant l’imprimerie. » (Les intellectuels au Moyen Âge).

Écriture gothique
Exemple de lettres gothiques : la forme des lettres varie selon les régions d’Europe.



La philosophie médiévale



Vitraux de la cathédrale de Chartres
« Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. »
Pendant le haut Moyen Âge, les sciences n’ont sensiblement pas progressé : on étudiait les classiques de l’antiquité latine, mais on s’attachait plus au style qu’au fond. À partir du XIe siècle on semble vouloir rattraper le temps perdu. Dans le monde musulman, jusqu’au XIe siècle (siècle marquant le début d’un déclin culturel durable), les Arabes ont élaboré une culture originale grâce à la compilation des savoirs des civilisations vaincues (la Syrie, l’Empire perse sassanide, la rayonnante Espagne wisigothique) et la proximité de brillantes civilisations (Empire byzantin, Inde et Chine).
Des traducteurs entreprennent de transmettre à l’Occident la science grecque et arabe. C’est ainsi que l’on découvre de nouveaux traités d’Aristote et certains commentateurs arabes. Paradoxalement, certains penseurs musulmans tels Avicenne et Averroès sont particulièrement admirés en Occident alors qu’ils auront été particulièrement inquiétés dans le monde musulman (Avicenne connaît la prison tandis que les livres d’Averroès sont brûlés).

Alors qu’aucun progrès sensible ne se manifeste à partir du XIIe siècle dans le monde musulman, l’Occident médiéval baigne dans un véritable optimisme intellectuel : « Jamais nous ne trouverons la vérité, si nous nous contentons de ce qui est déjà trouvé… Ceux qui écrivirent avant nous ne sont pas pour nous des seigneurs mais des guides. La vérité est ouverte à tous, elle n’a pas encore été possédée tout entière. » (Gilbert de Tournai). La formule du philosophe Bernard de Chartres (vers 1130-1160) est restée célèbre : « Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants. Nous voyons ainsi davantage et plus loin qu’eux, non parce que notre vue est plus aiguë ou notre taille plus haute, mais parce qu’ils nous portent en l’air et nous élèvent de toute leur hauteur gigantesque. ». Tout le contraire de : « passez votre chemin, il n’y a plus rien à découvrir. »

La raison et la foi



Au Moyen Âge central, trois camps s’affrontent sur la question de la raison et de la foi : ceux qui posent la supériorité de la foi sur la raison, ceux qui à l’inverse placent la raison au-dessus de la foi et ceux qui essaient d’établir un compromis.

saint Thomas d’Aquin
Saint Thomas d’Aquin (v. 1400)
Parmi les partisans du premier camp, le Vénitien Gérard de Czanad, évêque de Czanad (mort en 1046). S’il ne méprise pas les arts libéraux et l’étude des Anciens, il considère que les philosophes païens ont erré : « Aucun doute, le divin Céphas est plus profond qu’Aristote, Paul plus éloquent que tous les orateurs humains, Jean plus haut que tout le ciel, Jacques plus vif que Plaute ». Saint Bonaventure (1221-1274), théologien franciscain, assigne comme seul but à la philosophie le rappel de la brièveté de la vie, le reste ne constitue qu’une « vaine curiosité ». Il conteste ainsi l’intrusion de la raison dans la foi pour préserver la tradition de la relation mystique à Dieu.

De l’autre côté, l’on trouve des figures comme l’archidiacre Bérenger de Tours (mort en 1088) et saint Anselme (1033-1060). Pour le premier, recourir à la raison est légitime, car c’est du fait de sa raison que l’homme est à l’image de Dieu. Ne pas se servir de la raison, c’est abandonner ce qui nous fait honneur. Si Dieu nous a dotés de la raison, ce n’est pas pour que nous nous en privions. Le second, abbé en 1078 de Bec en Normandie, puis archevêque de Cantorbéry en 1093, écrit au début de son Monologion qu’il ne se basera pas sur l’autorité de l’écriture mais sur « la nécessité de la raison » et « l’évidence de la vérité ». Le personnage est connu pour sa preuve de l’existence de Dieu connue sous le nom d’argument ontologique (exposé dans son Proslogion), consistant à tirer l’existence de Dieu de son essence : Dieu est un être tel qu’il ne puisse en exister de plus grand ; si cet être existait seulement dans l’intelligence et pas dans la réalité, il serait possible de penser à un autre être qui aurait toutes les propriétés du premier plus l’existence ; ce second être serait plus grand que le premier du fait de son existence, or on a dit qu’on ne pouvait pas en concevoir de plus grand, ce qui est absurde ; par conséquent, l’être tel qu’il ne peut pas en être pensé de plus grand est Dieu.

Du côté de ceux qui lient foi et raison en tentant un compromis se trouve la célèbre figure de saint Thomas d’Aquin (1224-1274). Dans sa Somme contre les Gentils, il affirme que la raison ne peut pas atteindre toutes les vérités et qu’elle peut seulement montrer que tel ou tel dogme n’est pas impossible rationnellement. En revanche, la raison peut montrer un certain nombre de vérités relatives à Dieu : ainsi en est-il de son existence et de son unicité. Saint Thomas a lui-même mis au point, en s’inspirant d’Aristote, un ensemble de cinq preuves de l’existence de Dieu.
  • Tout est mouvement dans l’Univers. Or, un mouvement nécessite un moteur, qui lui-même nécessite un moteur. En remontant la série des moteurs, on aboutit à un moteur qui met en mouvement sans être mû lui-même : ce moteur immobile est Dieu.
  • En remontant la série des causes (cause de la cause de la cause, etc.), il est inévitable d’aboutir à une cause première non causée : Dieu.
  • Notre monde existe mais aurait très bien pu ne pas exister. Seul Dieu peut expliquer l’existence de ce monde.
  • Il y a des degrés de perfection (du meilleur au plus mauvais, du plus beau au plus laid, etc.). Ces degrés n’existeraient pas sans un degré de perfection idéale qui est Dieu.
  • Sans un agent organisateur dans l’Univers, les choses iraient au chaos, d’où la nécessité d’un Dieu.


Le nominalisme



C’est au XIe siècle que commence à prendre corps le nominalisme, pensée philosophique florissante au XIIe et XIIIe siècle. Refusant toute existence réelle aux « Universaux » (les concepts : l’Homme, le Cercle, le Bien...), qui ne sont que des mots et non des choses, elle s’oppose à la thèse « réaliste ». Abélard devient un champion du nominalisme, avançant les arguments les plus forts de son temps. Les Universaux, dit-il, ne sont pas des « choses », mais seulement la capacité qu’a l’âme humaine de saisir l’immuable dans le variable.
Du côté des réalistes, Bernard de Chartres (vers 1130 - vers 1160) développe une philosophie d’inspiration platonicienne. Il définit les idées comme des exemplaires éternels de ce qui est produit naturellement. Les Universaux ne sont donc pas soumis aux transformations et restent immuables dans leur nature : le monde matériel pourrait disparaître dans sa totalité, ils ne seraient pas affectés.
Guillaume d’Occam (1290-1349), franciscain anglais, avance un argument décisif en faveur du nominalisme. Cet argument est le célèbre principe d’économie de la pensée connu sous le nom du « rasoir d’Occam », selon lequel il ne faut pas poser une pluralité sans y être obligé par la raison, l’expérience ou l’autorité des Écritures saintes. Le réalisme est rejeté parce qu’il soutient une pluralité (existences intelligible et sensible) dans les choses singulières.

Deux représentants de la pensée scientifique : Robert Grossetête et Roger Bacon



Aux XIIe et XIIIe siècles naît une philosophie des sciences ayant pour objet d’étude la connaissance et la méthodologie scientifique. Parmi les philosophes qui s’intéressent à ces problèmes, deux figures importantes : Robert Grossetête (1175-1253), évêque de Lincoln et professeur à l’université d’Oxford, et le franciscain anglais Roger Bacon (1214-1294).
Grossetête distingue la connaissance du fait de celle de la cause et les deux mouvements du scientifique qui en résultent : celui qui l’amène des causes aux effets (déduction, du général au particulier) et celui qui le mène des effets aux causes (induction, du particulier au général). Lorsque plusieurs hypothèses paraissent valables, c’est à l’expérience de montrer laquelle est vraie. Dans ses recherches, le scientifique doit s’aider des mathématiques, science supérieure à toutes les autres. Il écrit dans une formule qui peut rappeler Galilée : « Toutes les causes des effets naturels doivent être exprimées au moyen de lignes, d’angles, de figures. » Bacon, élève de Grossetête (il a étudié à Oxford), reprend les idées de son maître et insiste tout particulièrement sur l’expérience, la plaçant au-dessus du raisonnement : on peut me prouver que le feu brûle, mais je ne le saurai pas tant que je n’y aurai pas mis un objet combustible. « Aucun discours ne peut donner la certitude, tout repose sur l’expérience », écrit-il. Bacon contribue ainsi à jeter les modestes bases de la science moderne en mettant en avant le rôle fondamental de l’expérience, à rebours de certains de ses contemporains qui jugent que l’expérience n’atteint que les apparences et que seul le raisonnement peut saisir les réalités.

Remarquons pour finir que Roger Bacon est l’un des premiers à imaginer des véhicules autonomes, des sous-marins et des machines volantes, bien avant Léonard de Vinci !

Citation : De mirabili potesttate artis et naturae
On pourra construire de grands vaisseaux en mesure de naviguer sans rameurs… des chariots capables d’avancer sans chevaux pour les traîner… et des machines volantes commandées par un seul homme… et des instruments de petite taille capables de soulever et d’abaisser des poids de n’importe quelle taille… et même des mécanismes permettant de voyager dans les profondeurs des mers et des fleuves.



L’anti-intellectualisme de la Renaissance



L’humanisme est un mouvement profondément anti-intellectualiste, bien plus porté sur le style que la pensée. Les humanistes critiquent une scolastique sclérosée pour lui substituer le retour à la poésie et au mystique. Une querelle du début du XVe siècle illustre très bien ce clivage : Leonardo Bruni (1370-1444), un humaniste, publie une nouvelle traduction de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote, car, dit-il, l’ancien traducteur, le scolastique Robert Grossetête, maîtrisait mal le grec et le latin. Le cardinal Alsono Garcia de Carthagène, professeur à l’université de Salamanque, décide de prendre la défense de l’ancien traducteur : « Leonardo, s’il a montré suffisamment d’éloquence, a fait preuve de peu de culture philosophique. » Le cardinal relève chaque erreur, chaque trahison de la pensée d’Aristote. « L’ancien interprète, qui s’attachait davantage à la vérité philosophique, n’a pas voulu d’excès d’ornements afin d’éviter les erreurs dans lesquelles celui-ci est tombé. » Le débat porte sur le fond et la forme. Les scolastiques sont partisans d’une restitution la plus exacte possible de la pensée de l’auteur ; les humanistes s’attachent davantage au beau style. C’est ce qu’exprime aussi le scolastique Jean Mair, visiblement agacé par les moqueries des humanistes : « La science n’a pas besoin de beau langage. »
Alors que les langues vulgaires triomphent, le latin sombre et la scolastique paraît être une science fossile. « Le latin humaniste fit définitivement du latin une langue morte » (Jacques Le Goff).


Conseils de lecture



Nous allons voir deux très bons livres, instructifs et agréables à lire (en plus d’être peu chers), à destination des lecteurs qui seraient intéressés par la vie intellectuelle au Moyen Âge classique. :)

Les intellectuels au Moyen Âge Le livre au Moyen Âge


Le premier, du célèbre médiéviste Jacques Le Goff, traite de la vie intellectuelle au Moyen Âge classique : les universités, la scolastique, les étudiants, les outils du travail intellectuel, les débats. Ce livre extrêmement riche en informations sans être très long (quelque 200 pages) est aussi abondamment illustré.
Le second ouvrage, de Sophie Cassagnes-Brouquet, porte très bien son nom : Le livre au Moyen Âge. Il traite ce sujet des premiers siècles à l’invention de l’imprimerie. L’introduction de l’auteur décrit mieux que je ne pourrais le faire de quoi il est question :
« C’est cette relation passionnelle que les hommes et les femmes du Moyen Âge ont entretenue avec le livre que cet ouvrage souhaite éclairer. Les conditions de la production de cet objet rare et précieux, du parchemin au manuscrit, grâce au travail lent et laborieux des scribes et au talent des enlumineurs en forment le cadre premier. Les lieux de cette création, leur déplacement des monastères aux villes font évoluer le rapport des livres à leurs lecteurs vers de nouvelles formes.
[…] De la méditation sacrée du moine sur les Écritures, au divertissement des princes qui lisent des romans ou des traités de chasse, en passant par l’écolier studieux qui souffre sur un manuel de grammaire latine, les livres et leurs lecteurs entretiennent une grande variété de relations. »


Ce que vous avez pu lire n’est qu’une ébauche de ces vastes sujets, n’ayant jeté que les grandes lignes dans ces deux billets. ;) Ainsi, la philosophie médiévale ne se limite pas aux quelques problématiques évoquées et il y aurait bien plus à dire sur les universités médiévales. Si ces thèmes vous passionnent, je vous invite tout simplement à approfondir ! Pour finir, si vous entamez des lectures sur ces sujets précis, la lecture d’un livre généraliste sur le Moyen Âge me paraît nécessaire au préalable si vous ne connaissez pas la période, afin d’apprécier ces éléments à leur juste valeur (l’histoire culturelle n’est pas indépendante de l’histoire politique). ;)


Sources



  • Jacques Le Goff, Les intellectuels au Moyen Âge, Seuil, 1985.
  • Collectif sous la direction de Brice Parain, Histoire de la philosophie I, vol. 2, Gallimard, 1999.
  • François Châtelet, La philosophie médiévale, Hachette, 1999.
  • Sophie Cassagnes-Brouquet, Le livre au Moyen Âge, Éditions Ouest-France, 2009.


6 commentaires sur ce billet

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Auteur Message
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Hors ligne Vynile
# Ajouté le 29/09/2010 à 17 h 26
Awesome!
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Groupe : zAnciens
Sujet alléchant s'il en est. Bravo pour ce billet, qui aborde avec élégance et tact la façon d'étudier et de penser du Moyen-Âge, culture qui devrait être plus un héritage qu'une maladroite copie dans le système actuel. Les cours de rhétorique auront été d'une forte attirance pour moi, surtout dans ces temps où la politique est un des plus grands sujets de débats.

J'aurais aimé retrouver plus de traces de cet enseignement dans le système actuel, comme je l'ai dit plus haut, mais en éliminant peut-être la religion de tout cela (ce n'est qu'à mon humble avis, évidemment). En tout cas, je te félicite chaudement, Belisarius, pour ton titanesque travail autour de ce billet extrêmement intéressant et complet.

Sur ce, je vous dis bonne journée :) .

Cordialement, Vynile.
Modifié le 19/10/2010 à 20 h 42 par Vynile
 
Hors ligne micky
# Ajouté le 29/09/2010 à 18 h 04
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Groupe : Administrateurs
Responsable zCorrection
En effet, merci Belisarius de nous proposer cet article, assez complet et précis pour chercher plus loin si l’on en a envie. :)

C’est fou comme l’école et la façon de penser ont changé, au cours des siècles. Ce n’est pas pour autant que j’aurais préféré vivre au Moyen Âge. ^^
 
Hors ligne Jmbe
# Ajouté le 29/09/2010 à 18 h 49
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Groupe : Rédacteurs
Billet très intéressant en effet qui réussit à faire une bonne synthèse d'une vaste matière. :)
Mentionner des sources à la fin est un plus pour le lecteur qui souhaite en savoir plus.
 
Hors ligne Tess
# Ajouté le 30/09/2010 à 16 h 50
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Membres
Bonjour,
C'est comme d'habitude un excellent article sur un sujet assez pointu. Une étude très documentée traitée avec talent. Ce type d'article est une très bonne "vitrine" pour le site.
J'imagine que c'est une somme de travail de rédiger un tel billet, aussi je n'ose demander une suite à cette excellente série... ^^
Enfin... :-°
PS : Ne serait-ce pas des vitraux représentant St Christophe ?
Modifié le 30/09/2010 à 16 h 51 par Tess
 
Hors ligne Belisarius
# Ajouté le 30/09/2010 à 17 h 07
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Membres
Citation : Tess
Bonjour,
C'est comme d'habitude un excellent article sur un sujet assez pointu. Une étude très documentée traitée avec talent. Ce type d'article est une très bonne "vitrine" pour le site.
J'imagine que c'est une somme de travail de rédiger un tel billet, aussi je n'ose demander une suite à cette excellente série... ^^
Enfin... :-°
PS : Ne serait-ce pas des vitraux représentant St Christophe ?


Non, à gauche c'est Ezechiel portant saint Jean et à droite Daniel portant saint Marc. C'est un aperçu du transept sud de la cathédrale de Chartres. ^^
http://fr.wikipedia.org/wiki/Vitraux_de_Chartres
Modifié le 30/09/2010 à 17 h 12 par Belisarius
 
Hors ligne Tess
# Ajouté le 30/09/2010 à 22 h 36
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Membres
Merci pour ces précisions. J'ai vécu plusieurs années à Chartres. Il est vrai que les vitraux de cette cathédrale sont magnifiques, un notamment dont la composition du bleu n'a jamais été retrouvée. Mais, honte sur moi, je ne me souviens pas de ces deux vitraux... o_O
Tout est intéressant dans cet article, y compris les illustrations ! :)