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Poésie : connaissez-vous ces vers célèbres ?

« Ô temps suspends ton vol, et vous heures propices ! »

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Catégorie : Poésie

Écrit par Jmbe, le 17/03/2009 à 21 h 28 | Commenter ce billet (2 commentaires)

Nous avons tous en tête quelques vers célèbres appris ou entendus ci et là. Mais nous avons parfois du mal à les attribuer à un auteur ou à nous rappeler du texte complet.
Ce billet, qui inaugure une série sur la poésie, se propose, à partir de vers connus, de vous faire découvrir ou redécouvrir des auteurs et des textes de poésie française ou francophone.

Au départ d'un poème qui éveille la curiosité du lecteur, il fournira un certain nombre d'éléments sur l'auteur, son œuvre, son style, ses influences, qui seront autant de jalons permettant d'aborder la découverte d'une œuvre, sans prétendre pour autant à l'exhaustivité.
Nous avons également dû faire des choix, forcément quelque peu subjectifs, parmi les nombreux poètes de langue française et la production abondante de ceux-ci.

Mais sans plus tarder, abordons notre premier sujet. :)

Le poème



Portrait de Lamartine - Decaisne
Portrait d'Alphonse de Lamartine
Decaisne
« Ô temps suspends ton vol, et vous heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours. »


Ces vers, vous les avez sûrement déjà entendus quelque part.
Ils ont été écrits par Alphonse de Lamartine et sont extraits d'un poème intitulé Le Lac. Celui-ci fait partie du recueil Méditations poétiques publié en 1820.

L'auteur : Alphonse de Lamartine (1790-1869)



Poète et écrivain français, c'est à Milly, près de Mâcon où se situe la propriété familiale, qu'il passe sa jeunesse avant de voyager en Italie dès 1811.
En 1816, il rencontre Julie Charles, une femme mariée et souffrant d'une maladie. Cette rencontre et la perte de cet amour marqueront d'ailleurs profondément le poète.
En 1820, il publie son 1er recueil intitulé Méditations poétiques. Celui-ci lui assure très tôt une grande renommée et toute une génération de poètes romantiques le prendra comme exemple. Par la suite, Alphonse de Lamartine continuera à voyager, notamment en Orient, et écrira des récits autobiographiques.
Cependant, la fin de sa vie (à partir de 1860 jusqu'à sa mort en 1869) sera marquée par l'endettement et la ruine, dont il ne pourra pas se sortir malgré ses efforts. Il rédigera d'ailleurs un Cours familier de littérature (1856-1869) pour pouvoir vivre et payer ses dettes.
Poète, Lamartine va aussi mener une carrière politique. Il sera député et exercera des activités diplomatiques en Italie. En février 1848, il est membre du gouvernement provisoire et ministre des Affaires étrangères. Il se présente même, mais sans succès, aux élections présidentielles.

L'œuvre : les Méditations poétiques



Le Lac



Dans ce poème de 1817 composé de 16 quatrains, il se souvient de sa rencontre avec Julie Charles, que le poète appelle aussi Elvire, qu'il a aimée et qui est décédée d'une maladie avant qu'il n'ait pu la revoir. C'est un événement qui l'a profondément marqué.
Le lac dont il est question ici est le lac du Bourget où la rencontre eut lieu un an auparavant.
Marqué par le souvenir et la mélancolie, Lamartine évoque la fuite du temps dont il voudrait pouvoir arrêter le cours. La nature tient également une place importante : il prend le lac à témoin ainsi que la nature qui seule peut conserver une trace de son amour qui appartient maintenant au passé.

Méditations poétiques



Ce recueil comprend 24 poèmes, généralement constitués de quatrains en alexandrins.
La grande nouveauté de ces poèmes est qu'ils font la part belle aux sentiments et aux états d'âme, ce qui, à l'époque, tranchait avec la relative sécheresse et les conventions de la poésie classique. Il fait part de ses souvenirs, de ses regrets, de ses espérances et de son désespoir.
La nature joue un rôle important : elle est vue comme une confidente qui lui apporte la consolation.
Ces poèmes font de Lamartine un des représentants du romantisme en France. Cela se traduit par une poésie lyrique marquée par l'expression de ses propres sentiments et des émotions, une idéalisation de la nature, l'amour et la mélancolie.
Parmi les autres poèmes de ces méditations, on peut citer L'Isolement, Le Vallon ou encore L'Automne.

Autres œuvres



Parmi les autres œuvres de Lamartine, on peut citer :
  • Harmonies poétiques et religieuses (1830) : écrit pendant ses séjours en Italie, ces harmonies sont marquées par le lyrisme et la spiritualité ;
  • Jocelyn (1836) : il veut raconter l'histoire de l'âme humaine, influencée par ses idées politiques et religieuses ;
  • La Chute d'un ange (1838) ;
  • dans le genre historique, une Histoire des Girondins (1847) dans laquelle il exprime ses idées politiques libérales ;
  • des récits autobiographiques comme Les Confidences (1849) ou Graziella (1852).


Lamartine, c'est aussi…



« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »



Cette phrase bien connue est aussi de Lamartine. On la trouve dans ces mêmes Méditations poétiques, dans le poème intitulé L'Isolement, dans lequel il exprime ses émotions en pleurant la perte de la femme qu'il a aimée.

Citation : Extrait de L'Isolement
« Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé ! »


Même le capitaine Haddock récite Lamartine



Saviez-vous que dans les aventures de Tintin, plus précisément dans Le Trésor de Rackham le Rouge (p.32), Hergé met dans la bouche du capitaine Haddock ces quelques vers du Lac de Lamartine ?

Citation : Extrait du Lac
« Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux. »



Voilà qui clôture ce premier billet consacré à la poésie.
J'espère qu'il vous aura donné quelques éléments pour mieux situer Lamartine et son œuvre.



Texte complet

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !


2 commentaires sur ce billet

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Hors ligne Fihld
# Ajouté le 18/03/2009 à 15 h 44
tokiponized
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Groupe : zAnciens
Excellent billet qui offre une ouverture sur un autre aspect de la langue française. C'est toujours agréable de lire de la poésie, d'autant plus quand elle est expliquée et commentée de cette façon.
Merci ! :)
 
Hors ligne Ziame
# Ajouté le 18/03/2009 à 21 h 33
Arx Tarpeia Capitoli proxima
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Groupe : Administrateurs
Effectivement, c'est un très bon billet, très agréable à lire et original (ça change un peu des billets auxquels nous sommes habitués). De plus, un peu de poésie n'a jamais fait de mal à personne...